Les 5 enjeux de notre système de santé

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Entre nouveaux enjeux et nécessaire contraintes budgétaires, le système de santé français est à la croisée des chemins. Pourquoi est-ce qu'il ne fonctionne plus ? Comment le réinventer ? Faudra-t-il s'orienter vers plus de sélectivité ? Devra-t-on laisser le champ libre au numérique ? Quelle politique pour quelle prévention ? Autant de questions soulevées lors d'un débat organisé le 4 décembre dernier par Acteurs de l'économie - la Tribune en collaboration avec la Caisse d'Épargne Rhône-Alpes. Extraits choisis.

Imaginé en 1945, notre système de santé repose sur la prise en charge des soins par l'Assurance-maladie, sur le principe de la solidarité nationale. Mais près de 70 ans plus tard, force est de constater que cette innovation majeure est malmenée, même s'il reste un modèle enviable aux yeux des étrangers. Contraint, au mieux, de se transformer, à défaut, de se réinventer, quels sont les nouveaux enjeux auquel notre système de santé doit faire face ?

Eléments de réponses avec Véronique Trillet-Lenoir, professeur de Cancérologie au C.H.U. de Lyon, présidente du Comité de Direction du Cancéropole Lyon Auvergne Rhône Alpes (CLARA), conseillère régionale, Jean-Yves Grall, directeur général de l'Agence Régionale de Santé Auvergne Rhône-Alpes, ancien directeur-général de la santé et Vincent Rébeillé-Borgella, secrétaire général de l'Union Régionale des Professionnels de santé (URPS) Médecins Libéraux et médecin généraliste.

1 - Rester solidaire :

"Notre système doit être performant tout en restant solidaire alors que le coût de la santé évolue plus vite que les ressources qui lui sont attribuées. Il faut prendre en compte l'augmentation de la longévité et de ses conséquences : dépendances, vieillissements, dépistages précoces, maladies chroniques à soigner plus longtemps. Nous devons également faire face à de nouveaux comportements. La population est davantage concernée par la santé. Elle est plus réactive, attentive et moins docile", souligne Jean-Yves Grall.

"Nos besoins de santé, comme les coûts des nouvelles thérapeutiques, vont augmenter. Mais le système présente des contraintes économiques et européenne. Peut-on se permettre de soigner tout le monde comme avant ? Devra-t-on faire des choix ? Comment rester fraternel avec ceux qui ne pourront pas être soigné", avance Vincent Rébeillé-Borgella.

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Jean-Yves Grall (photo : Laurent Cerino/ADE)

2 - Optimiser les moyens :

"Il faut innover dans notre façon de soigner. Il faut être lucide et se poser des questions difficiles. Devrons-nous continuer à sauver des grands prématurés ? Devrons-nous sélectionner les patients atteint d'un cancer à soigner ? ", poursuit Vincent Rébeillé-Borgella.

"Il convient de poser la question du juste soin, par une optimisation des ressources, une complémentarité des soins, avant même d'arriver jusqu'à l'hôpital", indique Véronique Trillet-Lenoir

"Un système solidaire, c'est aussi un système qui compte sur la citoyenneté de chacun, d'où l'idée de ne pas recourir aux soins si on n'en a pas besoin. Cela pose également la question de l'accès à tous les soins, pas seulement physiquement, dans son quartier ou dans sa ville, mais dans un système organisé et identifiable. Les bonnes pratiques, la préservation des ressources rejoignent l'éthique," avance Jean-Yves Grall.

3 - Utiliser le numérique :

"Il y a un foisonnement de solutions numériques. Certes, la santé coûte cher, mais on oublie de dire que cela produit du développement économique et de l'emploi. Ceci dit, le numérique n'est qu'un outil. Il est inerte. S'il s'adresse à des gens qui ne communiquait pas avant, le numérique ne recréera pas des échanges. Il est utile dès lors qu'il fluidifie et améliore les conditions de communications.", dévoile Véronique Trillet-Lenoir.

"La technologie est au service de l'information sur le patient. Il permet de perdre le moins d'informations possibles, d'améliorer la communication entre tous les professionnels, un partage qui doit se faire dans l'intérêt du patient. Le système d'information est assez performant entre les établissements de santé. Reste à l'ouvrir à la ville", reconnait Vincent Rébeillé-Borgella.

"Le numérique peut aider à fluidifier la prise en charge, à gagner du temps. Mais ce n'est pas un outil qui soigne. C'est un outil qui aide," confirme Jean-Yves Grall

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Véronique Trillet-Lenoir (photo : Laurent Cerino/ADE)

4 - Faire de la prévention :

"Dans notre région, 10 000 citoyens par an pourraient être sauvés si on améliorait la prévention des maladies cardiovasculaires. 6 décès de cancer sur 10 pourraient être évités si on menait une politique de prévention innovante et suivie. On ne parle pas d'inventer des molécules révolutionnaires, mais de savoir délivrer les bons messages. Savez-vous comment les jeunes appellent une cigarette ? 'Une nuitgrav'. S'ils détournent ainsi les messages de prévention, c'est qu'ils ne sont pas si efficaces. Ces campagnes nationales ont montré leurs limites. Il n'est pas suffisant d'informer, il faut mener une politique globale qui va du dépistage au retour à la vie après une maladie. La prévention est un métier qui obéit à des règles très strictes, de déterminants de santé et des populations. C'est pourquoi nous avons mis en place un Institut universitaire de prévention pour professionnaliser ce travail de prévention. Il faut également pouvoir évaluer régulièrement ses impacts", détaille Véronique Trillet-Lenoir.

"Nous sommes clairement en sous-prévention. Il faut trouver des vecteurs pour toucher tout le monde, de nouvelles formes pour aller vers les gens. La seule politique de prévention qui a marché reste la sécurité routière. Cela signifie que la prévention doit être constante, s'inscrire dans un temps long avec des moyens massifs. Il faut également faire une prévention évaluable", confirme Jean-Yves Grall.

"La culture de la prévention doit être partagée avec tous, en lien avec tous les acteurs du territoire, avec une cohérence dans les messages donné. Ce doit être une démarche collective plus que des interventions individuelles", rajoute Vincent Rébeillé-Borgella.

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Vincent Rébeillé-Borgella (photo : Laurent Cerino/ADE)

5 - Responsabiliser les patients :

"Face à un patient expert, le dialogue est plus que jamais d'actualité. Je préfère partir de ce qu'il sait et évaluer ce qu'il a compris pour mieux l'informer. L'expert est aussi devenu un consommateur de soins, mais avec des exigences inadaptées. Une éducation citoyenne à la santé est nécessaire pour faire prendre conscience que chaque acte médical engage le porte-monnaie de chacun. C'est un acte citoyen : le patient doit se sentir responsable", avance Vincent Rébeillé-Borgella.

"Des solutions émergent comme la création d'Université pour patients, où certains apprennent à être des formateurs pour les autres atteint de la même pathologie. Ils peuvent également informer les médecins. C'est une forme d'expertise, un acte citoyen", confirme Véronique Trillet-Lenoir.

"La réponse est probablement dans de nouvelles propositions, des parcours de soin, de vie, de qualité. Néanmoins, il y a une vraie perte de l'idée du bien commun, que son comportement influe sur des questions sur la santé publique, comme la baisse significative de la vaccination en France. C'est une vraie question citoyenne", conclut Jean-Yves Grall.

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