Prix Mobiliser : Agathe Zebrowski et Sylvain Lhuissier, les faiseurs

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Agathe Zebrowski et Sylvain Lhuissier
Agathe Zebrowski et Sylvain Lhuissier (Crédits : DR - ADE Laurent Cerino)
Agathe Zebrowski et Sylvain Luissier sont des centraliens hors norme. Trois ans après une spécialisation "entrepreneuriat", ils sont à la tête de Chantiers-Passerelles, une association qui décloisonne le travail d’intérêt général et questionne plus largement le système judiciaire. Leur point fort ? Mailler et fédérer un réseau d’acteurs attachés à vouloir faire évoluer, eux aussi, les idées reçues. Ils sont lauréats du 10e Prix de l'esprit d'entreprendre dans la catégorie Mobiliser.

Lorsqu'il met les pieds en prison, Sylvain Lhuissier, alors étudiant à Centrale Paris et bénévole de Genepi, association pour le décloisonnement carcéral, est frappé par la violence de l'enfermement. Quelques années plus tard, il dirige Chantiers-Passerelles avec Agathe Zebrowski, aussi Centralienne.

"La prison vient sanctionner. Elle a un côté expiation. On protège la société mais cette réponse ne fonctionne qu'un moment", pointe Sylvain.

Depuis la fin de leurs études, leur projet est d'améliorer, à leur échelle, le lien entre système judiciaire et société.

Côté "décalé"

Le duo ouvre la vanne des rencontres et frotte ses réflexions à des magistrats, des chercheurs, des personnalités comme Dominique Raimbourg, membre de la commission des lois à l'Assemblée nationale. Le côté "décalé" des Centraliens est très bien reçu.

Agathe et Sylvain rejoignent Lyon, un réseau "à vocation nationale" sous le coude. Leur société, en association, est incubée chez Ronalpia, qui forme "un appui" pour tisser la maille locale. Aujourd'hui, elle partage l'interphone de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) dans une zone d'activités de La Mulatière, près de Lyon.

Les deux ingénieurs-entrepreneurs envisagent rapidement le travail d'intérêt général (TIG) comme axe de travail.

"C'est une première brique qui permet d'aborder d'autres sujets qui concernent la justice", clarifie Agathe.

Ils aimeraient "contribuer à réinventer cette peine". En commençant par élargir les secteurs du TIG, qui concerne surtout des tâches de maintenance et d'entretien, et faire que cette expérience puisse s'ajouter au CV.

"C'est un vrai trésor pour la société qui n'est utilisé qu'à la marge : les tuteurs sur le terrain ne sont pas préparés, les jeunes ne sont pas formés sur "l'après"", note Sylvain.

Réinsertion

En lien avec le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (Spip) de Lyon, Chantiers-Passerelles met sur pied une formule d'une semaine intégrée au parcours du "tigiste". L'ambition est de voir ce dernier reprendre contact avec les structures d'accompagnement à l'emploi (Adie (société de microcrédit), Mission locale) et des chefs d'entreprises.

"Notre rôle ne sera jamais de trouver un emploi mais de faire en sorte que la personne reprenne les rênes", précise Sylvain.

La formule fonctionne depuis fin 2015 à Lyon et Chambéry.

Les deux Centraliens mûrissent en parallèle un système de parrainage entre des jeunes de 18 à 25 ans en TIG et des personnes actives prêtes à les mettre en relation avec leur réseau. Ils envisagent des ateliers avec les Missions locales, des rencontres entre jeunes et collectivités locales "pour voir l'envers du décor".

"Il nous tient à cœur de travailler avec le plus d'acteurs possible. D'abord parce qu'un réseau existe depuis 30 ans. Et aussi parce que c'est la meilleure manière de produire une réflexion commune", partage Sylvain.

Porteurs de projets

Le 14 juin, ils conviaient près de 300 acteurs de la justice et de l'insertion à un séminaire à l'Université catholique de Lyon. L'échantillon d'une plateforme en projet, qui serait le pivot pour un échange de ressources.

Sylvain et Agathe pensent à renforcer leur duo à partir de fin 2016, avec deux nouvelles têtes au profil entrepreneurial. "Nous restons dans une logique de briques : là nous nous concentrons sur le TIG, mais il y en a beaucoup d'autres à poser. C'est pour cela que nous nous entourons de porteurs de projets."


La phrase : Manuel Patrouillard, Handicap International (Lauréat 2015)
"Mobiliser : c'est démarrer par l'indignation salutaire, rajouter une dose de sens politique et embarquer les citoyens pour changer le monde."

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