Daniel Kawka, le maestro

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(Crédits : DR)
Chef d'orchestre parmi les plus reconnus en France et à l'étranger, directeur de l'Ensemble orchestral contemporain, Daniel Kawka restait sur sa faim. Alors il crée l'orchestre symphonique Ose avec l'ambition de sortir du cadre classique mais surtout de décupler le potentiel de chaque musicien. À l'appui de l'utopie ? Le mécénat et le réseau.

« Ose est un projet bâti sur une utopie. D'habitude, nous travaillons un répertoire bien calibré. Je voulais bouleverser les fonctionnements internes », commence Daniel Kawka pour présenter l'orchestre symphonique Ose qu'il a créé en 2011 pour un effectif variable autour de 80 musiciens. L'homme n'en est pas à ses débuts.

Il dirige l'Ensemble orchestral contemporain (EOC) qu'il a fondé en 1992. Il est régulièrement invité par de grands orchestres symphoniques, à Paris, Genève, Rome, Moscou, Séoul, récemment à Florence et à Saint-Pétersbourg. Depuis 2011, il a dirigé quinze opéras ; Tristan et Isolde de Wagner, mis en scène par Olivier Py à l'Opéra de Genève, l'a particulièrement marqué. Pourquoi un nouvel orchestre ?

« Cela vient d'une conviction profonde, étayée par le travail organique. Les musiciens d'orchestre ont un potentiel de créativité infini, peu exploité, qui va au-delà de leurs parties instrumentales. Existe-t-il une manière plus essentielle de jouer les œuvres si l'on considère que les 80 musiciens ne sont pas une entité mais des poètes qui amènent une création collective ? », s'interroge-t-il. « Avec un orchestre classique, après deux ou trois répétitions, la part de créativité ou d'expérimentation n'est pas possible. »

Feu la disposition des musiciens en hémicycle pendant les répétitions :

« Je veux que les musiciens respirent ensemble et se regardent, prennent le temps d'affiner les phrasés. Ce travail artisanal fait naître l'art. »

« Le mécénat, une question de survie »

Daniel Kawka a rêvé Ose, mobile au possible.

« Cette souplesse rejaillit sur l'esprit. Ouvrir le cadre traditionnel de la salle de concert, c'est rencontrer un nouvel écho. En concert, le public envoie une telle énergie que c'est face à lui que l'œuvre existe. En répétition, l'énergie ne rencontre que les murs. »

Alors, l'ambition est de jouer dans les hauts lieux de la musique classique, face à un public averti. Mais aussi sur des scènes régionales, là où la culture de l'orchestre semble lointaine.

Daniel Kawka est encore nourri du concert dans la friche industrielle Mavilor qui a réuni un pianiste classique et un accordéoniste de jazz, à L'Horme (Loire), lors du festival Rhinojazz, en 2013 : « Le public était large, ému aux larmes, deux cultures musicales se rencontraient, l'engagement des musiciens était total. »

Dans le public, une partie des anciens ouvriers de l'usine, fermée trois ans plus tôt. Ose pétille dans l'esprit de l'artiste. Peut-on dire pour autant qu'il est entrepreneur ?

« Avec l'EOC, je le suis déjà : je gère une équipe administrative, je réfléchis au projet global, tant musical, artistique, philosophique que politique. »

Sans rouler sur l'or

Ose n'a pas la même histoire. En 2011, l'orchestre présente quelques œuvres clés. Mais rien en 2012. « Il n'y avait pas d'argent public. » De là, Thierry Kawka, son fils, jeune diplômé de Sciences Po Lyon, rejoint Ose comme producteur. En 2014, un premier mécénat apporté par la Société Générale et une campagne de crowdfunding ouvrent l'horizon. La Spedidam, la Sacem et l'Adami suivent, en soutien. La vente de concerts en plus, Ose est lancé.

Sans rouler sur l'or. En 2014, le budget permet d'autofinancer l'activité pour 13 concerts - « Un orchestre national dispose de 8 à 17 millions d'euros », situe Daniel Kawka.

« Le mécénat est une question de survie », affirme-t-il, sans craindre la perméabilité entre culture et entreprise. L'ambition pour Ose est d'atteindre un budget annuel de deux millions d'euros. À ce stade, le « chef » apprécie l'exercice : « Cela engage à beaucoup de détermination, il faut être très créatif. »

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