Jean Therme, le marathonien

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©Laurent Cerino/Rea
©Laurent Cerino/Rea (Crédits : Rea)
Jean Therme est lauréat du Prix spécial du Jury. Inconnu du grand public, il est depuis dix ans l'architecte de l'exceptionnel écosystème de recherche grenoblois, dont le changement de gouvernance municipale interroge l'avenir. Jamais peut-être sa pugnacité ne se révélera aussi capitale.

Minatec, l'Alliance, Minalogic, Nanotec, Nanobio et Clinatec, l'INES à Chambéry, Giant (MIT à la française qui se construit sur la presqu'île scientifique), Nano 2017… tous les grands projets technologiques qui ont marqué Grenoble depuis dix ans ont été imaginés ou initiés par Jean Therme, charismatique et infatigable patron du CEA Grenoble depuis 2000 et directeur de la recherche technologique du CEA depuis 2003.

Un visionnaire 

Reconnu par tous ses partenaires - et même ses détracteurs - comme un visionnaire, il a compris dès son arrivée à la tête du CEA, la nécessité de « dénucléariser » le centre grenoblois et de le tourner vers des technologies innovantes : les micro nanotechnologies pour l'information, les biotechnologies et les nouvelles technologies de l'énergie. Si les trois n'ont pas progressé au même rythme - Jean Therme admet volontiers que Grenoble n'occupe pas la même place dans les biotechnologies que dans les micro-nano où ce leadership est reconnu internationalement -, cette stratégie a propulsé le CEA Grenoble dans les premiers rangs des centres de recherche en France.

En 14 ans, le centre grenoblois est passé de 1 900 salariés à plus de 4 500 et ses partenariats avec les industriels génèrent 220 millions d'euros de recettes annuelles (300 millions attendus en 2017), soit autant que l'ensemble du monde académique. « Nous avons une grosse capacité inventive, nous sommes puissant, efficace, incontournable », reconnaît sans fausse modestie, Jean Therme.

Un grain de sable ?

Pour mener à bien tous ses projets, le patron du CEA a toujours bénéficié du soutien sans faille des collectivités, qu'elles soient de gauche (à la Ville de Grenoble, au Conseil général, à la Région) ou de droite (au Département de Savoie). L'ex-maire de Grenoble, Michel Destot, ancien ingénieur du CEA, figure parmi ses plus fidèles soutiens. L'arrivée du nouvel édile écologiste Eric Piolle, qui prône l'aide aux emplois non délocalisables plutôt qu'aux grandes multinationales, peut-elle mettre un grain de sable dans la dynamique grenobloise ? « J'ai eu un premier contact avec Eric Piolle, je n'ai pas senti d'éléments de blocage », affirme Jean Therme qui souligne par ailleurs que les deux collectivités déterminantes aujourd'hui dans le développement économique sont la Région et la Métro. Cette dernière, qui deviendra au 1er janvier 2015 une métropole, a aussi changé de président.

« Il faut laisser le temps aux exécutifs de s'installer, puis, on va discuter, échanger », souligne, pragmatique, Jean Therme. Il sait que Grenoble bénéficie déjà d'une solide réputation aux niveaux tant national qu''international. Pour preuve le score obtenu au classement Forbes où la capitale du Dauphiné se classe à la 5ème place des villes les plus innovantes au monde (elle est l'unique commune française à figurer dans le Top 15). « Grenoble a toujours été une ville dynamique, innovante aux plans technologique, social et environnemental. Il existe ici une alchimie que l'on ne rencontre nulle part ailleurs. Il ne faut pas casser la dynamique. »

Un déploiement à l'échelle nationale

Cette dernière, le gouvernement aimerait la voir à l'œuvre sur l'ensemble du territoire. Jean Therme a donc été appelé  à la rescousse pour déployer dans les régions françaises le modèle grenoblois. « Notre objectif est d'apporter nos méthodes, notre savoir-faire dans l'innovation technologique afin de favoriser la montée en gamme des PME françaises. ». L'expérience est déjà conduite dans cinq régions. « Si la réforme territoriale aboutit, nous devrions être présent dans l'ensemble des douze régions françaises d'ici cinq ans », anticipe-t-il.  

Aujourd'hui jeune sexagénaire, il admet volontiers avoir moins d'énergie qu'il y a trente ans, mais ajoute aussitôt que « l'expérience et la sagesse » acquises avec l'âge, compensent largement  la baisse de « puissance de feu ». Façon de dire que l'heure de la retraite est encore loin.


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