Le Groupement Hospitalier Mutualiste bientôt vendu ? : l’annonce qui bouscule l’écosystème grenoblois

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Le Groupement hospitalier mutualiste de Grenoble comprend trois établissements : la Clinique Mutualiste des Eaux Claires, la clinique d'Alembert et le Centre Daniel Hollard.
Le Groupement hospitalier mutualiste de Grenoble comprend trois établissements : la Clinique Mutualiste des Eaux Claires, la clinique d'Alembert et le Centre Daniel Hollard. (Crédits : Capture écran YouTube)
La nouvelle a fait l’effet d’un boomrang au sein de l’écosystème grenoblois : la mutuelle Adréa aurait fait part de son souhait de vendre le Groupement Hospitalier Mutualiste (GHM), qui comprend trois établissements de santé de la région grenobloise (la Clinique Mutualiste des Eaux Claires, la clinique d’Alembert et le Centre Daniel Hollard). Plusieurs acteurs, dont la ville de Grenoble, s’inquiètent de cette nouvelle alors qu’Adréa Mutuelle, majoritaire au sein du Conseil d’administration, dément de son côté l'information.

Début juillet, plusieurs acteurs de la scène grenobloise se sont émus de la possibilité d'une cession prochaine du Groupement hospitalier mutualiste de Grenoble (GHM) par la mutuelle Adréa, qui comprend trois établissements bien connus du bassin isérois, tels que la Clinique Mutualiste des Eaux Claires, la clinique d'Alembert et le Centre Daniel Hollard.

Ces trois sites emploient un total de 1 300 salariés pour près de 430 lits en médecine, chirurgie, maternité et obstétrique, urgences, cancérologie, et soins de réadaptation. Un Établissement de Santé Privé d'Intérêt Collectif (ESPIC) à but non lucratif, doté de missions de service public, et que la ville de Grenoble espère bien conserver.

"'La Mut', c'est 60 ans d'histoire de la mutualité à Grenoble", a rappelé l'adjointe à la Santé de la Ville de Grenoble, Mondane Jactat, en précisant que le GHM et ses équipes jouent un rôle majeur pour l'accès à la santé à l'échelle du territoire, puisque "le public accueilli n'y supporte pas les dépassements d'honoraires pratiqués dans de nombreuses cliniques privées". Sans oublier d'ajouter qu'il s'agit aussi de "la seule maternité intra-muros".

Co-géré par par la Mutualité française de l'Isère (MFI) ainsi que par Adréa Mutuelle, un acteur national en santé, prévoyance, épargne et retraite (lui-même détenu par le groupe Aésio), le GHM fait en réalité partie d'un plus vaste ensemble, l'UMG-GHM. Une structure mutualiste, basée elle aussi à Grenoble, et dans laquelle Adréa possède 6 des 10 sièges administrateurs.

Adréa réfute

Contactée, la mutuelle Adréa, représentée par la voix de son directeur du cabinet et des relations institutionnelles, Pierre Szlingier, réfute pourtant une grande partie des éléments annoncés et dénonce des "raccourcis":

"La Clinique Mutualiste de Grenoble ne nous appartient pas, puisque cette entité dépend d'une union mutualiste, l'UMG-GHM, dont Adréa fait partie au même titre qu'un autre partenaire, la Mutualité Française".

Et de préciser que cette union gère non seulement les activités du GHM, "mais aussi celles d'un centre de planification et d'éducation familial, des centres dentaires ainsi qu'une activité de laboratoire". Pour autant, il n'en demeure pas moins que les activités du GHM représenteraient "une part non négligeable" des activités de l'UMG-GHM, même si la part exacte n'a cependant pas été communiquée.

Pierre Szlingie réfute également le titre "d'actionnaire", accolé jusqu'ici à Adréa, "puisque le statut d'une union mutualiste, tel que défini par le Code de la Mutualité", exclurait d'après lui tout simplement ce terme.

Alors que plusieurs acteurs, au premier rang desquels la Ville de Grenoble, n'hésitaient pas à évoquer un projet de vente de la part d'Adréa Mutuelle, Pierre Szlingier affirme "qu'il n'existe pas de vente annoncée à ce jour".

Ce dernier évoque cependant un audit interne, "qui a été demandé par le conseil d'administration de l'UMG-GHM fin avril, en vue de mener une étude sur la situation économique et juridique de l'union, ainsi que par un certain nombre de projets portés par celle-ci".

Encore en cours, les résultats de cet audit ne seront pas connus avant la rentrée prochaine.

"Il n'existe donc pas à ce jour de décision de cession, concernant une partie ou même l'ensemble des activités de l'Union Mutualiste", précise-t-il.

Des réactions en chaîne

Ce n'est pourtant pas la version retenue par l'écosystème grenoblois : à l'issue d'une rencontre menée la semaine dernière entre l'adjointe à la Santé de la Ville de Grenoble, Mondane Jactat, et le président d'Adréa Mutuelle et vice-président de la Mutualité Française, Patrick Brothier, ainsi que le nouveau président du Conseil d'administration du GHM de Grenoble, Edmond Giorgetti, la municipalité grenobloise a souhaité faire part de son inquiétude "quant à cette vente", par voie de communiqué.

La ville a même demandé des garanties "afin qu'un repreneur à but non lucratif soit privilégié, ainsi que la poursuite des missions de service public, telles que l'accès aux urgences ou la permanence d'accès aux soins de santé pour les plus démuni-es".

Tout comme le député isérois Olivier Véran (LREM), qui s'est dit "pris de court par cette annonce" et "attentif au statut non lucratif du groupe", tandis que l'antenne grenobloise du Parti Socialiste n'a elle aussi pas tardé à réagir en dénonçant une décision "pour des raisons purement mercantiles, en catimini".

Une situation qui a également fait réagir jusque dans les rangs de son conseil d'administration, puisqu'elle aurait entraîné la démission d'au moins deux administrateurs, Jérôme Alexandre et Jacques Viallet - en poste depuis 1964.

Christian Jarry réagit

L'ancien président du Conseil d'administration issu des rangs d'Adréa, Christian Jarry, qui avait annoncé sa volonté de se consacrer à d'autres missions professionnelles il y a un an (pour un départ effectif en juin dernier), n'en revient toujours pas de la manière dont les choses lui ont été présentées.

"Le président d'Adréa Mutuelle m'avait déjà annoncé sa volonté de vendre le groupe, sous prétexte que la mutuelle perdait de l'argent depuis 4 à 5 ans. Fin février, il a demandé à participer à un CA où il a annoncé aux membres du conseil, aux côtés de son directeur financier, qu'il avait trouvé un acheteur privé lucratif et que tout pourrait être finalisé d'ici fin 2020", rapporte-t-il.

Une nouvelle qui s'inscrit à l'encontre des valeurs de l'ancien président : "Une clinique comme celle de la Mutualiste paie les dépassements d'honoraires, mesure qu'un acteur privé à but lucratif ne conservera pas. Je lui avais bien expliqué que cela ne serait pas possible et ferait des remous".

Il réfute également l'idée du gouffre financier, avancé pour justifier le projet :

"Nous avons perdu de l'argent en décidant de payer les dépassements d'honoraires, mais nous en sommes sortis en 2018 avec un chiffre de - 90 000 euros pour un chiffre d'affaires de 160 millions d'euros, ce qui signifie presque l'équilibre !".

Ce dernier rappelle également qu'une SCI avait été créée avec plusieurs autres mutuelles, afin d'épauler le GHM en cas de besoin.

"Cette SCI a été créé lors de la constitution du groupe il y a 15 à 20 ans pour racheter les murs et n'a qu'un seul locataire, le groupement hospitalier. Elle possède tout de même 16 millions d'euros de fonds propres et distribue 60 000 euros de dividendes chaque année...".

Selon l'ancien président, une clinique qui possède un service d'urgence s'imposant comme le deuxième acteur du bassin, juste après le CHU de Grenoble, "n'appartient même plus vraiment à son propriétaire : cela devient un bien social".

Une pétition pour s'opposer au projet

Et il n'est pas le seul à le croire puisqu'une pétition, mise en ligne le 3 juillet dernier sur la plateforme Change.org par d'anciens administrateurs du GHM, appelle d'ailleurs d'ores et déjà les habitants à s'opposer à ce projet. Elle a récolté à ce jour plus de 4 400 signatures. Avec parmi eux, l'administrateur sortant, Jérôme Alexandre, qui s'est positionné sans ambiguïtés en faveur du "soutien à l'esprit mutualiste".

Du côté des syndicats, Force Ouvrière (FO) s'est aussi associé à cette démarche, en dénonçant notamment "la vente à un groupe du secteur privé commercial" et appelle lui aussi "la Mutualité française de l'Isère et Adréa Mutuelle à abandonner leur projet".

"Si ces cliniques sont vendues, il ne restera, après le Centre Hospitalier de Grenoble et des Alpes que des cliniques privées lucratives, comme Belledonne et les Cèdres sans concurrence", affirme la pétition.

Contactés, la Mutualité Française ainsi que la direction de l'UMG-GHM n'ont pas répondu à nos sollicitations au moment d'écrire ces lignes.

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Commentaires
a écrit le 01/10/2019 à 12:47 :
Décidément... après les postes, les trésoreries, les gendarmeries, les cliniques ????

Ce serait peut-être plus simple de nous éliminer tout de suite, nous les utilisateurs !

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