L’habitat intergénérationnel, richesse des liens

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(Crédits : Reuters)
OPINION. La crise sanitaire, si elle a déconfiné les difficultés liées au mal-logement, ou pire encore à son absence, a aussi mis en exergue l’importance de l’acte de construire. Une période qui résonne comme une trace de la déchirure de la société, nous explique Bernard Devert, président du mouvement Habitat et Humanisme, qui souligne, dans cette tribune, le déséquilibre entre ceux qui ont la chance de vivre dans des logements confortables, et ceux confinés dans des "machines à loger".

Bâtir, ce n'est point fabriquer, c'est un soin, un "prendre-soin" à l'égard de ceux qui emménageront dans l'habitat. Ne parle-t-on pas très justement de ménagement, quand on fait attention à l'autre ? Le logement est le lieu de l'intimité, de la sécurité, mais aussi de relations, lesquelles s'étiolent par l'entre-soi et s'ouvrent quand elles s'éveillent à l'autre soi.

Si le logement se révèle un refuge, un lieu de stabilité et de tendresse, il est aussi un possible creuset d'humanité qui doit nous conduire à garder à l'esprit le mot d'Emmanuel Levinas : "Le moi devant autrui est infiniment responsable".

Cette responsabilité est aujourd'hui l'un des vecteurs de l'habitat intergénérationnel, qui contribue à favoriser la cohésion sociale, en bâtissant des liens qui délient de l'isolement et en suscitant de nouveaux possibles.

"Ma maison, dit le Petit-Prince, cachait un secret au fond de son cœur. Oui, dit le renard, qu'il s'agisse de la maison, des étoiles ou du désert, ce qui fait leur beauté est invisible !"

Cette invisibilité est porteuse d'un émerveillement

Lors de l'inauguration d'une maison intergénérationnelle, un élu interroge un des résidents, âgé de plus de 90 ans : pourquoi avoir choisi cette forme d'habitat ? "Parce que vivre, répond-t-il, c'est prendre le risque de la rencontre de l'autre. Je ne voulais pas me retrouver dans un espace de retrait, pour n'habiter qu'avec les mêmes".

"Les mêmes", poursuit l'élu.

"Oui", ajoute la personne amicalement interrogée.

Les mêmes, c'est comme un écho. Reprenant le Petit-Prince, il citait : "qui êtes-vous... qui êtes-vous". Et l'écho de répondre : "Soyez mes amis, je suis seul... seul". "Quel drôle de planète", pensa le Petit-Prince. "Elle est toute sèche. Les hommes manquent d'imagination !"

Or, justement l'habitat intergénérationnel traduit un acte de bâtir imaginatif, magnifiquement humain, celui que chaque "petit-prince" aimerait habiter. Ils sont si nombreux et de tous les âges, chacun d'eux offrant une sagesse et un enthousiasme qu'il ne faut surtout pas faire périr par l'isolement.

L'essentiel est invisible

L'écho est vide, pour être le renvoi de soi à soi. L'habitat à vivre, c'est un chez-soi. Le trait d'union change tout, pour être cette relation qui a pour nom l'hospitalité, se rappelant que ce mot traduit un inconnu, puisqu'il est le même pour dire celui qui est reçu, et celui qui reçoit.

S'aventurer vers l'autre, une chance d'une aventure. Cette personne âgée, interviewée, nous a étonnés, émerveillés, mais ne traduisait-elle pas l'esprit du Petit-Prince qu'elle connaissait si bien ? L'essentiel est invisible. Il nous appartient d'en faciliter l'apprivoisement en bâtissant ces espaces nouveaux, dans la conviction que les rencontres sont sources de l'imprévisibilité mais aussi d'une belle fulgurance d'humanité.

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