"Le 'temps de l'après' doit être celui du bon sens"

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OPINION. L'Esprit est un souffle. Un souffle bien nécessaire au regard des tempêtes dont la traversée appelle l'esprit d'ouverture, d'innovation, sans déserter l'attention à la sobriété pour plus de solidarité avance Bernard Devert, président-fondateur d'Habitat et Humanisme.

Ce souffle n'est pas absent. Ici et là, des groupes se constituent pour que le temps de l'après-crise traduise un changement, notamment à l'égard des personnes fragilisées.

Un constat malheureux : plus on est pauvre, moins on a la possibilité d'obtenir un logement social. Martin Hirsch, dans l'un de ses essais, eut cette heureuse et terrible formule: "cela devient cher d'être pauvres".

Le 'temps de l'après' doit être celui du bon sens.

"Il a beau courir les rues, personne lui court après" rappelle la bonne sagesse lyonnaise !

Ces 55 jours de pause forcée furent l'objet d'une réflexion, pour le moins une inflexion sur le sens de la vie. Après quelles illusions courrons-nous, que voulons-nous fuir ; nous fûmes rattrapés par un inattendu ; il n'a pas seulement cloué au sol les avions.

L'heure est maintenant de décoller et de recoller bien des situations brisées. Aurons-nous le temps, ou plus exactement allons-nous le prendre, pour accompagner ceux que la misère accable.

Faire du neuf impose un esprit de résistance.

Il s'agit de quitter des habitudes, un peu de ses habits qui nous distinguent et aussi nous protègent. Hannah Arendt parle de la ruine du sens commun qui n'est pas sans créer des enfermements, cause de l'oubli de l'autre. N'est-ce pas Babel : des hommes de même culture, partageant les mêmes objectifs, se mettent à part.

Une voix se fit entendre : et les autres ? Au cours de cette crise, elle s'est fait entendre.

Un consentement mutuel s'est réalisé au cours de ce tsunami pour que les assignés à la rue aient au moins momentanément, à défaut d'un 'chez-soi', une chambre, fût-ce à titre précaire, trouvant de la place dans des hôtels devenus déserts et pour cause !

Qui peut désormais accepter que des enfants, des mamans, des femmes enceintes retrouvent la rue. La vie fut magnifiquement défendue par les soignants. Le respect de leur combat mérite que l'avenir ne se soit pas bafoué. Il l'est quand un enfant, sa mère ne trouvent aucune protection.

La joie partagée qui s'exprima chaque jour à 20h témoignait de l'ouverture des cœurs. Puissions-nous avoir la même spontanéité en offrant ce soin qu'est le logement à ceux qui ne l'ont pas, afin qu'ils puissent regarder un nouvel horizon via des espaces humanisés et humanisants.

A notre tour, laissons-nous habiter par leur souffle, la vie de tous et pour tous n'en sera que plus honorée.

Pour que l'insupportable s'efface, refusons le pacte avec l'indifférence, sœur du mépris et de l'injustice.

Il y eut beaucoup d'inquiétudes avec le surgissement du Coronavirus, pour les proches, pour soi. L'heure ne serait-elle pas de transférer cette in-tranquillité vers les oubliés d'hier pour que, désormais, ils trouvent leur place.

L'Esprit est un souffle, un souffle de fraternité.

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