Les crises ou le réveil de l'éthique

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(Crédits : DR)
La crise sanitaire traversée met en lumière la réflexion éthique. L'inconnu d'un virus, frappant quasiment au même moment tous les continents, crée un état de choc et met plus particulièrement le corps médical dans une situation difficile, d'autant que l'ennemi invisible s'acharne contre les plus vulnérables avance Bernard Devert, le fondateur d'Habitat et Humanisme.

Quelle éthique quand des phénomènes soudains et imprévus désarment. Lamartine dit que si le réel est étroit, le possible est immense. L'heure est au réel, sans pour autant s'éloigner des possibles.

Les valeurs de notre civilisation ne sont pas indifférentes à la fragilité que ce tsunami sanitaire met à un tel niveau que les marges de manœuvre sont étroites. Les soignants, en première ligne, ne désarment point face à un réel danger les conduisant ici et là à imaginer des priorités qui ne sont pas sans interroger l'éthique.

Le Chef de l'Etat a rappelé que les plus fragiles devaient être tout particulièrement soutenus. Observons, sans qu'il y ait de critiques tant la responsabilité est collective, que les personnes sans toit, ne disposent d'aucune mesure de protection, d'où leur situation alarmante pour ne point bénéficier de la sage décision d'un confinement.

Ce constat tragique témoigne d'une rupture grave de l'éthique à l'égard des sans-abri, les premiers oubliés de la Société. Il est aussi d'autres oubliés que sont les personnes âgées, isolées. Les espaces éthiques rattachés aux centres hospitaliers mettent en exergue une grave question concernant les résidents susceptibles dans les EHPAD d'être touchés par le Covid-19.

Alors qu'un certain nombre d'hôpitaux n'ont plus ou difficilement de places pour accueillir les patients en détresse respiratoire, se fait jour un dilemme crucial : qui recevoir en priorité, laissant ouverte la possibilité de ne point hospitaliser les plus âgés. L'EHPAD donne le signe d'une fin de vie annoncée au risque, dans cette crise sanitaire, d'apparaître comme un espace parfois privatif de liberté, mais aussi de ces soins nécessaires pour sécuriser la vie.

L'éthique peut-elle admettre que soient dispensés les soins à l'aune du temps restant à vivre ; qui peut l'évaluer.

Certes, il est une loi judicieuse encadrant l'acharnement thérapeutique qui protège. Ici, le sujet est que l'entrée d'un résident en EHPAD ne puisse être considéré comme l'acceptation tacite de son consentement à s'effacer.

L'EHPAD n'est pas d'abord un lieu de retrait, mais de soin et de prendre-soin.

Si l'éthique ne peut ignorer l'urgence, et par là même les priorités, l'urgence ne relève-t-elle pas trop souvent d'une absence d'anticipation, mettant actuellement les soignants dans des conflits existentiels et les proches des malades dans une détresse angoissante et désarmante.

Le fait que dans les programmes électoraux la question de la santé et les conditions pour la mettre en œuvre soient si peu abordées - voire pas du tout - suscite des pans entiers de vulnérabilité.

Le jour d'après-crise, une des urgences ne serait-elle pas d'apporter une plus grande vigilance à l'éthique, entendue non pas comme un jugement mais comme un réveil des responsabilités.

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