Changer l'éducation à l'information pour réinventer la démocratie par Dorie Bruyas

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(Crédits : DR)
Les nombreux outils et actions d'éducation à l'information, qui opposent généralement le "vrai" au "faux", ont démontré leur inefficacité. Le choix de réfuter ou de combattre directement les fausses croyances, auprès des jeunes comme des plus vieux, apparaît même contre-productif démontre la fondatrice de l'association Fréquence École, spécialiste de l'éducation aux médias numériques. Elle participera le 7 octobre prochain au Forum Une époque Formidable organisé par La Tribune au Théâtre des célestins. En amont de son intervention, nous vous proposons de commenter cette tribune. Certaines de ces remarques et interrogations seront reprises lors du débat : " 'Infox' : le défi démocratique ".

D'abord, contester la légitimité de l'information issue d'Internet simplement parce qu'elle est diffusée sur la toile, via les réseaux sociaux en particulier, revient à défendre la prééminence du papier sur l'écran. Plus encore, il s'agirait avec cet argument de ne reconnaître que les propos les plus légitimes et institutionnels, c'est à dire ceux des professionnels de la prise de parole dans l'espace public : journalistes, politiciens, syndicalistes...

Car, comme le rappelle le sociologue Dominique Cardon, les nouvelles voix de l'Internet "pluralisent et distribuent autrement les formes de la parole politique, en empruntant des langages et en habitant des espaces que la politique conventionnelle, bien souvent, ne sait pas reconnaître". Ce qui a amené Médiapart à titrer en janvier 2019, "Gilets jaunes" et médias, deux mondes qui se regardent sans se comprendre.

Une crise de la vérité

Ensuite, soyons honnêtes, dans certains projets de lutte contre cette fameuse infox, il s'agit de défendre notre vision du monde, notre appréciation des faits. Cette vision dichotomique, pétrie de certitudes, est-elle encore possible dans un monde connecté, une société de la connaissance et de l'information où la dynamique des réseaux sociaux produit "des essaims informationnels perméables, orientés par nos préférences et affinités", selon l'historien des cultures visuelles et Maître de conférences, André Gunthert.

Finalement, nous ne vivons pas une crise de la vérité, nous vivons une crise sur les modalités d'évaluation de la vérité. Avec l'avènement d'un monde en réseau, nous sommes face à une remise en question de la façon dont nous construisons le savoir.

Se représenter d'autres points de vue

Enfin, aujourd'hui, l'urgence face à l'information est de comprendre qu'elle est contextuellement et socialement construite et qu'il est fondamental d'aider les publics à se représenter d'autres visions du monde. Sans compter que notre rapport à l'information dépend aussi de nos compétences psychosociales, de notre capacité à nous intégrer et à trouver du sens dans le monde qui nous entoure. Concrètement, cela signifie se demander qui parle, qui est l'auteur, quelle est l'intention de son message et de comprendre ce que ce message nous fait vivre voire ressentir...

Peut-être devons-nous désormais imaginer que les projets d'éducation à l'information doivent nécessairement développer chez les jeunes — et les moins jeunes, redisons-le — une capacité de projection, d'empathie, pour comprendre d'autres modes de pensée, utiliser d'autres regards.

Cela nécessitera évidemment de recontextualiser l'information et de faire le point sur les intentions de ceux qui la produisent. En croisant ces différents points de vue, nous fabriquerons une pensée nuancée, complexe, articulant si cela nous est possible des idées parfois complémentaires et parfois contradictoires. Tout comme le sont évidemment les opinions dans une démocratie.

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Commentaires
a écrit le 06/10/2019 à 11:51 :
Chacun a sa théorie, son approche. Certains se sentent agressés par la lecture publique de certains faits ou actes que eux estiment doivent rester au chaud, au secret. La Toile est une mosaïque. Faire preuve de gout est choisir ses lectures et son public. Le premier est plus aisé que le second qui lui est en dehors de notre contrôle. Du choc des idées jailli la lumière. Cela peut sembler ou ressembler a une réaction futile mais je pense qu’il faut laisser la personne lambda former son opinion sur plusieurs sources et se sentir réconforté en faisant des recherches sur la même Toile. Le dirigisme, quel qu’il soit aura des effets similaires a l’ouverture de la Boite de Pandore. Incontrôlables… Cheers. J-L L. K
a écrit le 03/10/2019 à 16:21 :
Cette tribune est très étrange... D'ailleurs, on ne comprend pas vraiment ce que Me Bruyas souhaite dire. Elle se réfugie derrière des auteurs sans assumer véritablement ce qu'elle pense... Et honnêtement, n'est-ce pas le moyen de faire du "médias-bashing", euh pardon, ces gens qu'elle nomme les "producteurs d'information".

Etre directrice d'une association d'éducation aux médias et vouloir faire de l'éducation aux médias sans les médias, c'est un peu, comment dire, abscons.

Le ton de cette tribune, assez faible intellectuellement, laisse aussi poindre des petits relents complotistes, le comble, pour une association d'éducation aux médias..
Réponse de le 05/10/2019 à 10:22 :
Il est cocasse de constater que vous vous sentez en mesure de critiquer une tribune que vous déclarez vous-même ne pas avoir vraiment comprise.

Le fait est qu'à l'heure actuelle, il est parfois difficile de faire entendre ses thèses lorsqu'on ne peut se prévaloir d'un doctorat en neurosciences cognitives.

Ce qui amène les chevilles ouvrières de l'éducation aux médias et au numérique à rechercher parmi la montagne de travaux traitant des médias et du numérique les quelques propos, souvent jugés iconoclastes, qui correspondent aux constats de ceux qui, quotidiennement, sont sur le terrain, face aux jeunes et à leurs parents et enseignants (dont je fait partie, en tant que collaborateur régulier de l'association dirigée par Mme Bruyas).

Il est assez savoureux de vous lire critiquer une éducation aux médias sans les médias. Que ne diriez-vous d'une analyse critique de l'industrie agroalimentaire menée avec Nestlé ? D'une enquête sur les pratiques d'un industriel financée par un concurrent ?

Vous qui prétendez connaître Dorie suffisamment bien pour la qualifier de "faible intellectuellement", je vous plains de ne pas la connaître aussi bien que vous le pourriez, vous constateriez la force et l’opiniâtreté qu'elle déploie au quotidien au sein de Fréquence Ecoles depuis près de 20 ans.

Cette tribune est-elle parfaite ? Assurément pas.
Pourrait-elle être plus détaillée, approfondie, technique ? Assurément.
Mais cela aurait été au détriment de sa lisibilité et du temps que Dorie et ses collaborateurs consacrent chaque jour à la mission que nous nous sommes choisis : éduquer aux médias plutôt que de chercher à y briller.

En ce qui concerne les "relents complotistes" que vous semblez entrevoir, la faiblesse intellectuelle dans ce domaine réside dans le fait d'en voir partout, ou nulle part, et non, d'après moi, d'envisager qu'il puisse effectivement y avoir parfois collusion entre médias, industriels et pouvoirs établis de toute sorte.
Envisager ! Rechercher ! Réfléchir ! Hésiter ! Se remettre en question !
Et non asséner des certitudes.

Enfin, cher "John Doe", la portée de votre critique est considérablement amoindrie par l'anonymat qui rend impossible la recherche de conflits d'intérêts ou de vengeance personnelle dans vos postures et critiques.

Au plaisir de vous lire
a écrit le 03/10/2019 à 14:27 :
Bravo !

"Ce qui a amené Médiapart à titrer en janvier 2019, "Gilets jaunes" et médias, deux mondes qui se regardent sans se comprendre."

Et là encore médiapart est subjectif car média qui aimerait bien devenir de masse, même s'il a des qualités incontestables de journaliste enquêteur Plenel a trempé au sein des médias de masse ce qui ne peut pas ne pas laisser de traces, de blessures, d'égo démesuré, de vanité mal placée...

Les gilets jaunes savent que les médias de masse ont leur raison, à savoir celle de leurs propriétaires, que la raison n'a pas, même s'ils sont approximativement informés pour certains ils restent quand même mieux informés c'est là qu'est le drame.

Internet c'est des millions d'informations par jour, contrairement à nos médias qui en diffusent une dizaine tout au plus, imaginez la part de subjectivité traduite déjà dans cette sélection de 10 !

Alors certes internet comem ce sont des millions d'informations il y a forcément une quantité considérables d'informations pourries, fausses, interprétées, déformées et-c on ne peut pas le nier proposant à ceux qui ont déjà du mal à y voir clair d'y voir encore moins clair en se confortant dans une position dogmatique.

Ce qu'il faut donc faire c'est préparer les esprits à ce tsunami d'informations qui nous submerge, nous étions habitués à de l'information bien policée, bien travaillée, bien étudiée, souvent bien rincée également, ce qui ne peut qu'élever l'humain dans son ensemble et s'habituer à cette richesse et diversité qui forcément fait du mal à tout ceux qui possédaient l'information jusqu'à présent, je précise que le premier journal d'informations publiées l'a été du fait de la Lloyd sous forme d'un livre des marées afin d'avertir les marins de celles-ci pour perdre moins de marchandises, je trouve que c'est tellement éloquent comme histoire... Tout est dit.

Et bien cette histoire de l'information se termine, la page se tourne et les médias de masse s'ils veulent arrêter leur grotesque propagande devront s'adapter en nous proposant beaucoup plus d'informations reposant sur l'intérêt de biens plus nombreux de lecteurs que nous sommes et non plus sur les seuls intérêts de leurs propriétaires parce que tout simplement ça se voit beaucoup trop à l'époque d'internet et que plus ils se braquent et hurlent contre les "fakes news" d'internet et plus ils exposent leur compromission aux yeux de tous et donc leur discrédit.

Je me souviens d'une remarque de PPDA sur l'arrivée de toutes ces chaines d'informations: Avant il y avait la grande messe du 20h, dorénavant la messe est diffusée dans une multitude de chapelles, ça ne change pas grand chose.

Internet lui renverse la table dans ce domaine et quand on voit comme les GAFA sont en train d'anéantir la publicité à papa reposant sur ce business ronronnant qui ne faisait plus que tourner en rond, on ne peut que comprendre que ce mouvement est inscrit dans la durée.

Maintenant remettre en question les médias de masse, avoir à sa disposition toutes les informations nécessitant de faire le tri, ce qui est également un sacré bon apprentissage, c'est remettre la suprématie de l'oligarchie qui en est la propriétaire en question mais celle-ci n'a pas le choix, c'est ce qu'elle ne voit pas en essayant de contrer tacitement ce courant alors qu’elle ferait mieux de l'accompagner, elle y perdrait beaucoup moins durant bien moins longtemps.
a écrit le 03/10/2019 à 13:29 :
"L'infox" n'est qu'une rumeur "confidentielle" que l'on étale dans le public et les médias (qui les dénoncent) en sont les vecteurs! Tout comme le terrorisme...!
a écrit le 03/10/2019 à 13:22 :
Réinventer la démocratie? C'est toujours donner plus de droit a une minorité et plus de devoir a une majorité!

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