Haro sur les élites ! par Pascal Perrineau

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(Crédits : Laurent Cérino/ADE)
Les liens étroits entre les sommets de l'État et les élites politiques sont l'un des facteurs du malaise dans la démocratie représentative analyse le politologue Pascal Perrineau. Il participera le 7 octobre prochain au Forum Une époque Formidable organisé par La Tribune au Théâtre des célestins. En amont de son intervention, nous vous proposons de commenter cette tribune. Certaines de ces remarques et interrogations seront reprises lors du débat : "Elites : vraiment la crise ?".

Les élites administratives sont le plus petit commun dénominateur de la politique française et il existe une forme de vaste consensus politique pour les utiliser comme bouc émissaire de tous les maux de l'Hexagone. Le mouvement des gilets jaunes a usé et abusé de ce sentiment anti-élitaire et joué de cette culture révolutionnaire qui rêve de couper les têtes des puissants. Les élites sont naturellement "parisiennes", "déconnectées" et technocrates...

Deux écoles incarnent tout à la fois ces élites tant décriées et la pépinière de la haute administration française : Sciences Po et l'École nationale d'administration. Cette dernière, en particulier, a fait l'objet de tous les rejets poussant même certains hommes politiques issus de ses rangs à appeler à sa suppression (Bruno Le Maire). Le président de la République, lui-même originaire de cette école, en a demandé, à l'issue de la crise des gilets jaunes, la suppression.

Une dénonciation récurrente

La dénonciation des élites n'est pas nouvelle en France. À la fin de la IVe République, le mouvement poujadiste conspuait les fonctionnaires et les élites en les opposant au "peuple" voire aux "vrais gens".

Tout au long de la Vème République la critique fut récurrente et peu à peu la dénonciation de "l'Énarchie" devint une figure de style obligée. Cette opposition du peuple et des élites a pu s'incarner en politique jusqu'à devenir une forme de clivage politique entre les partisans de ces élites et ceux qui veulent les remettre en cause. Les élites administratives formeraient ainsi un "système" contre qui, en 2017, tous sans exception d'Emmanuel Macron à Marine Le Pen en passant par Jean-Luc Mélenchon et François Asselineau, se sont érigés.

Ces critiques ne sont pas l'apanage de la France. Un peu partout dans le monde, les forces populistes s'érigent contre les élites politiques de la capitale. Ce qui fait la spécificité de la France, c'est le lien intrinsèque entre les élites politiques et les élites administratives. Il apparaît, aux yeux des Français, qu'il existerait une forme de lien de cause à effet entre la haute administration et la carrière politique. Leur donner tort serait extrêmement périlleux. Trois des sept Présidents de la République ont fait l'ENA, sur 11 candidats à l'élection présidentielle de 2017, quatre sont passés par cette école. Cette intimité des sommets de l'État et des élites politiques est un des facteurs du malaise dans la démocratie représentative.

Au cours des mois qui viennent de s'écouler la contestation de ce système a été rude. On n'imagine pas que le pouvoir politique n'y réponde pas : la suppression de l'ENA, la lutte contre le cumul des mandats ou encore la réduction du nombre d'élus ne sont que des demi-mesures. Une des portes de sortie de la crise démocratique est d'insérer davantage le peuple à la fois dans les processus de décision et dans le monde de la représentation politique.

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Commentaires
a écrit le 06/10/2019 à 15:45 :
la france cumule les problèmes, c'est vrai la consanguinité de ses élites (c'est pas bon pour les lapins, alors il n'y a pas de raisons que ce soit bons pour les élites), leur surétatisme, sa conception assez bizarre de la démocratie (on est un des rares pays où l'exécutif contrôle le parlement) et sa vision du "pourquoi la france?" L'intérêt de la france est quelque chose de différent de l'intérêt des français, voire même des fois c'est tout à fait antagoniste.
La république ça a toujours été quelque chose d'un peu de spécial en france, la première génocidaire et pas que les chouans (Joseph Fouché a été un grand républicain a Lyon), la seconde, celle de Napoléon III, la troisième difficile de faire plus antisocial, celle des maîtres des forges et des deux cents familles, qui n'hésite pas a envoyer la troupe contre la population, celle qui fusille pour l'exemple pour maintenir le moral des troupes, celle qui, quoi qu'on en dise aura sa continuité dans l'état français se récupérant de n'avoir pu suivre le dodolphe en 36 a cause de l'antibochisme ambiant.
La quatrième, celle des vainqueurs (et comme, tout le monde était vainqueur, personne ne voulait lâcher, donc ça posait des problèmes de suprématie politique, d'où la légendaire instabilité), mais qui pour ne pas perdre les bonnes habitudes envoyait les crs/ss contre les mineurs, celle des magouilles en tout genres, trafics de décorations, de piastres indochinoises...
Et enfin notre cinquième,la plus absolutiste, qui elle aussi a pas mal de défauts (mais chut, je veux pas de problèmes). On y peut rien, ça doit être du a notre climat tempéré ou alors c'est qu'on a vraiment pas de bol.

Demain je peux pas venir, mais je serais ravi de lire un résumé des interventions.
a écrit le 02/10/2019 à 20:01 :
je vous cite : "Ce qui fait la spécificité de la France, c'est le lien intrinsèque entre les élites politiques et les élites administratives. Il apparaît, aux yeux des Français, qu'il existerait une forme de lien de cause à effet entre la haute administration et la carrière politique."

Pas seulement, il apparaît aussi aux Français qu'il y a un lien avec les zélites "économiques", "intellectuelles", "médiatiques", ect, ect...

vous savez, tous ces "excellents" "penseurs" produits par les "meilleurs écoles"
mais qui sont incapables de mesurer quelle sera la portée des décisions qu'ils prennent

hollande, sarkozy, macron me font juste rigoler avec leur politique de "l'offre" car enfin que dit-elle cette politique ? c'est que, depuis les années 80 on a dit aux Français de ne pas s'inquiéter de la désindustrialisation, que nous allions créer des emplois à forte valeur ajoutée et que les émergents resteraient l'usine du monde (je simplifie, mais en gros c'est ça) et surtout qu'il n'y aurait aucun impact environnemental
he ben on voit le résultat et surtout le changement de politique (des 3 que j'ai cité) mais qui continue à commettre les mêmes erreurs

il est urgent de revoir la qualité de l'enseignement des "zélites" qu'elles quelles soient
mais surtout faire en sorte qu'elles subissent ce qu'elles font subir aux peuples (à tord), une très grande flexibilité en virant ceux qui sont mauvais (à raison)
a écrit le 01/10/2019 à 15:50 :
La RF est 100% maçonnique.

C'est CELA le problème.
Réponse de le 02/10/2019 à 15:44 :
Tout ça affirmé sans la moindre preuve !
a écrit le 01/10/2019 à 5:05 :
Il faut etre aveugle pour ne pas remarquer que tous les postes decisionnels sont aux mains d'enarques.
Ceci explique la situation de ce pays.
Seule solution, revoir la Constitution dans son ensemble, ce projet aura lieu en l'an 3000.
C'est promis.
Réponse de le 02/10/2019 à 15:45 :
A la place, on met des gilets jaunes ?
a écrit le 30/09/2019 à 22:01 :
Encore un papier écrit par quelqu'un qui ne comprend pas grand chose à ce qui se passe. Ou qui le comprend trop bien puisque serviteur du pouvoir en place.
Il y a une ploutocratie au pouvoir qui souhaite le garder pour s'en servir. Les élites sont bien nombreuses à dénoncer l'absence de démocratie et à combattre la petite camarilla au pouvoir avec ses spadassins médiatiques pour le protéger par la propagande et la désinformation.
Il n'y a pas de "système" mais une oligarchie qui combat la démocratie donc la décision prise par le peuple le 29 mai 2005 ou tout ce qui permettrait d'instaurer la démocratie comme le référendum d'initiative populaire par exemple.
Les révoltes populaires en France (gilets jaunes), en Algérie ou à Hong-Kong sont les mêmes ; elles se battent pour récupérer le pouvoir que les oligarques leurs ont confisqués par leur argent, la force brutale et la corruption.
Il ne faut pas "insérer le peuple dans les processus de décision" mais rendre le pouvoir au peuple par la démocratie semi-directe.
a écrit le 30/09/2019 à 19:12 :
Je ne vois que très peu de personnalités d'élite en regardant les castes qui accumulent souvent plusieurs privilèges, dont au moins un en commun de connaître les codes d'entrée dans les fabriques du pouvoir. Je crois que les discussions sur les élites mélangent des termes qui n'ont rien à voir. Si c'était toujours l'élite qui gouvernait le pays, les administrations, les grandes entreprises, cela se saurait, cela se verrait. On en serait pas dans un tel marasme politique, économique, social et sociétal ; un tel gâchis des ressources naturelles, patrimoniales, techniques, humaines et financières. L'ENA n'est pas seule en cause, la course à l'excellence est biaisée depuis le début à cause de critères et de moyens orientés. On proclame élite ceux qui savent faire les bonnes grimaces aux bonnes personnes mais certainement pas les plus compétentes, pas les personnes les plus complètes, les plus équilibrées, les plus en mesure de défendre le bien commun et l'intérêt général, les plus capables de contribuer à faire tous ensemble société. Ceux-là existent mais pas assez nombreux pour changer la règle du jeu et qu'une élite de compétence globale émerge et fasse progresser tout le monde. Voilà ce que serait une vraie élite, venue de toute la population avec l'exigence de progresser au plus haut au service de tous. Et là plus besoin d'essayer d'appartenir à une pseudo élite pour avoir sa place au soleil en faisant de l'ombre aux autres, car le soleil laisse de la place à tous, même sans appartenir à l’élite, même pour ceux qui n'ont pas l’envie ou les capacité de devenir une élite, et ce n'est pas une tare. Arrêtons de nous focaliser sur les pseudos élites, libérons la place pour ceux qui le peuvent et le méritent vraiment et qui, en phase avec la société contemporaine, ferons émerger une société plus capable.
LARROUSE : "Groupe minoritaire de personnes ayant, dans une société, une place éminente due à certaines qualités valorisées socialement". Si on se réfère au LARROUSSE, il nous reste à définir "certaines qualités" et "place éminente" pour sortir des débats inutiles et commencer à construire.
a écrit le 30/09/2019 à 17:49 :
Tant que les "élites" seront conditionnées à obéir elles ne serviront à rien, par contre si elles étaient habituées à penser par elles-mêmes elles seraient bien plus efficaces dans la gestion des citoyens que nous sommes et d'ailleurs nous constatons bien que à long terme ce sont ces dernières qui durent.
a écrit le 30/09/2019 à 17:12 :
Pffff , n'importe quoi ! Si on supprime ces " élites " formées suivant une sélection par le travail, le savoir et la compétence à gérer des dossiers complexes, on retourne vers le copinage, le clientélisme ou la descendance ?
Et pour quoi faire : céder à la démagogie du populisme envahissant de Murdoch&Co et de Black ?

Nos " Élites " sont le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres ! ( oui, j'ai copié :-))
a écrit le 30/09/2019 à 16:56 :
Ce qui me gène dans le mot, c'est qui laisserait entendre que l'élite serait un statut, qui pour le coup confirme la vacuité du mot comme des faits de constats que nous pouvons en faire.

Dans la mesure ou il y a pure reproduction sociale, il n'est pas étonnant de retrouver les enfants, les cousins, bref tout ce qui désigne autre chose qu'une "élite".

Insérer d'avantage le peuple, dit ce qu'il en est !!! Un tel niveau d'endogamie et de déni permet aussi de constater que le concept d'élite n'est que le choix fait par un système d'individus en décorrélation avec l'intelligence, mais comme un mot dans lequel la dimension tribale est plus forte que la réalité de l'intelligence.

Comme la famille lepen qui est la l'image de l'élite du pays, il faut constater juste qu'il s'agit simplement d'individus qui ont été dans les 200 maternelles qui font cette élite, mono culturelle et atavique.

Aucun n'est élite par la réalisation mais par le statut scolaire, donc difficile d'espérer trouver un consensus avec le peuple qui est conscient de ceux qui se tiennent devant eux !!!

Il n'est pas être populiste de constater qu'une bonne partie des personnes dans les grandes écoles sont aussi les enfants des profs du secondaire (la ou on oriente) mais aussi des enfants des managers.

Alors n'ayant aucune forme de légitimité que par la connaissance de la princesse de clève, et la cooptation reproductive, venir en plus demander au peuple de valider des gens qui n'ont aucune forme de résultats, aucune forme de charisme hormis le fait d'être diffusé ou coopté par le système médiatique ne peut espérer en plus sans résultats d'avoir ce qu'ils ne cherchent pas autrement que pendant les élections une forme d'adoubement au vue de l'état de conscience par l'information.

Le format de l'élite en France est de l'ordre du clonage avec une dimension ethnique a un tel niveau que le peuple peut le voir !!!!!

Alors sociologiquement les zélites pensent qu'ils peuvent continuer un système leucocratique qui n'a de constat que ce qui fait leur propre représentation!

Le mélange des genres ou les impôts paient les études et ensuite ils vont se vendre au plus offrant des multinationales, tout cela est a présent clair pour tout le monde.

Et les grandes écoles étant pour le coup la capacité de garder fermer le système permet de voir des points communs qu'ils ont mais n'ont plus avec le peuple.

L'impotence économique permet de constater qu'après deux ans de mandat, la vacuité économique est telle que l'identitarisme et l'immigration sont les thèmes récurrents qui en disent long de la caducité de ces zélites !!!

Nous avons un exemple actuellement au pouvoir éclatant de vérité sur la question.
Le pure produit du système aristocratique, (car méritocratie, est un mot qui est une insulte de ceux qui prétendent que cela existe).

Tout les statistiques décrivent ces éléments de fait, alors difficile pour la plupart de fonctionner avec le syndrome du larbin.

Si l'on y ajoute, plus de profs, plus de moyens pour les zécoles de zélites, et pour autant toujours incapable d'avoir une vision autre que celle consistant a faire des constats, logique que la plèbe ne fonctionne plus dans la légitimité.

Et n'en parlons pas des intouchables, censés donner l'exemple sur la corruption et depuis 10 ans sans arrêt dans l'actualité, qui force est de constater permet de voir que le traitement en justice est aussi dépendant de cela.

Actuellement le discours startupien, permet de constater que les zélites n'ont aucun problème avec l'inégalité classe race, et explique qu'il serait question de background!!!

alors espérer que cela change, oui sans doute que cela va s'empirer, car sociologiquement nous n'aurons plus les mêmes personnes d'ici une décade, donc espérer par la suite trouver des têtes de gondoles pour laisser croire qu'ils seraient autre chose que ceux choisis pour laisser croire que cela change, disons que tout cela ne peut plus être.

A mon avis, et au vue de ce que je peux voir, a présent j'ai compris qu'il faut garder le silence sur tout un tas de domaines, car le mieux est encore de les voir dans le temps n'avoir plus aucune forme de lien.

Et comme le média nous prépare marion maréchal comme alternative aux ultra libéraux, mêmes en broyant les gens et en faisant perdre la dignité, les mains ou les yeux, cela n'empêchera pas une forme d'auto destruction programmé.

Car on ne choisit pas l'intelligence, et pour cela il ne fait pas de doute qu'ils aurons ce qu'ils ont fait ou fabriqué comme tribu.

Et supposer que l'intelligence soit l'entre soi, disons que nous le constaterons ou pas.
Et comme la mondialisation, tout est déjà terminé par justement l'incapacité de renouvellement des idées, des personnes.

Le bon vieux classe race est terminé, mais surtout de ce que j'entends de ces écoles par ceux de la diversité qui y sont, bon courage les potos !!!
a écrit le 30/09/2019 à 13:43 :
"Une des portes de sortie de la crise démocratique est d'insérer davantage le peuple à la fois dans les processus de décision et dans le monde de la représentation politique"

C'est même une porte d'entrée vers la démocratie mais quel intérêt a la classe dirigeante à se diriger vers un système remettant entièrement en question sa suprématie !?

Nous sommes dans cette impasse majeur qui ne fait que tout tuer et détruire pendant ce temps...

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