Biodiversité et climat : Le capitalisme sauvera-t-il ce qu'il a détruit  ? par Isabelle Delannoy

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(Crédits : DR)
Au risque de voir s'effondrer l'ensemble des services écologiques rendus par le vivant, garants de notre survie, mais aussi de notre dignité et de notre liberté, les investissements doivent s'orienter vers un changement radical de notre paradigme argumente Isabelle Delannoy, auteure de l'économie symbiotique, régénérer la planète, l'économie et la société. Elle participera le 7 octobre prochain lors du Forum Une époque Formidable organisé par La Tribune au Théâtre des célestins. En amont de son intervention, nous vous proposons de commenter cette tribune. Certaines de ces remarques et interrogations seront reprises lors du débat : "Biodiversité et climat : Le capitalisme sauvera-t-il ce qu'il a détruit ?"

"Le capitalisme est un mot de combat" disait l'économiste français François Perroux, tant il recouvre d'imaginaires et de références différentes. Or si nous voulons que les vents ne soient pas toujours plus tornades mais redeviennent brises ; que les eaux ne courent pas toujours plus en crues et en boues, mais soient rosées, brumes et pluies ; que la Terre résiste à nos assauts répétés depuis trop de siècles, alors nous devons nous aussi nous réveiller à la complexité et à notre échelle d'être vivant : nos sols, nos territoires.

Tels que nous sommes lancés, la vie sera de moins en moins possible à l'air libre. Nos villes et nos habitats devront s'artificialiser rapidement. De tels investissements ne seront accessibles qu'aux entreprises les plus capitalistiques et leurs services, inaccessibles aux plus pauvres d'entre nous. En outre, dans une société de l'information comme l'est déjà la nôtre, nous risquons de voir ajouter à cet hyper-capitalisme la dérive hyper-totalitariste. Ce capitalisme, désolidarisé de sa Terre, de ses sols et de ses territoires, est un fléau. Nous pourrions ne pas y survivre.

Nouvelle ère

L'ensemble des modèles techniques, productifs et économiques existent pour basculer dans une nouvelle ère. Une ère où nous couplons la satisfaction de nos besoins avec la régénération des écosystèmes vivants et la diminution de nos impacts. En 50 ans, la société pour ce changement s'est créée : elle représente désormais plus de 30 % de la population de nos pays industrialisés. Et nous en avons les méthodes scientifiques, avec l'arrivée de la systémique dans cette même période.

Si une critique fondamentale du capitalisme est impérative au vu de ses dérives, il est très probable dans cette période de transition qu'un vent debout contre le capitalisme sans distinction entre la multiplicité de ses formes, ne nous permette pas d'adresser les enjeux et nous conduise in fine à la situation décrite ci-dessus.

Lorsque, par exemple, un céréalier veut se tourner vers l'agro-écologie, il s'expose pendant sa transition à un risque important. Sans filet de sécurité, rares sont ceux qui le prennent. Pourtant, nous voyons des agriculteurs, des meuniers et des distributeurs ou des industries agro-alimentaires - conséquents mais non encore financiarisés - s'allier pour financer cette transition. Pour rester compétitif dans la durée, cet entrepreneuriat a besoin d'un socle de capital que les forces de travail, même unies de façon coopérative ne peuvent fournir, du moins aussi longtemps qu'elles seront en concurrence avec des entreprises tellement plus capitalistiques qu'elles.

Comparée au système actuel, cette économie est agile et a besoin de peu de capital pour se développer rapidement. Le moteur de sa compétitivité est la coopération. Indissociablement reliée au Vivant, elle est capable d'unir des hommes et des moyens autour d'un projet, d'une vision et de convictions. Elle agit à une échelle dont ils sont à la fois les racines et les ressources. Elle les mobilise autour d'intérêts désormais communs : la régénération écologique, économique et sociale de leur territoire et la préservation de leur liberté.

Les élus, notamment locaux, doivent devenir entrepreneurs de leur territoire et s'intéresser aux régies et coopératives citoyennes de l'alimentation, de l'eau, de l'énergie, et même de de biens d'équipement qui ont émergé dans de multiples endroits du globe. Les banques, qui ne peuvent décemment plus assurer la résilience des actifs de leurs clients dans un tel contexte écologique économique et social, peuvent prendre le tournant de cette économie agile et de régénération. Le patronat et l'investissement financier encore libres des grands fonds ultra-spéculatifs doivent se tourner vers cette économie, qui sera aussi celle de leur survie.

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Commentaires
a écrit le 26/09/2019 à 9:56 :
NON.
a écrit le 26/09/2019 à 9:37 :
Le capitalisme de rente et de connivence n'apportera aucune amélioration contrairement aux entrepreneurs prenant des risques avec une véritablement aide des banques!
a écrit le 26/09/2019 à 7:15 :
Ce n'est pas le capitalisme qui détruit la planète, c'est l'humanisme. L'humanisme, et son corollaire, la surnatalité, détruisent la planète inexorablement.
a écrit le 25/09/2019 à 11:31 :
Comment sortir des problèmes, tout en continuant à utiliser ce qui pose problème (l'utilisation de monnaie, ce qui est sensiblement différent du capitalisme)
?
Et bien c'est mathématiquement impossible.
Un monde monétaire a besoin de croissance pour payer les intérêts bancaires, donc il aura toujours besoin d'écraser quelque chose (écraser et piller la nature étant plus discret que de faire la même chose sur les humains, bien que ce soit également le cas notamment avec l'Ubérisation généralisée).
Le light ça n'existe que dans les publicités.
Et les taux négatifs ne changeront rien car d'une part, ce n'est pas pour les dettes privées, et d'autre part, ça finit par faire une "croissance des prix" (inflation) après laquelle on doit également courir.

La monnaie, outil d'échange mais également d'exclusion, et c'est obligatoire, le light n'existe pas.

Lyon a été l'un des lieux de naissance de la décroissance (depuis 20 ans).
Lyon a été l'un des lieux de naissance de la désargence (depuis quelques années).
Mais les deux tours les plus hautes de Lyon sont celles de banques, alors les lyonnais ayant le pouvoir continuent de mépriser d'autres lyonnais au profit de chimères.

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