La Journée mondiale des réfugiés rappelle l'urgence d'une culture de l'hospitalité

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
En cette Journée mondiale des réfugiés, le fondateur d'Habitat et Humanisme, Bernard Devert, dénonce la « frilosité » de notre société dans l'accueil des migrants en exil. Et appelle à faire tomber les frontières invisibles du refus de l'autre.

Le monde est loin d'être un refuge. Des millions de nos contemporains, pour être sur des terres brûlées par des têtes habitées par la bête immonde, n'ont d'autres possibilités que de s'exiler pour échapper à la mort ou à des situations inqualifiables. Que de massacres développent une spirale de la violence permettant à des profiteurs de s'installer et à leurs victimes de fuir !

La journée mondiale des réfugiés, en ce 20 juin, est un jour rappelant l'urgence d'une culture de l'hospitalité, si nécessaire au respect de la vie. Les insurrections et les guerres protègent trop d'intérêts inavouables, trouvant malheureusement refuge dans des silences coupables.

J'entends le cri de cet homme qui ayant perdu les siens hurle : "les djihadistes nous mettent à genoux et nous tuent".

Faire tomber les murs de l'omerta

Cette journée mondiale des réfugiés est un appel non seulement à faire tomber les murs de l'omerta mais aussi à lézarder la peur d'accueillir des migrants. Que diable, cette frilosité ; elle n'a pas de mise au regard des situations tragiques de ceux qui, meurtris, massacrés, trouvent encore le courage et l'audace de prendre le risque de l'exil. Au bout du bout de ce chemin, n'est-il pas juste qu'ils trouvent refuge.

Quelle est donc cette maladie incurable qui a pour nom le refus de l'autre. Il ne s'agit pas de recevoir toute la misère du monde, comme rappelé à l'envi, il s'agit pour le monde libre de ne point se réfugier dans une défense passive, en forme de herse sur le passage de la survie à la vie.

En cette journée mondiale des réfugiés, permettez-moi de vous partager la rencontre avec Zee Alpha, mineur non accompagné que l'exil a conduit à traverser bien des périls. Il avait 16 ans quand il fut accueilli. Il a tout perdu, à commencer par les siens.

Urgence de dépasser nos limites

Il est un adolescent mais aussi un adulte à qui fut volée son enfance. Souvenons-nous du poème d'Aragon : Rien que de respirer, un enfant nous prolonge. Là, son écoute nous plonge dans l'urgence de dépasser nos limites pour que sa vie ne soit pas à jamais mutilée. Zee Alpha, sait-il qu'il nous offre ainsi un refuge, celui du sens permettant d'entrevoir les cimes.

Engagé dans une formation alternée, via un apprentissage, Zee Alpha entend devenir un soignant. Il a tellement vu de plaies - outre les siennes -   qu'il oriente sa vie professionnelle vers le service des personnes dépendantes. Nos "vieux ", et je retiens ce mot avec tendresse, ne sont-ils pas parfois des réfugiés, abandonnés par une Société violente, si pressée de réussir, qu'elle oublie de soutenir ceux-là mêmes qui l'ont aidée à devenir ce qu'elle est ?

De par son humanité, Zee Alpha perce un mur faisant tomber les frontières. Un beau franchissement de ces lignes invisibles et si terriblement prégnantes que s'estompent ces refus pour laisser place à des refuges.

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