Une lueur dans la nuit

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Le jury de « Transformons la France » qui désignera, le 12 juin, au Salon des entrepreneurs, les huit lauréats de l’édition 2019.
Le jury de « Transformons la France » qui désignera, le 12 juin, au Salon des entrepreneurs, les huit lauréats de l’édition 2019. (Crédits : DR)
« Il n'y a pas d'esprit d'entreprendre sans optimisme, sans confiance en l'avenir, sans amour de l'avenir », juge lucidement Louis Gallois. Un avenir ni blanc ni noir, dont les déplacements du plus sombre au plus lumineux des gris oscillent au gré de chaque orientation que décident chaque humain, chaque collectif d'humains, et donc l'Humanité. Face à cette incommensurable responsabilité de dessiner « Demain », un « Demain » consistant, stimulant, de progrès, un « Demain » généreux, respectueux, fraternel, un « Demain pour soi » qui, concomitamment et même consubstantiellement, accueille et fertilise le « Demain des autres », tout entrepreneur de « sa » vie nourrit le sens de cette dernière du sens de son engagement professionnel.

Voilà le fil conducteur des « aventures d'entrepreneurs » que les trente personnalités retenues pour l'événement Transformons la France de La Tribune (le 12 juin, au Salon des entrepreneurs de Lyon) conduisent aux fins de faire grandir, chacune à sa manière et à son rythme, une société et même une civilisation exposées à d'immenses questionnements, menacées d'immenses périls, sommées d'acter d'immenses arbitrages.

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Certains sont « simples » salariés ; ainsi, Catherine redresse d'une main de maître les Hospices civils de Lyon, Joël sème au sein du groupe SEB les germes d'une responsabilité sociale, sociétale et environnementale révolutionnaire, Michel, géographe à l'ENS, porte sur les fonts baptismaux l'École urbaine de Lyon, Valérie, qui veut laisser à ses enfants « un monde un peu meilleur », pilote chez Michelin la stratégie hydrogène, Alexandre (Isara) promeut sans relâche les trésors de l'agroécologie, Élisabeth destine la CNR à devenir un producteur protéiforme d'énergies renouvelables.

D'autres ont reçu un « bien », que de leur conscience, de leurs compétences et de leurs mains, ils modèlent avec respect et doigté, ils transforment avec subtilité ; c'est le cas d'Alexandre aux commandes de bioMérieux, représentant une exceptionnelle dynastie médicale, entrepreneuriale et philanthropique, ou de Jean-Louis, dans les vignes prestigieuses d'une maison Chave dont il incarne la seizième génération depuis... 1481.

D'autres, encore, ont créé de toutes pièces, mus par une conviction ou une vocation, une activité fondamentalement altruiste, dédiée à des publics vulnérables qu'à leurs yeux la société ne peut pas, ne doit pas continuer d'ostraciser : Karim, aux rênes des Cités d'Or, met son intelligence, plébiscitée par le système scolaire, au service de celles malmenées par les règles éducatives et le cadre social ; Bernard, prêtre et fondateur d'Habitat et Humanisme, emploie 1500 salariés et mobilise 5000 bénévoles au profit « des » mixités sociale, ethnique, générationnelle - et pour que les plus fragiles aient, eux aussi, droit à un toit ; Doris sensibilise la jeunesse à la maîtrise de médias aujourd'hui si gangrenés par la prolifération de « l'infox » que le discernement individuel et les équilibres mêmes de la démocratie sont en danger ; Stéphane (Alliance) et Caroline (La Ruche industrielle) composent de prometteuses innovations sociales ; Rolland ne s'est pas contenté de sauver Fontanille de l'indicible en constituant une Scop avec 46 sociétaires : il implique l'entreprise de Haute-Loire dans un projet de recherche destiné à réparer les coraux des récifs décimés...

Tous le démontrent et mettent en lumière la conviction de Louis Gallois : optimisme et esprit d'entreprendre sont bel et bien insécables et s'alimentent réciproquement.

D'une part, on entreprend parce qu'on est optimiste en l'avenir ; d'autre part, la nature, l'envergure, le sens de ce que l'on entreprend irriguent l'optimisme. Sans croyance en l'avenir, sans foi en « possibilité d'avenir », comment en effet espère-t-on s'engager à transformer le présent pour participer, même modestement, même infinitésimalement, à enfanter un « meilleur » avenir ? La perspective d'avenir est donc cardinale, nombre de facteurs en conditionnent l'accomplissement.

Parmi eux la confiance, cette confiance qui doit ensemencer dès le plus jeune âge - excepté... en France, comme l'illustre une édifiante étude du Conseil d'analyse économique d'octobre 2018 -, cette capacité de confiance en soi et cette estime de soi qui, par définition, déterminent la capacité de confiance et d'estime en l'autre, « l'autre » étant l'élu, la démocratie, le patron. Et le progrès.

Sans confiance pas de risque, sans risque pas de progrès, sans progrès pas d'avenir. Et dans ces conditions, imaginer essaimer une culture de l'entrepreneuriat, répandre le goût d'oser, partager le plaisir et la responsabilité de transformer, est illusoire.

Le Progrès avec une majuscule

Louis Gallois constate une focalisation sur l'enjeu du dérèglement climatique et environnemental qu'il juge à certains égards aveuglante, paralysante voire doctrinaire, il redoute qu'elle enracine un rejet de l'innovation et de la recherche, il s'inquiète qu'elle exacerbe une France malthusienne, « rabougrie, repliée sur elle-même, au final hostile au progrès » . Ce spectre climatique et environnemental - qu'il ne conteste pas -, le président de la Fabrique de l'industrie et de la Fédération des acteurs de la solidarité l'évalue-t-il avec clairvoyance ? Le minimise-t-il avec imprudence ? À chacun de juger.

Seule certitude : c'est bien sur le progrès que doivent se concentrer toutes les attentions et converger toutes les énergies.

Mais pas n'importe quel progrès ; le progrès innervé de sens, le progrès réparateur, le progrès jugulateur des inégalités, le progrès respectueux des générations ultérieures, le Progrès coiffé d'une majuscule par le philosophe des sciences Étienne Klein.

Le progrès résultant d'un « pacte » entre optimisme et solidarité, grâce auquel la société se sentant ainsi solidaire lorgne l'avenir avec davantage de confiance et se réconcilie avec elle-même. Ce « progrès utile », ce « progrès d'humanité » auquel la trentaine de nommés et, parmi eux, les huit lauréats, désignés le 12 juin lors de la cérémonie, font honneur.

En ce crépuscule printanier, le triomphe de Narendra Modi en Inde, celui des sécessionnistes de Grande-Bretagne pronostiquant un no deal le 31 octobre, et celui de la vague séparatiste, nationaliste et ségrégationniste dans les ciels anglais, italien, polonais, hongrois ou français ressuscitant les funestes prophéties de Stefan Zweig, précipitent un peu plus encore la civilisation dans la nuit ; dans le progrès qu'incarne ce palmarès point une lueur. La lumière.

Le jury 2019

    Le jury qui a désigné, parmi les trente nommés, les huit lauréats présentés le 12 juin lors de la remise du Prix Transformons la France, est composé de Jérôme d'Assigny (directeur de l'Ademe Auvergne-Rhône-Alpes), Catherine Chabanon (directrice de l'accélérateur de startups Le Bivouac à Clermont-Ferrand), Pascal Gustin (PDG d'Algoé), William Jameux (commissaire du Salon des entrepreneurs de Lyon), André Montaud (directeur de Thésame), Bertille Murat (chargée de conférences, pôle Salon du groupe Les Échos-Le Parisien), Anne Podunavac (présidente de Boost in Lyon et secrétaire générale de Lyon French Tech), Léthicia Rancurel (directrice du TUBA), Jérôme Zlato[ (directeur de l'incubateur FoodShaker), Alexandra Felli (responsable des relations institutionnelles de l'Agence Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises), et l'équipe de rédaction Auvergne-Rhône-Alpes de La Tribune (Stéphanie Borg, Steven Dolbeau, Denis Lafay).

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