Lyon, laboratoire pour inventer l’entrepreneuriat de demain, européen, écologique et éclairé

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(Crédits : DR)
L'historien François-Xavier Petit posait la question, dans une récente et excellente tribune publiée dans Les Echos, du rôle de l'Europe dans l'invention d'un modèle alternatif à la Silicon Valley, pour redéfinir les contours d'un avenir plus souhaitable de l'économie numérique. Lyon doit se positionner pour devenir le laboratoire de cet entrepreneuriat du futur, basé sur la capacité créative, l'engagement social et environnemental et la responsabilité collective, avance Vincent Carry, le directeur général d'Arty Farty, organisateur, du forum European Lab, dont La Tribune est partenaire, qui s'ouvre ce jour en marge de Nuits sonores.

Parce que notre mode de vie, de consommation, d'alimentation, de mobilité, sont structurellement sortis de la zone de soutenabilité, la responsabilité des entreprises, l'obligation qu'elles ont de réinventer leurs modèles et leur relation au monde sont devenues déterminantes pour l'avenir. Or l'Europe, la séquence électorale que nous venons de traverser nous l'a amplement rappelé, a une histoire à réinventer. La façon de redéfinir l'esprit d'un entrepreneuriat européen, peut-être une clé de ce chantier.

 Une entreprise, c'est d'abord une aventure humaine et collective. C'est partager des objectifs avec d'autres, mobiliser les talents de tous, l'intelligence collective. Mais dans le monde dans lequel nous vivons, c'est aussi et plus que tout une responsabilité : vis-à-vis du territoire, de ses habitants, du monde qui nous entoure. La société euroépenne est en crise. En crise sociale, mais plus encore en crise de sens, de visions, en crise de perspective. La démocratie vacille en Europe et partout dans le monde occidental. La planète est en grand danger écologique. Or l'économie incontrôlée, le capitalisme sauvage, ont parfois été irresponsables et sont en large partie comptables de la situation.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas de remettre en question le rôle essentiel des entreprises. Nombre d'elles ont largement pris conscience des enjeux, en particulier du côté des PME. Mais il s'agit néanmoins d'appeler à un changement radical de toute la société auquel les entreprises doivent prendre leur part. Plus personne ne peut vouloir enrichir des actionnaires sans se soucier de l'environnement, de l'intérêt général, de l'avenir et des générations futures. Pendant longtemps, trop d'entreprises, en particulier les plus grandes, se sont contentées de « changer leur image ». Aujourd'hui ce n'est plus acceptable, dans l'intérêt même de l'économie. Car les entreprises ne s'épanouiront pas dans un monde qui s'effondre.

Une vision alternative

 François-Xavier Petit, par ailleurs Directeur général de Matrice (programme d'innovation, de formation d'entrepreneuriat et de pensée critique du numérique) interroge : « La question qui est posée à l'Europe est : quels paris économiques faisons-nous ? Quelle stratégie industrielle ET culturelle de réussite économique à 20 ans mettons-nous en oeuvre ? Et par stratégie, il ne s'agit pas des mots valises habituels (« la transition écologique », « l'intelligence artificielle »...). Il nous faut maintenant formuler une véritable vision pour chacun de ces enjeux, dire en quoi ils portent une lecture européenne de l'avenir que nos concurrents ne peuvent pas dessiner ».

Selon François-Xavier Petit cette vision alternative doit proposer un contre-modèle à l'économie de l'attention et sortir la philosophie de l'innovation d'un strict enfermement de l'humain dans un carcan de data et d'algorithmes, synonyme entre autres d'omniprésence du contrôle sur les individus, de cloisonnement social, de destruction des capacités cognitives et créatives.

Le rôle de l'Europe est aussi et surtout de reformuler cet entrepreneuriat et cet esprit d'innovation avec les valeurs qui sont les siennes. Un entrepreneuriat qui résiste au dumping social, lutte contre le lobbying sauvage, privilégie le civisme à l'exil fiscal. Qui assume un plein engagement écologique refuse l'obsolescence programmée...

L'entrepreneuriat européen doit être celui qui fait le pari du savoir, de l'imagination dans la gouvernance, de l'égalité femmes-hommes, de la diversité, de la vision long-termiste contre l'aveuglement de la rentabilité immédiate, de la confiance dans l'intelligence collective, de l'hybridation entre innovation et intérêt général, de l'équité et du droit, de la culture et de la créativité, atouts considérables dans la capacité d'attractivité, mais aussi d'innovation et de renforcement de notre soft power européen.

L'heure de Lyon

Quelle sera la capacité de différenciation, le potentiel concurrentiel de l'Europe si elle n'assume cette singularité, cette quête de sens et de responsabilité vis-à-vis de notre planète et du futur qu'exigent à juste titre les nouvelles générations ? Ne nous y trompons pas, ces choix seront aussi déterminants pour attirer dans nos entreprises les intelligences de demain.

Dans cet immense challenge pour l'Europe, Lyon a une carte exceptionnelle à jouer, de par son histoire et son emplacement sur la carte du continent. Il existe depuis longtemps, dans notre ville, un entrepreneuriat européen, ouvert sur le monde, humaniste, social, écologiste, éclairé. C'est l'ADN de notre vie économique. Une nouvelle génération d'entrepreneurs émerge sur notre territoire, avec de nouvelles visions, des valeurs empreintes de cette conscience et de cette gravité.

C'est cette génération que nous voulons accompagner à Lyon et ailleurs, avec les outils que nous développons aujourd'hui : H7, Hôtel71, We Are Europe. C'est cette génération que nous voulons outiller, en lien avec tout notre écosystème territorial, et soutenir dans sa volonté d'entreprendre, mais aussi d'inventer un monde plus responsable.

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