Assez, la violence ! L'heure est celle d'une relance du dialogue

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(Crédits : Reuters)
La réussite des "Gilets jaunes", soutenue par une opinion jusque-là favorable, met cependant en échec les corps intermédiaires qui n'ont pas trouvé auprès du Gouvernement l'attention qu'ils espéraient analyse Bernard Devert, fondateur du mouvement Habitat et Humanisme.

La violence a payé !

L'expression de cette crise sociale s'exprime chaque samedi depuis 8 semaines ; elle traduit la lassitude mais aussi la détresse de ceux qui n'en peuvent plus de n'avoir comme ressources que ce fameux "reste à vivre", avec comme corollaire des fins de mois qui commencent très tôt, laissant le goût amer de se sentir délaissés ou de ne compter pour rien au sein de la Société.

La pauvreté est une violence mettant en berne l'avenir de ceux qui la subissent.

Monsieur Emmanuel Macron, lors de ses vœux, rappela que chaque personne est nécessaire à la Nation. Cette reconnaissance devrait s'inscrire dans le continuum des engagements présentés par le Chef de l'Etat le 13 septembre 2018 pour lutter contre la pauvreté, non point seulement l'atténuer mais d'abord et surtout l'éradiquer tant elle est destructrice des personnes.

Dehors la misère !

Qui ne se mobiliserait pas pour en finir avec un malheur récurrent qui, avec le mal-logement, le chômage, s'inscrit dans un paysage auquel on s'habitue pour ne point se laisser habiter par cette pressante question : qu'en est-il du respect des personnes fragilisées ?

Il y a ici une responsabilité qui offre à la Nation un enjeu décisif et déterminant pour construire la cohésion sociale dont le ciment est l'équité.

La fraternité, troisième et dernier terme de notre devise républicaine, est restée longtemps l'oubliée ; elle pourrait bien s'imposer comme première. Souvenons-nous qu'à un moment de l'histoire, elle fut placée entre liberté et égalité.

La crise de représentativité qui se fait jour entraînera-t-elle une démocratie plus participative. D'aucuns la souhaitent. Encore faut-il que les échanges ne soient pas vains pour ne pas susciter de plus grandes frustrations avec les risques qui s'ensuivraient pour l'équilibre de la Société. Germaine Tillion, cette grande résistante, aimait à dire "en matière de vérité, il n'y a pas de frontière".

L'heure est celle de l'innovation

Plutôt que de s'arc-bouter sur des certitudes en termes de défenses et d'intérêts jusqu'à feindre d'ignorer un autrement.

Plutôt que d'avoir en boucle des scènes de violences, il conviendrait que soient proposés par des experts des moments de réflexion, accompagnés de scenarii, afin que chaque citoyen soit plus au clair avec les marges de manœuvre possibles pour se prononcer quant aux changements attendus pour une Société moins fracturée.

La sagesse, loin d'être fille de la passivité, est une chance pour trouver un modus operandi aux fins de parvenir à reconnaître ce qui est possible en posant de façon intangible l'impossible de tolérer misère et pauvreté.

Certes, le Pays est confronté à un surendettement et à une économie mondialisée qui doit faire face à des règles sévères de concurrence mais, pour autant, la profitabilité des entreprises n'est pas en baisse.

Un pessimisme ambiant laisse penser que l'économie se détériore, mais d'autres experts évaluent que ce propos manque de mesure et de nuance. A imaginer le pire comme proche, on le crée.

Une attente se fait jour de recueillir des analyses contradictoires présentées avec pédagogie et tempérance pour mieux évaluer les difficultés, mais aussi le champ des nouveaux possibles. Les concitoyens se sentiraient alors respectés, disposant enfin des éléments d'analyse pour mieux comprendre et par là même s'entendre.

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Commentaires
a écrit le 19/01/2019 à 12:36 :
La société tout entière est arrivée à un stade de burn out que les élites et les citoyens ordinaires n'ont pas l'humilité de reconnaître.
Regardez ce documentaire avec les interviews de très nombreuses personnalités (qui sont venues aux JECO entre autres)
https://www.youtube.com/watch?v=Z01nGH4Lzyw
a écrit le 13/01/2019 à 9:13 :
J'ai admiration et respect tant pour l'homme Bernard Devert que pour ce qu'il a réalisé jusque là avec Habitat et Humanisme. Donc sans revenir sur tout ce qu'il dit, je souscris à l'obligation de respect des personnes fragilisées et à l'obligation qu'a la Nation de remédier à ce mal qui détruit des personnes et sape nos fondements, de même qu'à son essentiel plaidoyer pour "l'heure de l'innovation".
En revanche il est vital de donner aux gens, et d'abord aux jeunes (10 à 20% d'une classe d'âge, chaque année, le moyen du minimum de chances face à la vie en maîtrisant ... la lecture et l'écriture, le calcul ! Basique et vital. Les médias, aussi, ont totalement failli à leur rôle dans cette lamentable et complexe affaire des Gilets Jaunes.
a écrit le 12/01/2019 à 11:42 :
Je suis heureux de lire vos propos pleins de bon sens et de raison.
Les gilets jaunes ont mis en évidence la souffrance de trop nombreuses personnes.
Je ne crois pas que ce qui est mis en place par le Gouvernement soit de nature à aboutir à de vraies solutions.
Pourquoi ne pas être vous même compte tenu de votre « aura » fédérateur d’un travail approfondi par les citoyens avec l’appui d’experts pour aboutir à la rédaction d’un livre blanc avec des propositions remettant à plat toute l’organisation de notre pays pour concilier équilibre économique et juste répartition de la richesse avec au delà des propositions un travail explicatif.
Merci
a écrit le 12/01/2019 à 8:55 :
Bonjour
Le propos de Bernard Devert est reconfortant. Mais que faire pour que nos élus et nos politiques (PdR, PM, ministres) ecoutent davantage la détresse qui monte du pays depuis plusieurs années, plutot que de prendre des décisions (taxes sur les carburants, CSG, ISF, impot a la source) sans aucune concertation ?

J'aime le ton pondéré, mais realiste de votre revue. Et des debats que vous aviez organisés au CNAM Paris (Tout changer...) et a Lyon fin 2017

Merci

F. Bertin

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