Une époque formidable : Donnons-nous les moyens d'être optimiste

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(Crédits : Laurent Cerino / ADE)
Ce 15 octobre, au Théâtre des Célestins de Lyon et dans le cadre d'un forum La Tribune, Jean-Paul Delevoye, Serge Guérin, Nicolas Baverez, Dominique Méda, Pascal Picq, Louis Schweitzer, Yves Michaud, Cynthia Fleury, Jean-Dominique Senard, Laurent Berger, Axelle Tessandier, Jean Viard, Jean-Marie Cavada et Eric Dupond-Moretti viennent débattre d'intergénération, d'Europe, de banlieues, de liberté, d'animaux, de travail, d'engagement, d'école, d'entreprise. Et partager des réflexions, des expertises et des actions au service d'une « époque formidable ». L'heure est à se donner les moyens d'être optimiste.

Quelle joie de retrouver, pour la troisième année consécutive et cette nouvelle édition d'Une époque formidable, le Théâtre des Célestins où règne une atmosphère singulière, osons le mot : une humanité singulière, propice à débattre, à confronter les opinions, à mettre en perspective des expertises. Et cela au service, en premier lieu, de l'humanité intérieure, personnelle, intime de chaque spectateur qui donc, ainsi questionné, remué, parfois même ébranlé au fond de lui, devient acteur.

Oui, acteur. Acteur, même très modeste, d'une transformation du monde qui nous semble parfois si insaisissable, qui semble nous échapper si totalement, qui peut même sembler si effrayante, qu'elle nous détourne de l'essentiel : peser sur elle, participer à lui donner un sens, une destination. C'est finalement la définition même de la responsabilité, et c'est d'ailleurs à éclairer au fond de nos consciences ce sens de la responsabilité que vont s'employer les 14 invités.

Dire non

Intergénération, Europe, banlieues, liberté, animaux, travail, engagement, école, entreprise : a priori le menu développé tout au long de cette journée est hétérogène. Que peuvent donc partager des avocats, un haut-commissaire à la réforme des retraites, des philosophes, un député européen, les présidents actuels et anciens d'entreprises fleurons du CAC 40, un paléoanthropologue, des sociologues, un leader syndical ? En apparence peu, si nous réduisons notre appréciation aux domaines de compétences de ces intellectuels, scientifiques, penseurs, décideurs. Mais en réalité, ils partagent beaucoup.

Et même immensément, si leur contribution est reçue comme une matière, une substance pour serpenter dans notre conscience, pour explorer l'inconnu, pour progresser dans nos raisonnements. Une matière que l'on pétrit, critique, modèle, pour qu'elle fasse grandir cet exercice responsable de la responsabilité. On ne peut prétendre être acteur de la vie que si au préalable on se donne les moyens exigeants, parfois inconfortables et même déstabilisants, d'être acteur de sa vie.

Or être acteur de sa vie implique d'accepter d'aller loin, le plus loin possible dans sa quête d'autonomie, d'émancipation, d'individuation. Et pour cela, il faut accueillir chaque débat d'opinions, de convictions, de savoirs comme l'occasion de se placer en débat intérieur. Au cours d'une récente conférence organisée par La Tribune, le philosophe des sciences Etienne Klein, qui investiguait l'origine, la naissance des idées, citait Alain : « Penser, c'est dire non ». C'est dire non, non pas aux convictions, aux connaissances, aux engagements des autres ; penser, c'est dire non à ses propres convictions, à ses propres connaissances. L'idée naît en premier lieu de la capacité de se contester soi-même.

Pause

Contester l'incontestable : c'est ainsi qu'à l'âge de 15 ans Einstein ensemença ce qui allait devenir plus tard son fameux théorème de la relativité. Projeter de l'improbable sur le probable : c'est à cette discipline qu'ici même au printemps dernier Edgar Morin exhorta les 700 spectateurs. C'est notamment à cela que doit servir cette journée : oui, elle doit constituer et être accueillie comme un moment de pause, cette pause si capitale pour que nos consciences agissent sur une transformation technologique, scientifique, environnementale, industrielle, démographique, spirituelle, artistique, économique du monde autant excitante qu'effrayante.

Si nous ne cultivons pas cette conscience, si nous ne nous donnons pas le temps de la conscience, il est illusoire d'espérer conscientiser, c'est-à-dire maîtriser dans le sens de la responsabilité, de la justice et de la durabilité, cette transformation tentaculaire, cette frénésie incontrôlée de progrès. Le temps de cette conscience, cette pause que nous vous proposons aujourd'hui, doit nourrir l'éthique dont chacun d'entre nous aspire, il faut l'espérer, à accompagner son cheminement.

L'opportunité des crises

La planète est en crise, la civilisation est en crise, mais il faut s'en réjouir. Car chaque crise est une opportunité à saisir. D'abord pour se mettre soi-même en crise, ensuite pour mettre les enseignements de cette crise personnelle au service de la résolution des grandes crises qui menacent la pérennité même de notre existence d'humains. Notre conscience critique est questionnée, et nos invités vont contribuer moins à enrichir nos connaissances qu'à éveiller, à stimuler cette conscience critique, à partir de laquelle nous pouvons ne pas nous résigner, nous pouvons être déterminés, nous pouvons être confiants, nous pouvons même être des résistants et des combattants au service de cette humanité.

Comme l'assure le biologiste Gilles Bœuf, notre arrogance, notre cupidité, notre imprévoyance ont empoisonné notre conscience, et nous n'avons plus le temps d'être pessimistes : donnons-nous alors les moyens d'être optimistes.

Complexité

Pour cela, nous devons, en premier lieu, nous réconcilier avec nous-mêmes, et en payer le prix, aussi douloureux soit-il. Nous devons aussi faire nôtre la règle de la complexité. Effectivement, et là encore référence est faite à Edgar Morin, nous ne pouvons prétendre déchiffrer l'extraordinaire complexité de notre époque que si nous sommes enclins à repousser les tentations simplistes, normées, binaires, que si nous adoptons la complexité comme support de nos réflexions et de nos actions. Enfin, nous devons aussi faire nôtre le principe, cardinal, de réciprocité, signifiant que deux individus n'accèdent à leur pleine humanité que parce qu'ils s'humanisent l'un l'autre.

Cette acceptation que le potentiel d'humanité se concrétise dans l'interaction - c'est-à-dire l'accueil, la considération, le soin de chaque autre - convainc que l'on est, seulement lorsque tout autre - c'est-à-dire toute espèce vivante composant la biodiversité - est. Le tissu de notre vie participe de cette « communion intense » qui lie chaque être vivant à un autre, « notre prochain nous éveille » aime rappeler si justement Alexandre Jollien. Sans autrui, nous ne serions riches de rien, nous serions pauvres de tout. C'est à nous à aider à saisir le sens et les multiples déclinaisons de cette réalité que s'emploie cette journée.

S'engager

L'époque peut donc bel et bien être formidable, si le plus grand nombre s'empare de cette double exigence de responsabilité et d'humanité, et décide de mettre en œuvre celle-ci avec l'exigence d'intégrité et d'éthique que commandent ces réalités économiques, sociales, sociétales, environnementales d'une planète en ébullition, une planète propice aux plus généreux progrès comme aux plus funestes périls, une planète dont les enjeux si incertains, si stimulants, si enivrants du devenir imposent d'escorter le progrès et la transformation d'une nécessité, d'une discipline, d'un devoir : S'en-ga-ger.

S'engager oui, s'engager, comme y invite le philosophe Abdenour Bidar, à « réparer le tissu déchiré du monde », s'engager à dessiner une perspective, une espérance. Quel beau programme pour « l'insurrection des consciences » que nous devons désormais coûte que coûte enclencher. Voilà le dessein que poursuit, à son humble niveau, Une époque formidable, c'est aussi l'ADN du quotidien économique national La Tribune, qu'Acteurs de l'économie a la joie de rejoindre cet automne. Oui, nous nous engageons, pour vous inviter à vous engager.

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Commentaires
a écrit le 25/10/2018 à 16:08 :
L'argent est le nouveau dieu. Les banquiers sont ses évêques. Les financiers sont ses prètres.

Depuis le début des années 1980's, le monde de la finance a bénéficié d'une déréglementation tout azimut. Résultat: la finance contrôle le monde... Sans âme... Sans moralité... Sans avenir. Merci à Ronald Regan et MArgareth Tatcher pour cet héritage empoisonné.

Il est plus que temps que le peuple assume lui-même son pouvoir. Après tout, il est le pouvoir! Dans tout pays dit démocratique, l'exercice du pouvoir est exclusivement le fruit d'une délégation.

La technologie autorise la démocratie directe, ramenant ainsi les élus à leur statut d'origine: des serviteurs. Mais des serviteurs exclusivement au service du peuple.

Cessons de fomenter ces révolution puériles qui, comme le mot l'indique ne fait que nous faire tourner en rond, remplaçant un dictateur par un autre.

Évoluons! Avançons! Osons utiliser l'incroyable pouvoir que représente la capacité de pouvoir changer la donne!

Après tout, il est temps de prendre conscience que nous n'héritons pas des terres de nos ancêtres car, dans les faits, nous les empruntons à nos enfants!
a écrit le 15/10/2018 à 15:53 :
"nous n'avons plus le temps d'être pessimistes"

Hum... Je pense surtout que le pessimisme est devenu un état normal véhiculé par les médias de masse permettant aux propriétaires d'outils de production et de capitaux d'assoir leur suprématie sur la majorité de la population.

Il y a plusieurs mois de cela est passé un remarquable reportage sur lcp sur la dépression, 800 millions de cas dans le monde (!!!), à savoir que plus d'un humain sur dix est dépressif, et enfin de véritables scientifiques pour penser le problème qui rapidement en viennent à une vérité terrible à savoir que le dépressif se remet beaucoup trop en question alors qu'il devrait remettre la société en question mais tellement affaibli par celle-ci, aveuglé, qu'incapable de prendre ce moindre recul là.

Avant peut-être même la pollution et les guerres, l'homme ne risque t'il pas d'imploser tout simplement de trop de manipulations subies, de trop de détournements sémantiques, de langage qui ne veut plus rien dire car complètement déformé par les propriétaires d'outils de production ?

Expliquez moi comment je peux enseigner l'optimisme à mes enfants alors qu'il suffirait de 100 milliards de dollars pour éradiquer la faim dans le monde et que nous en sommes à des dizaines et des dizaines de milliers de milliards de dollars dans les paradis fiscaux ?

Franchement !? Moi je ne vois vraiment pas, désolé.
a écrit le 15/10/2018 à 8:11 :
Envoyer donc cet article à tous nos politiques....dans toutes les écoles...pour que chacun puisse méditer à son niveau sur ces vraies paroles....

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