En marche vers le progrès ou le déclin social  ?

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(Crédits : Hamilton/Rea)
Le gouvernement juge résolument progressistes les réformes qu'il engage. L'interprétation du "progrès humain" et du "progrès du travail" est en question. Dominique Méda apporte son éclairage dans cette tribune publiée dans le cadre du forum "Une époque formidable" organisé à Lyon, ce lundi 15 octobre 2018 par Acteurs de l'économie - La Tribune et durant lequel la philosophe et sociologue intervient.

En novembre 2016, Emmanuel Macron publiait un ouvrage sobrement intitulé Révolution. Quelles sont donc les mesures révolutionnaires que nous propose aujourd'hui le gouvernement d'Édouard Philippe et qui pourraient illustrer son progressisme ? La non-indexation d'un certain nombre de prestations sociales, la diminution des contrats aidés, la promotion des heures supplémentaires, la dégressivité de l'indemnisation du chômage pour les cadres. Car il faudrait que « le travail paie et que l'on fasse toujours le choix du travail ».

Comme le Nouveau Monde ressemble à l'Ancien ! Une grande partie de ces recettes avaient déjà été proposées sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Déjà, il fallait travailler plus pour gagner plus. C'est au nom de ce formidable principe qu'en 2007 les heures supplémentaires avaient été exonérées d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales pour un coût de plus de 4 milliards d'euros (alors qu'il aurait fallu soutenir la création de nouveaux emplois) et qu'avait été créé un dispositif censé inciter les personnes à prendre un emploi - le RSA - alors même qu'une étude présentant toutes les garanties scientifiques nécessaires mettait en évidence que, si les allocataires de minima sociaux avaient du mal à retrouver un emploi, ce n'était certainement pas en raison d'une désincitation financière mais bien d'un manque d'accompagnement.

Transition énergétique et éducation

Ce gouvernement recommence donc les mêmes erreurs, entraînant notre pays dans une spirale d'appauvrissement des salariés et de nos capacités de production. L'investissement public n'a eu de cesse de reculer en France ces dix dernières années, passant de 4,2 % à 3,5 % du PIB. C'est tout le contraire qu'il faudrait faire : investir. Investir dans une économie enfin décarbonée, investir dans les personnes, dans leurs qualifications, dans leur santé.

Le gouvernement d'Édouard Philippe devait s'engager dans un plan d'investissement public ambitieux, censé répondre aux défis de la transition écologique, de l'accès à l'emploi, de la compétitivité par l'innovation et de la construction de l'État à l'âge du numérique. Or, non seulement le budget associé à ce grand plan reflétait au bout du compte une ambition relativement modeste (57 milliards d'euros sur cinq ans, soit 0,4 point de PIB en moyenne par an), mais sa mise en place a été repoussée à une date incertaine au nom de nos engagements européens.

Lire aussi : FORUM "Une époque formidable"

Dans Une autre voie est possible, nous montrons qu'il nous faudrait consacrer aux deux seuls défis majeurs que sont la transition énergétique et le système éducatif plus de 20 milliards d'euros par an au cours de la prochaine décennie. Sans cet engagement massif dans la transition écologique de nos sociétés et dans les personnes, non seulement notre pays s'appauvrira, mais il ne sera pas capable d'assurer aux générations futures des conditions de vie dignes. Cet investissement est la condition d'un progrès dont la mesure ne peut plus se faire en points de croissance mais en points de qualité et de durabilité.

Dernier ouvrage : Eric Heyer, Pascal Lokiec, Dominique Méda, Une autre voie est possible, Flammarion, 2018

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