Droits des animaux : en fait-on trop  ?

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(Crédits : Emmanuel Foudrot)
Les dénonciations par les associations de protection des animaux provoquent une importante prise de conscience collective. Mais jusqu'où aller ? Un texte de Louis Schweitzer publié dans le cadre du forum "Une époque formidable" organisé à Lyon, ce lundi 15 octobre 2018 par Acteurs de l'économie - La Tribune, et durant lequel le président d'Initiative France et président de la Fondation Droit animal, Éthique et Sciences échangera en compagnie de Pascal Picq.

Longtemps, les hommes ont pensé qu'entre l'animal et eux existait une frontière infranchissable. Charles Darwin a montré au contraire que l'Homo sapiens est une espèce parmi d'autres, issue d'autres espèces dans le cadre de l'évolution. La science a prouvé que certaines espèces animales, et notamment tous les vertébrés, avaient une sensibilité particulière, que les individus de ces espèces pouvaient souffrir, être heureux. L'animal est ainsi pourvu de caractéristiques semblables à celles des humains. Il établit des relations sociales, dévoile des signes de coopération, de conflits, d'inventivité. Par ailleurs, nombre d'espèces animales témoignent que le travail collectif est plus efficace que le travail individuel, comme si l'on pouvait le comparer aux équipes d'une entreprise. Ce sont des individus sensibles, des individus autonomes, légitimes à avoir des droits, à être respectés pour ce qu'ils sont, et qui ne doivent plus être considérés comme de « simples choses ». Nous avons des obligations à leur égard.

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Prise de conscience éthique

Ne basculons pas pour autant dans l'anthro­pomorphisme en attribuant à l'animal des qualités humaines. « Le courage du lion », « la vision de l'aigle », « l'avarice de la fourmi », « le caractère industrieux de l'abeille » sont des images et des symboles que le fabuliste a popularisés, mais qui ne sont pas fondés scientifiquement. Les obligations de l'homme à l'égard des animaux diffèrent selon leur statut. Les animaux sauvages ont droit à l'autonomie et à la liberté, ce qui implique de préserver leur espace et leur cadre de vie. Les animaux que l'homme tient sous sa garde ont droit à être mis à l'abri de la faim, de la soif, de l'angoisse et de la douleur, d'être soignés et de pouvoir exercer leurs comportements naturels. Je crois profondément au progrès et à la prise de conscience de l'opinion, longtemps aveugle face à la souffrance et à la réalité de la condition animale.

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Cette prise de conscience éthique s'accompagne d'une prise de conscience écologique. Nous sommes dans une période où la biodiversité décroît rapidement. Or cette biodiversité est essentielle à l'équilibre de notre planète. Sa disparition remettrait en cause son équilibre et sans doute même l'avenir de l'humanité. Enfin, toujours sur le plan écologique, le système d'alimentation des sociétés occidentales, qui recèle une composante carnée très importante, serait incompatible avec les objectifs de contrôle du réchauffement et des dérèglements climatiques s'il s'étendait à l'ensemble de l'humanité. Il faut donc étudier et mettre en place au niveau de l'ensemble de la planète une politique alimentaire moins gourmande en énergie, moins gourmande en terre, en eau et en ressources naturelles que notre alimentation carnée actuelle.

Ces trois éléments, l'éthique, la biodiversité, la préservation du climat, convergent pour nous faire modifier nos comportements à l'égard des animaux. La solidarité entre toutes les espèces est une condition de notre survie collective.

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