Entrepreneurs : du plus petit au plus grand, une même famille

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(Crédits : Laurent Cerino / ADE)
Ce mercredi 13 juin, au Salon des entrepreneurs, se tient la 12e édition du Prix Acteurs de l’économie – La Tribune de l’esprit d’entreprendre. Un éventail de lauréats exceptionnels, dont l’intensité des parcours et des engagements fait spectaculairement écho à celle du président de cérémonie (et de Michelin), Jean-Dominique Senard. Ou comment l’exemplarité managériale, humaine et créatrice d’entrepreneurs "locaux" reflète celle du patron d’un colosse "mondial" de 100 000 salariés.

La cérémonie du 12e Prix Acteurs de l'économie - La Tribune qui s'ouvre ce mercredi 13 juin à 18h30 au Salon des entrepreneurs de Lyon  va célébrer l'esprit d'entreprendre comme il doit l'être, ou plutôt comme il devrait l'être : désamarré de la dictature du chiffre, de la croissance, de la performance, de la compétition qui commande aujourd'hui tout ou presque.

Non que cette corrélation quantifiée soit un mal, évidemment, mais lorsqu'elle est tyrannie, ce qui est le cas dans la société contemporaine, elle devient poison violent parfois même mortel, puisqu'elle relègue, elle écarte, elle éteint le plus essentiel dans l'acte d'entreprendre : le sens et l'utilité.

Car en définitive, tout entrepreneur ne trouve-t-il pas ce sens seulement lorsque l'objet, la destination, et le chemin parcouru incarnent un sens utile, à lui-même et à ce qui l'environne, aujourd'hui et bien sûr demain ?

Révolutionner, enrichir, partager...

Ce soir, il est distingué parce qu'il révolutionne la manière d'ambitionner et de manager la création artistique ; il est honoré parce qu'il s'est mobilisé pour un événement national au profit d'une communauté aussi vitale que vulnérable ; elle est récompensée parce que sa conception de l'éducation responsabilise les enfants dès leur plus jeune âge ; il est reconnu parce qu'il s'est mis au service de ses coreligionnaires dévastés par l'échec et en besoin, viscéral, de rebondir ; elle est saluée parce que son action scientifique est toute entière tournée vers le partage ; elle est fêtée parce que son œuvre enrichit, fait grandir au plus profond d'eux-mêmes ses seconds de cordée ; enfin, le tandem qu'ils composent depuis 30 ans accumulent, de manière presque vertigineuse, les succès, qu'ils ont conditionné à une culture inaltérable de la créativité, y compris sur un plan managérial.

Raisons d'être et de faire

Voilà un rapide "teasing" d'un palmarès, les spectateurs le constateront, une nouvelle fois exceptionnel, une nouvelle fois exemplaire, auquel doivent être associés ceux qui n'y figurent pas, cruelle règle élective oblige, et qui sont les déçus d'âpres débats au sein du jury - nul doute que certains d'entre eux seront tout à fait légitimes, l'an prochain, à concourir de nouveau.

Surtout, tous, vainqueurs et vaincus, tous ceux que le Salon des entrepreneurs met à l'honneur pendant ces deux jours, tous ceux qui sont révélés par la rédaction d'Acteurs de l'économie et de La Tribune ou lors des dizaines d'événements orchestrés chaque année partout en France, sont les témoins, sont la preuve qu'il existe un extraordinaire foisonnement d'initiatives, de prises de risque, d'inventivité qui sont au service de l'être bien plus que de l'avoir.

De l'être non seulement personnel, intérieur, mais tout autant, souvent même davantage, de l'être extérieur, de l'être autre. Cet être autre est collaborateur, fournisseur, client, consommateur, il est aussi personne vulnérable ou exclue, il est population invisible peuplant un territoire, il est enfant ou adolescent en construction, il est vieillard dans la souffrance de la solitude, il est étudiant ouvert au monde ou jeune adulte "mal né" et condamné avant même d'exprimer son talent... on le voit, cet être autre est multiple, il est infinis visages, il est celui qui nourrit la raison de faire et donc la raison d'être de tout entrepreneur.

Un même sens du progrès

Lorsqu'ils quitteront la cérémonie, les spectateurs se verront offrir Au boulot !, le livre d'entretien qu'avec Laurent Berger nous avons conduit et venons de publier. Un dialogue incisif, profond, parfois frontal sur le Travail, la valeur du travail, les trésors du travail, les fossoyeurs du travail, les enchanteurs du travail - le secrétaire général de la CFDT viendra débattre sur ce thème le 25 juin, au Sofitel.

Même s'il y figure peu, le verbe entreprendre est omniprésent, parce que tout ce qui affecte le travail affecte l'esprit d'entreprendre, et bien sûr tout ce qui enlumine le travail enlumine l'esprit d'entreprendre. Travail et esprit d'entreprendre sont indivisibles, car ils partagent une même conditionnalité : une nouvelle fois le sens, une nouvelle fois l'utilité.

Et donc aucun lecteur ne sera étonné qu'à l'évocation de "celui" qui aurait pu être, qui pour beaucoup aurait être, président du Medef le 3 juillet prochain, Laurent Berger exprime implicitement son regret - cela nonobstant, bien sûr, la qualité des candidatures encore en course.

Regret témoignant simplement que le travail et l'entrepreneuriat sont des sujets qui peuvent rassembler, qui, lorsqu'ils sont portés par des femmes ou des hommes de foi - au sens profane du terme -, transcendent les traditionnels clivages idéologiques et partisans, et ouvrent au progrès.

Réconcilier

"Celui", c'est bien sûr Jean-Dominique Senard. Le président de cette 12e édition du Prix Acteurs de l'économie - La Tribune dirige le groupe Michelin fidèle aux attributs vertueux de l'esprit d'entreprendre, ces attributs sur lesquels peuvent s'accorder donc un syndicaliste réformateur et un patron moderne, un syndicaliste et un patron visionnaires.

Jean-Dominique Senard

Il y a les chiffres, certes ces fameux chiffres souvent despotiques lorsqu'on est une entreprise du CAC 40, mais qui "disent" beaucoup : 22 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 108 000 salariés, 1,7 milliards d'euros de profits. Il y aussi, peut-être le plus important et qui le distingue singulièrement, le non chiffré et l'humain. Qu'il s'agisse d'innovation, de relocalisation, de considération de l'environnement, de management, ce que son groupe a cherché à créer - sans toujours y parvenir bien sûr, mais est-ce le plus important ? -, est unique.

Ce qu'il a personnellement impulsé au sein de ce colosse mondial à partir de 2005 et plus encore depuis 2012, ce qu'il a aussi produit, avec Nicole Notat, dans le rapport "Entreprise et intérêt général" qui doit nourrir une loi Pacte qui d'ailleurs n'en finit pas d'être promise, tout cela illustre une conception du capitalisme, du libéralisme, des relations sociales et humaines, une conception du progrès qui ne peuvent pas faire l'unanimité, bien sûr, mais qui permettent le débat, qui même peuvent réconcilier sur des valeurs communes conférées aux mots travail, esprit d'entreprendre. Et entreprise.

"L'entreprise, un bien commun ? ": ainsi s'exprimera-t-il sur ce thème, qui synthétise bien la révolution presque génétique à laquelle les entreprises sont convoquées, et que les entrepreneurs, plus que d'autres, ont la possibilité et le devoir de conduire. Réconcilier et rassembler autour du "sens du mot sens", qui trouve en l'entreprise une scène d'expression, d'incarnation exceptionnelle lorsqu'il est modelé avec précaution, authenticité, humanité.

"Bienfait supérieur"

Ce 13 juin au soir, Acteurs de l'économie - La Tribune récompense des entrepreneurs qui, tour à tour, révolutionne, mobilise, éduque, rebondit, partage, enrichit, créée. Un kaléidoscope auquel Jean-Dominique Senard donne un seul et même visage, incarnant l'ensemble des principes qui fondent cette manifestation.

L'esprit d'entreprendre sollicite bel et bien des attributs universels. Plus avant dans cet éditorial est évoquée la raison d'être des entrepreneurs. Dans une tribune publiée dans le prochain numéro d'Acteurs de l'économie (sortie le 27 juin) que nous vous livrons en avant-première, le président de Michelin en livre une belle interprétation : elle est le "bienfait futur", le "bienfait supérieur" que tout entrepreneur doit embrasser. Ceci afin que ses engagements, ses combats, ses risques, plus encore : ses "renoncements", parfois sacrificiels, cultivent ce fameux sens, individuel, intérieur, mais aussi partagé, diffusé.

Oui, l'entrepreneur doit se sentir "porteur de quelque chose qui le dépasse". On peut ajouter qu'il doit se savoir "reconnu de porter quelque chose qui le dépasse". Jean-Dominique Senard président du Prix : une lumineuse contribution à cette reconnaissance adressée aux huit lauréats.

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