Réforme de la formation professionnelle : audace, exigence mais aussi rendez-vous manqué

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(Crédits : Emmanuel Foudrot)
Enjeu stratégique pour l'avenir, l'actuelle réforme de la formation professionnelle préoccupe l'ensemble des organisations patronales. L'analyse de Florence Poivey, présidente de la Fédération de la plasturgie et des composites, qui a participé aux négociations.

A l'heure de la révolution numérique et de la mondialisation, la formation professionnelle est un enjeu stratégique pour l'avenir des entreprises comme pour celui de chaque individu.

Après des annonces particulièrement audacieuses de refonte profonde de l'apprentissage, Muriel Pénicaud a présenté son projet de réforme de la formation professionnelle.

Son ambition est réelle et nous la saluons.

Une nécessaire "union-sacrée"

Certaines annonces apparaissent cependant à ce stade encore trop floues. L'essentiel de notre accord signé fin février figure dans cette réforme. Le renforcement du compte personnel de formation (CPF) en est le point central. Ne l'oublions pas, ce compte a été créé par les partenaires sociaux lors de la réforme de 2014. Avec un objectif : rendre chaque citoyen acteur de son parcours de formation. Liberté et responsabilité en sont les deux piliers. Cet acquis est renforcé, enrichi par des parcours possibles de reconversion et rendu plus accessible grâce à une application smartphone.

Le gouvernement reprend également l'idée d'un accompagnement renforcé en dotant le conseil en évolution professionnelle (CEP) de plus de moyens. Autant de pistes pertinentes que nous partageons. Par ailleurs, la qualité des formations, l'innovation pédagogique et la simplification du plan de formation de l'entreprise sont d'avancées que nous soutenons.

Cependant, les vieux démons de notre pays reviennent à la charge avec un Etat qui décide et se substitue aux acteurs. Nous aurions pourtant tant besoin d'une forme d'"union sacrée" entre nous, Etat, acteurs économiques et acteurs politiques régionaux, seule garantie de réussite.

Un CPF en euros : une erreur

Ainsi trois points nous préoccupent dans les propositions du gouvernement : une erreur, un flou et un manque.

Tout d'abord une erreur : vouloir changer l'unité de mesure du CPF. Libellé jusqu'à présent en heures de formation, il le sera désormais en euros. Un accès plus facile pour tout le monde et une "vérité" des prix selon les promoteurs du changement.

Malheureusement les expérimentations effectuées chez nos voisins européens n'ont pas été probantes. L'Angleterre a essayé, elle y a renoncé. Les Suédois s'y étaient préparés, ils y ont renoncé eux aussi. Cette évolution, nous, partenaires sociaux, l'avons unanimement refusée pour deux raisons.

Le choix du gouvernement est celui de l'individualisation totale. Nous le comprenons dans sa philosophie. S'il peut exister des souhaits légitimes d'évolution professionnelle radicale, la priorité des entreprises, c'est l'avenir de ses salariés lié à son propre avenir. Et en ce sens, il est difficile de construire un parcours professionnel totalement déconnecté des besoins en compétences des entreprises. Notre négociation a rendu possible la co-construction et le co-investissement entre les salariés et leur entreprise sur des projets stratégiques d'évolution des compétences. C'est un levier de dialogue social que nous avons voulu parce que particulièrement novateur. Le choix de l'euro le fragilise de toute évidence.

Autre raison : l'inégalité que ce choix va générer. Les formations les plus chères, celles pour lesquelles l'investissement technologique est le plus lourd, vont devenir plus difficiles d'accès même pour les moins qualifiés. Un paradoxe surprenant et pénalisant que le système d'heures permettait d'éviter.

Trop de flou

Le flou, ensuite. Avec le chamboule-tout initié sur la collecte et la gouvernance, rien n'est vraiment encore très clair. Tout cela n'est pas dramatique et doit pouvoir se clarifier, mais il faut que le gouvernement s'y emploie dans la concertation. Notre seul objectif, à nous MEDEF, est l'efficience. Nous serons très attentifs à ce que ce nouveau système génère des économies de gestion et soit plus efficace en termes de redistribution et de progrès.

La formation des demandeurs d'emplois manque au projet

Le véritable manque enfin, c'est celui de la formation des demandeurs d'emplois. Nous attendions du gouvernement des annonces claires et, pour reprendre son expression, « un véritable big bang » sur ce champ.

Les précédents gouvernements ont tous fait des annonces tonitruantes, mobilisé des centaines de millions d'euros... avec des résultats très mitigés. Ne recommençons pas les mêmes erreurs. Il ne suffit pas de le décréter pour qu'une personne se forme réellement.

Ne privilégions pas la quantité (avec des chiffres impressionnants ) mais bien la qualité des formations et des compétences délivrées. Cet immobilisme devra être corrigé dans les mois à venir si nous voulons rejoindre durablement le peloton de tête des pays performants.

Plus globalement les récentes négociations sociales nous appellent fortement à repenser notre démocratie sociale et son articulation avec notre démocratie politique.

En attendant, compte-tenu du caractère stratégique de la formation professionnelle, gageons que chacune des évolutions voulues se traduiront positivement dans le quotidien de chaque salarié et de chaque entrepreneur.

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