Bâtir des villes durables ou l'exercice de la citoyenneté

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(Crédits : DR)
Une ville intelligente doit faire du développement numérique une interface d'accompagnement des pratiques des la ville et du territoire pour redonner du sens aux comportements individuels et collectifs. Par David-Marie Vailhé, urbaniste spécialisé dans les politiques urbaines et stratégies foncières. Il est également directeur bénévole d'Atelier CAPACITES*, dont il assure la gestion interne et pilote les pôles Urbanisme et Culture(s).

Les crises sont partout. Qu'elles soient sociale, économique ou environnementale, elles s'implantent inexorablement. Pourtant, des solutions existent. Les territoires - aussi bien urbains que ruraux - expriment par leurs représentants et leurs habitants la nécessité de renouer avec des liens de proximité, de valoriser les "ressources" locales tant matérielles qu'humaines.

Les politiques urbaines et l'aménagement de nos espaces vécus sont au cœur des enjeux de l'évolution de nos territoires et donc de nos modes et conditions de vie. Depuis plus de vingt ans, les discours évoquent "l'informatisation des villes (1)", autrement appelée "ville intelligente". Sur le papier, c'est peut-être séduisant. Mais dans la pratique, concrètement, cela renvoie à quoi ? Quels sont les avantages et les points de blocage de cette vision qui anime le XXIe siècle ?

A l'heure où les initiatives locales explosent, où l'acte citoyen est glorifié, où les dispositifs de participation pullulent, la ville durable pourrait de manière surprenante tendre dans sa finalité à déresponsabiliser et rendre les citoyens passifs...

Perte de sens ?

La ville durable serait ce graal urbain tant espéré. On nous la promet intelligente, sans pollution, verdoyante, innovante, attractive... Le développement durable des territoires passe par un développement numérique intégral (énergie, transport, consommation, etc.), pour plus de contrôles des flux urbains, plus d'ajustements des besoins en fonction de la demande, plus de suivi des modes de vie de chacun.

Pour autant, les comportements individuels et collectifs ne sont pas encouragés à changer, car les éco-gestes dont nous sommes sommés au quotidien visent essentiellement le porte-monnaie, et non pas à redonner du sens à ce que nous faisons ou ne faisons pas.

Place des habitants

Agir sur nos villes nécessite d'en connaître les origines, les causes. L'un d'elle est le mouvement. Il n'y a pas de territoires sans flux. Il n'y a pas de lieux sans mobilité (2). Alors, les échanges sont primordiaux pour tendre vers des villes dont l'intelligence doit se mesurer davantage par les coopérations humaines plus que par des relevés télémétriques. L'activité citoyenne est stimulée par la mobilité, cette dernière provoquant rencontres, projets communs, envies d'agir. Il est nécessaire de sortir d'une approche de la ville ancrée sur les infrastructures pour basculer vers une ville ouverte, accueillante, incluante.

La ville durable, ne devrait pas être celle qui pérennise les modèles classiques de développement, mais celle qui met tout en œuvre pour faire société (3). Les villes sont des espaces pratiqués, des lieux vécus. Si la smart city accompagnée de ses smart grids œuvre au (sur)développement du numérique, il ne faut cependant pas oublier dans la ville de demain (et avant tout d'aujourd'hui !) la place des habitants et des usagers (au sens d'usage, non d'utilisateur).

Voilà le pari de la ville intelligente : ne pas faire du virtuel une finalité mais ériger le développement numérique comme interface d'accompagnement des pratiques de la ville et des territoires dans le but de (re)donner du sens aux comportements individuels et collectifs.

Vers une citoyenneté numérique active ?

Envisager la pratique des territoires passe par le besoin de rendre concrets, c'est-à-dire efficaces et accessibles à tous, les actions citoyennes au quotidien pour lutter contre les crises écologiques. L'impasse ne peut être faite sur l'importance et le rôle des usages et des usagers. De même, il est urgent d'intégrer les capteurs sociaux dans le champ de la ville intelligente. Les citoyens sont de plus en plus (hyper)connectés et émettent des données via leurs smartphones et autres matériels électroniques.

L'enjeu est de faire du numérique un levier pour contribuer à l'amélioration des conditions de vie sans accroître le développement des capteurs physiques dans les interstices du quotidien et des espaces publics.

Vivre ensemble

Comment construire une alternatives aux éventuelles insuffisances des réseaux de transport, aux pollutions générées par le trafic automobile interurbain, à l'anonymisation (4) exacerbée de notre société ? Est-il possible d'encourager les réappropriations territoriales à l'heure où l'accélération des échanges et des flux entraîne une dématérialisation de nos modes de vie, en mettant au centre des usages le lien social et humain, ainsi que le renforcement des valeurs de la citoyenneté ?

Ces aspects essentiels d'une recomposition du vivre ensemble devraient être au cœur des politiques urbaines, car cela fait encore défaut dans la mise en pratique de la ville durable.

[1] Dupuy, G. 1992. L'informatisation des villes, Puf.

[2] Mongin, O. 2013. La ville des flux - L'envers et l'endroit de la mondialisation urbaine, Fayard

[3] Grafmeyer, Y. et Authier, J-Y. 2008. Sociologie urbaine, Armand Colin, 2e Edition.

[4]- Selon Georg Simmel (1858-1918), faisant partie du courant de la sociologie formelle, les relations communautaires des villes ont évolué vers de l'impersonnel et de l'anonyme.

 

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