La théorie du lotissement : ouverture à la paix économique

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(Crédits : Agence Prisme / Pierre Jayet)
La théorie du lotissement est une idée neuve qui repose sur un concept simple : la valeur de ma maison dépend étroitement de la valeur de la maison de mon voisin. Plus la maison de mon voisin a de la valeur, plus ma propre maison a de la valeur. Loïck Roche, directeur général de GEM, président du Chapitre des écoles de management et auteur de La Théorie du Lotissement, les clés pour réussir le monde de demain (PUG) part ainsi de ce constat et en bâtit une théorie vertueuse. Explication.

Cette théorie se conçoit bien mais échoue pourtant à la réalité. Quand nous préférons voir la paille dans l'œil de notre frère plutôt que la poutre dans notre œil. Quand nous cotisons aux plaisirs à bon marché de la disqualification de l'argument de l'autre, sans l'avoir seulement écouté. Quand, dirigeants, nous nous réjouissons des échecs de la concurrence. Pire, de ses lacunes et incapacités.

Notre état de nature a ses raisons que la raison ignore. Ambitionner le meilleur pour une entreprise concurrente ne va pas de soi. Cela demande un effort, une exigence à reconnaître et surpasser ce qui fait résistance. Ainsi, de la jalousie quand vouloir détruire l'entreprise concurrente, l'entreprise parfois rêvée, c'est détruire la valeur de sa propre entreprise. Ainsi, de la fascination pour le nivellement par le bas ; fascination du néant quand, plutôt que de travailler à sa propre entreprise, comme le pervers narcissique qui, pour paraître plus beau, plus grand qu'il n'est, détruit ce qui l'entoure, on veut tailler au plus court, espérer la faiblesse de la concurrence voire abolit ce qui performe en elle. Comme si étêter, anéantir, faire disparaître ce qui fonctionne chez un concurrent pouvait rendre ma structure plus belle, plus forte, plus sage.

La concurrence est lumière

Garde-fou d'un monopole qui abêtit, n'est qu'arrogance, et frappe d'immobilisme tout ce qu'il touche (Bastiat, Œuvres complètes), la concurrence est lumière. Par son architecture, c'est elle qui apporte de la valeur d'ensemble à un secteur, et donc à ma propre structure. Parce qu'elle fait ligne de vie à l'impératif à toujours innover et inventer, les dirigeants doivent aller jusqu'à aimer la concurrence.

Comme les arbres au cœur de la forêt — qui se contraignent réciproquement et positivement à chercher l'un et l'autre au-dessus d'eux, et par suite poussent beaux et droits (Kant, Vers la paix perpétuelle) — au cœur d'un lotissement, il appartient aux dirigeants, à l'ensemble des équipes, d'ambitionner la concurrence la plus forte. Concurrence et chaîne d'union alors les plus saines. Condition pour que les entreprises d'un même secteur, par leurs qualités, leur agilité, leurs réussites, tirent mécaniquement les autres vers le haut. Fil à plomb à la coévolution, à la co-construction, à la co-croissance.

Placer au bon endroit la compétition

La théorie du lotissement ne gomme pas la compétition. Elle ambitionne de la placer au bon endroit. D'abord et avant tout, sur les parvis de chacune des entreprises. On grandit sa propre entreprise, on crée de la valeur, parce que l'on travaille, parce que l'on polit les pierres brutes. Jamais par destruction des pierres taillées de la concurrence.

Pour les dirigeants, pour les équipes, faire leur, concrètement, pour de bon, la théorie du lotissement, ouverture à la paix économique en lieu et place de la guerre économique, est gage de création de valeur économique mais aussi sociale, sociétale. Surtout, parce que clé de voûte, humaine. Opérer de nouvelles puissances, porter au plus haut les valeurs de la théorie du lotissement, écho aux valeurs de la République, c'est aussi de la responsabilité de toutes les entreprises, de tous leurs lotissements. Des valeurs de bienveillance, d'ouverture aux autres, des valeurs d'engagement, de courage, de responsabilité.

Que jamais plus, lorsqu'on nous demande des nouvelles de la concurrence, nous puissions dire comme Caïn à propos d'Abel : « Cela ne me regarde pas ! »

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