Macron : comment y croire ?

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Sur la foi de ce qu'il a accompli au sein du gouvernement et propose désormais dans son mouvement En Marche !, Emmanuel Macron incarne-t-il réellement la "rupture" dont l'impérieuse revitalisation démocratique a besoin ? De ses prises de position à son bilan, peu, pour l'heure, le laisse penser. Le temps est venu - et même compté -, pour lui, de faire la démonstration de ce qu'il promet avec tant d'habileté. Et de conjurer les pronostics qui le confinent à un éphémère "produit médiatique".

Dans ses différentes sorties publiques, de celle d'Amiens le 6 avril pour lancer officiellement son mouvement En marche ! à l'entretien explicatif de sa démission le 30 août sur le plateau de TF1, il semble difficile de repérer une véritable singularité dans la démarche politique du désormais ex-ministre de l'Economie.Qu'il s'agisse d'attitude et de style, mais surtout de rhétorique, de message et de vision, qui donc perçoit concrètement une rupture d'avec l'exercice traditionnel du "métier" politique ?

Issu du même sérail (outre un DEA de philosophie : Sciences Po Paris, ENA, Inspection des finances) que ceux qui sclérosent le fonctionnement de l'exécutif et, au-delà, asphyxient l'espace démocratique, "riche" d'une expérience dans le privé de... trois ans dans une banque d'affaires, dépositaire d'un bilan à Bercy contrasté - l'ampleur de la médiatisation de la loi éponyme n'est pas proportionnelle à celle des effets réels -, enfin, pour l'heure, étonnamment fade, même creux, prisonnier des mêmes rictus verbaux élusifs au moment d'expliciter son projet, Emmanuel Macron désarçonne.

Qu'a-t-on retenu de différenciant, de visionnaire, de disruptif ? Pas grand-chose.

N'est pas Michel Rocard qui veut

Et encore, ne s'est-il toujours pas exprimé sur les thèmes qui véritablement révèlent la personnalité, divulguent l'épaisseur et la consistance, et éclairent sur les convictions d'un aspirant à l'Elysée, ces thèmes qui obligent à s'engager, à s'exposer puis à assumer, bref qui mettent en risque et en danger : politique étrangère, sécurité intérieure, laïcité, Europe, immigration, éducation, éthique, culture, etc.

N'est pas Michel Rocard qui veut.

Une belle "gueule", un jeune âge, un large sourire, un couple singulier, une disponibilité et une utilisation médiatiques habiles, quelques marques de ruptures au sein du gouvernement intelligemment distillées, suffiraient-ils désormais pour crédibiliser une démarche présidentielle, pour dessiner une perspective et créer une espérance collective ? Ce serait alors accabler une démocratie représentative déjà malade.

Enfin, comment croire possible de dépasser les innombrables écueils que posent l'absence de légitimité électorale, l'absence d'un parti et d'une ossature organisée, l'absence d'un réseau substantiel d'élus locaux, l'absence ultérieure de parlementaires - arrimés au parti qui les désigne pour le scrutin et qui votent les lois, faut-il le rappeler ? - ... c'est-à-dire l'absence de socle ?

Météorite

Le trentenaire est apparu, ces derniers mois, dans le paysage comme une météorite. Il est un produit du cénacle médiatique et informationnel, en quête de nouvelles figures pour pimenter une campagne présidentielle et, en premier lieu des primaires, limitée, pour l'heure, au "carbonisé" Hollande, au "discrédité", à l' "hystérique" et au "justiciable" Sarkozy, au "septuagénaire" Juppé, aux "invisibles" ou "transparents" Le Maire et Fillon, à l' "absent" Bayrou - ces adjectifs illustrant la perception de la population sondée.

Limitée aussi à des débats d'une pauvreté et d'un populisme déconcertants, cultivés dans l'immédiateté, l'artificialité, le sensationnalisme, la vacuité des réseaux sociaux et d'une partie de la presse. Un paysage médiatique lui-même contributeur de la désespérance citoyenne pour la démocratie qui, faute d'être la scène des véritables débats fondateurs d'une société renouvelée, se liquéfie au profit d'une formation d'extrême droite qui n'a jamais été aussi proche du pouvoir.

N'en déplaise à ses partisans, rien ne permet de penser concrètement, objectivement, qu'Emmanuel Macron, disciple du même microcosme élitaire qu'il annonce vouloir combattre, est  "l'homme de la situation", l'homme d'une situation que quatre années de gouvernance présidentielle erratique ont plongée dans la déliquescence.

Emmanuel Macron : un leurre ? Une illusion ? Un fantasme ? Il est trop tôt pour le juger, mais il apparaît pouvoir être un peu de tout cela. Nonobstant toutefois, au plan économique un positionnement, un affichage eux, séduisants.

Réussite locale n'est pas nationale

Au-delà de l'opportunité pour lui d' "exister" d'une part face à une gauche institutionnelle qui l'a ostracisé d'autre part dans les médias nationaux, Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et président de la métropole de Lyon, l'a d'ailleurs compris.

Lire aussi : Gérard Collomb met sur orbite Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, dont il figure au premier rang des soutiens parlementaires, incarne bien ce qui tour à tour est baptisé "social-réformisme" ou "social-libéralisme" : un libéralisme responsable et raisonné, qui reconnait l'entreprise principale ressource, première richesse économiques, humaines, et entrepreneuriales - les décideurs économiques et chefs d'entreprise lyonnais, dans leur ensemble, lui concèdent d'ailleurs un crédit certain dans ce domaine. Mais comment croire que toute recette locale a valeur nationale ?

L'impossibilité de se déverrouiller

Là encore, l'auscultation des lois portées par Emmanuel Macron, ou plus exactement des étapes qui ont conduit à leur accouchement, est symptomatique : du programme initial au contenu final, l'écart est significatif et l'affaiblissement est concret, provoqués par les multiples contestations, amendements, reports, édulcorations - ourdis par les lobbys, imposés par les corporatismes ou dictés par le sempiternel "équilibre des courants" au sein de la gauche parlementaire.

Lire aussi : Quel bilan pour Macron à Bercy ?

Une réalité qui, dans des proportions similaires, a frappé la loi El Khomri. Que la gauche au pouvoir se soit révélée à ce point peu capable de faire accepter des réformes en dit long sur la difficulté, consubstantielle à la France politique, idéologique, administrative, clanique de se "déverrouiller." Et c'est d'ailleurs cette perception d'un pays "irréformable", c'est-à-dire fossilisé, qui dissuade une grande partie des électeurs de croire en "la" politique représentative et gangrène l'exercice démocratique.

Occasion manquée

Les tergiversations de Gérard Collomb, disciple hier de Manuel Valls et désormais d'Emmanuel Macron, illustrent, enfin, ce que la guerre d'ego est capable de provoquer, au risque du sabordage ; la proximité idéologique des locataires de Matignon et de Bercy ne pouvait-elle pas s'imposer aux écueils d'appareil et surtout aux ambitions personnelles ? Tous deux ne pouvaient-ils pas composer un tandem dans le sillage duquel d'une part François Hollande aurait été placé dans l'incapacité de se représenter, d'autre part un large mouvement d'élus et de citoyens séduits par la synthèse "sociale-réformiste" se serait formé, courtisant largement au sein de l'électorat modéré de droite ? Une opportunité, peut-être historique, est manquée.

Nul doute que le vrai visage, la vraie personnalité, la vraie vision, la vraie capacité décisionnelle d'Emmanuel Macron - à ce jour protégé ou épargné par ceux-là mêmes qui désormais vont le placer dans l'affrontement, toujours révélateur de personnalité - ne sont pas encore connus. Il faut d'ailleurs l'espérer. Mais le temps de les cerner est venu. Il est même compté.

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a écrit le 01/09/2016 à 22:17 :
très bonne analyse ,ce Monsieur Macron ne me dit rien de bon, ce n'est pas encore celui qui redressera la FRANCE, tant que les Français ne se mobiliseront pas pour avoir des dirigeants qui pensent d'abord à leur pays avant leur intérêt personnel, nous allons vers la catastrophe, alors que nous avons des jeunes qui ont des idées, qui travaillent avec acharnement, et rien ne se passe. Il faut faire appel à l'intelligence de tout le monde et en finir avec des politiques qui détruisent. Et il faut néanmoins garder l'espoir.......
a écrit le 01/09/2016 à 18:49 :
Que vous puissiez être sceptique est légitime mais accueillir son projet de candidature est finalement très convenu et conservateur. Il y a des sujets (et des mots) qu'il a choisis qui sont nouveaux : se positionner par exemple contre la rente, celle que l'on connait mais celle aussi du permanent syndicaliste. Et puis, dans le lot de tous ces carriéristes, il m'apparait comme libre, c'est à dire qu'il ne calcule pas systématiquement (cela lui a valu d'ailleurs quelques épisodes tout de suite qualifiés de maladresses) ce que va lui rapporter ou lui couter telle ou telle position. Et aujourd'hui nous avons besoin d'un personnel politique libre.
a écrit le 01/09/2016 à 16:45 :
Dans la plupart de ses grandes lignes, j'adhère aux idées et explications de Mr LAFAY qui aurait même pu aller plus loin, mais s'est arrêté en cours de route sans doute par décense et gentillesse. Lorsque tous les soutiens éphémères de M. Macron l'auront bien poussé sur le devant de la scène et qu'il se rerouvera sous la lumière crue de tous les projecteurs, il s'apercevra que ses effets de mode et de manchette sont passés et que ses adulateurs l'ont tous déserté pour un autre croquignol. Même si celà est dit cruellement c'est le futur annoncé auquel il devra se résoudre, car une grande majorité de français n'attend rien de bon d'un ultra libéralisme et d'une mondialisation qui rompraient toutes les digues de défense et rendraient leur existence encore plus précaire. Cette majorité siliencieuse n'en peut plus de cette démocratie qui ne s'exerce qu'une seule fois tous les cinq ans. Cette majorité veut pouvoir peser sur son destin... quitte à donner le gouvernail au FN si ce dernier s'engage à lui donner une parole trop longtemps confisquée. Auncun candidat n'a encore déclaré qu'il ferait de la question au peuple un élément incontournable de sa ligne de conduite. Pourquoi donc parlent ils alors de démocratie ?
a écrit le 01/09/2016 à 14:09 :
Il faut y croire et surtout souhaiter que Mr Macron soit sincère et vraiment concerné par la situation dans laquelle se trouve la France. Toutes les politiques que l'on a eu depuis près d'un demi-siècle ont été des fiascos qui détruisent la France et l'ont soumise aux volontés d'étrangers (américains, bruxellois, arabes etc.). Le contexte politique actuel UMPSFN n'annonce rien de mieux. Alors avec ce monsieur ou un (ou une) autre, il faut tout revoir, exposer un projet et pourquoi pas: imaginer un gouvernement d'union nationale. Les partis politiques actuels sont périmés, décadents et nuisibles.
Avec cette vision, en presque voisin, j'ai écrit à Emmanuel Macron pour qu'il précise sa pensée et son véritable but. J'attends la réponse...
a écrit le 01/09/2016 à 12:12 :
Emmanuel Macron a été mis dans le role d'un maitre corbeau flatté. C'est triste à dire mais il va sans doute avoir l'occasion de rejoindre des ministres de circonstances comme Fleur Pellerin ou tant d'autres qui se recyclent dans le privé sur la base de leur carnet d'adresses. Il faudrait peut etre arreter d'installer dans des fonctions politiques des personnes qui n'ont rien de politique. Ce sont des technos purs. Normal qu'ils envoient la France dans le mur. Ce sont tout au plus des bons petits reciteurs de lecon.

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