Avec Daniel Kawka, même la liberté s’entend

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(Crédits : Delphine Warin)
Le directeur du festival Berlioz, Bruno Messina, dresse un portrait de Daniel Kawka, un homme qui sait tant diriger un orchestre, qu'une entreprise ou sa vie. Un chef d'orchestre qui s'est construit par son adresse, plutôt que par son carnet d'adresse.

Lorsque je pense au chef d'orchestre Daniel Kawka, à ce qui me séduit tant chez lui et m'invite à le programmer, aussi souvent que possible, à l'occasion des événements musicaux que je porte*, il me revient la définition laissée par Berlioz, dont on oublie souvent qu'il fut sans doute l'un des plus grands maestros de son temps, dans un court texte intitulé Le Chef d'orchestre, théorie de son art :

"Le chef d'orchestre doit voir et entendre, il doit être agile et vigoureux, connaître la composition, la nature et l'étendue des instruments, savoir lire la partition et posséder d'autres dons presque indéfinissables, sans lesquels un lien invisible ne peut s'établir entre lui et ceux qu'il dirige, la faculté de leur transmettre son sentiment lui est refusée et, par la suite, le pouvoir, l'empire, l'action directrice lui échappent complètement. Ce n'est pas alors un chef, un directeur, mais un simple batteur de mesure, en supposant qu'il sache la battre et la diviser régulièrement. Il faut qu'on sente qu'il sent, qu'il comprend, qu'il est ému; alors son sentiment et son émotion se communiquent à ceux qu'il dirige, sa flamme intérieure les échauffe, son électricité les électrise, sa force d'impulsion les entraîne, il projette autour de lui les irradiations vitales de l'art musical."

Diriger

Qui a vu diriger Daniel Kawka sait qu'il a bien ces dons et que la flamme intérieure, l'électricité communicative et la force d'impulsion ne lui manquent pas. Et encore faut-il prendre le mot diriger dans sa polysémie. Diriger un orchestre, évidemment !

Mais aussi diriger des entreprises innovantes et risquées : et le succès de l'EOC, dans un répertoire musical dont les productions sont souvent réputées ardues laisse imaginer que l'aventure d'Ose !, grand orchestre capable d'embrasser des siècles de répertoires moderne, classique et romantique, pourrait être un succès plus grand encore, et offrir une joyeuse révolution dans le milieu quelquefois frileux, anémique ou simplement académique des orchestres symphoniques.

Ou encore diriger sa vie, comme le fait Daniel Kawka, refusant les chemins tracés (comme celui de l'université ouvert par une brillante agrégation en musicologie) pour ne suivre avec obstination que les invitations, vitales, de ses passions musicales.

Liberté

Mon métier m'a donné la chance de fréquenter assidûment l'étrange et singulier parcours d'Hector Berlioz, ce qui m'inspire deux observations importantes : la première c'est que Daniel Kawka, à l'instar de l'immense compositeur, n'a pas été formé par le piano, instrument roi, mais à la guitare, instrument aussi savant que populaire offrant l'avantage d'un petit orchestre qu'on emporte avec soi. Sans doute est-ce à cette formation qu'on lui doit un égal talent pour des répertoires différents et cette faculté d'aborder aussi joyeusement Nino Rota, Jimi Hendrix que Richard Wagner, Maurice Ravel ou encore Pierre Boulez dont il fut le premier à oser enregistrer la difficile, sensuelle et intellectuelle pièce Dérive 2 dans sa version définitive.

La seconde serait alors cette origine provinciale, sur l'autre rive du Rhône, doublée de cette formation indépendante des chapelles et autres écoles musicales qui formatent les élites à Paris. C'est alors par son adresse plutôt que par son carnet d'adresses qu'on se construit. Et croyez-le ou non, même en musique cette liberté s'entend.

* En 2016, Daniel Kawka participera aux festivités d'ouverture de la Maison Messiaen, les 2 et 3 juillet prochains, avec l'Ensemble orchestral contemporain. On l'entendra aussi au Festival Berlioz, lors d'une soirée spéciale le 29 août, avec l'orchestre Ose !.

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