Notre jeunesse est un trésor

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(Crédits : DR)
Poids des finances publiques pour les jeunes générations, droit du travail excluant, peu de représentation dans les institutions traditionnelles...le système politique et économique n'est plus capable de répondre aux attentes des jeunes. Pourtant, il est évident que les clés de la sortie de crise sont du côté de la jeunesse. Par Bertrand Martinot*, économiste, ancien délégué général à l'emploi et à la formation professionnelle de 2008 à 2012.

La jeunesse est globalement la laissée-pour-compte de nos systèmes politiques, économiques et sociaux. Malgré le discours ambiant globalement très "jeuniste", la jeunesse est la partie de la population où la pauvreté et la précarité gagnent le plus de terrain et qui absorbe la plus grande partie des chocs économiques.

 Un marché du travail excluant

Nos finances publiques sont une machine à reporter sur les générations futures une partie de nos dépenses courantes. Quant à notre droit du travail, il contribue à tenir soigneusement les jeunes en marge du marché du travail. Conçu en période de plein emploi pour des salariés en CDI dans des grandes entreprises protégées, il n'est absolument pas adapté aux nouvelles générations, ni à leurs aspirations à plus d'autonomie, ni aux nouveaux risques économiques et sociaux qu'ils doivent affronter.

Absente des débats publics - si l'on exclut quelques relais très politisés comme l'Unef -, la jeunesse a clairement la tentation du refus : refus de travailler en France - en témoigne la proportion de jeunes qui se disent prêts à s'expatrier ; refus du salariat - en témoigne la proportion particulièrement élevée des jeunes qui déclarent vouloir travailler en indépendant ; refus de l'engagement politique et syndical au profit d'un repli sur d'autres communautés, virtuelles ou réelles.

Une énergie positive

Pourtant, notre jeunesse est un trésor. Quantitativement d'abord. La cohorte de jeunes français arrivant chaque année sur le marché du travail dépasse aujourd'hui la cohorte des jeunes allemands. Et cette évolution ira en grandissant : il y a aujourd'hui 820 000 naissances en France contre 700 000 en Allemagne. On ne dira jamais assez le potentiel économique et géostratégique que cet avantage nous procure en Europe.

Il est évident que les clés de la sortie de crise sont du côté de la jeunesse. Beaucoup plus éduquée - en moyenne ! - que les générations précédentes -, beaucoup plus mobile, plus ouverte sur le monde, plus entreprenante, moins idéologue, rien ne se fera sans elle. C'est pourquoi nous sommes confrontés à plusieurs défis.

Changements institutionnels

Le premier est de trouver des moyens que cette jeunesse intègre les institutions républicaines. Cela passe par des changements institutionnels très simples : interdiction du cumul des mandats, limitation du nombre de mandats dans le temps, que ce soit dans les domaines politiques ou syndicaux.

Le deuxième est de construire une politique d'attractivité des talents : pour les chercheurs, pour les créateurs, les entrepreneurs. Il s'agit par exemple d'abaisser les barrières réglementaires et malthusiennes ou encore de renforcer l'attractivité des carrières dans le domaine de la recherche. Attirer les talents, c'est également investir dans l'avenir plutôt que de payer des intérêts de la dette toujours plus lourds.

Deuxième chance

Le troisième consiste à permettre aux jeunes de trouver plus facilement leur place sur le marché du travail. Cela suppose des modifications profondes de notre droit du travail et d'ouvrir beaucoup plus largement les emplois publics, donc de s'affranchir du système des concours partout où c'est possible. Parallèlement, le droit à une formation de type deuxième chance devrait être ouvert pour permettre aux jeunes de progresser en qualification et de s'adapter aux évolutions technologiques tout au long de leur vie.

Le quatrième et dernier défi, c'est d'intégrer par le travail tous ceux pour lesquels le système scolaire à la française n'est pas adapté. L'apprentissage est une voie notoirement sous-développée dans notre pays. De nombreux talents, à tous les niveaux sont entravés et gâchés.

Transformer l'énergie parfois sombre de la jeunesse d'aujourd'hui en une énergie positive est la clé de la sortie du marasme actuel. Nous n'avons d'ailleurs pas le choix.

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