Les "civic techs", dernière chance de décloisonner la politique ?

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David Guez (à gauche), fondateur de l'association democratech et initiateur du mouvement citoyen LaPrimaire.org.
David Guez (à gauche), fondateur de l'association democratech et initiateur du mouvement citoyen LaPrimaire.org. (Crédits : DR)
Quand les partis politiques deviennent des "machines à élire", les citoyens s'organisent "pour reprendre en main la vie politique par le pays". Ils choisissent pour espace d'expression le numérique. Pour David Guez, avocat au Barreau de Paris, mais aussi fondateur de LaPrimaire.org, cet outil contribue à déverrouiller le système politique et replace le citoyen au cœur de l'action.

Explosion des pétitions en ligne, manifestations quotidiennes de dépit et de colère sur les réseaux sociaux... nous vivons une époque de frustration politique intense. Chaque semaine, l'actualité nous dépeint un peu plus l'état déconnecté et déprimant de la vie politique de notre pays.

À l'origine conçus pour être des lieux de débats, de construction et de synthèse pour inventer la société de demain, les partis politiques dominants sont devenus au fil des ans de simples machines à élire aux pratiques monopolistiques, des lieux de pouvoir sans âme, où le débat d'idées devient secondaire et dans lesquels s'affrontent les intérêts personnels avec pour unique but la conquête du pouvoir.

Face à cela, les citoyens s'organisent pour reprendre en main la vie politique de leur pays, et ce dans le dernier espace qui échappe à la mainmise des partis politiques : le numérique.

Déverrouiller le système politique par le numérique

Aujourd'hui, grâce au numérique, tout un chacun peut s'informer, comparer et prendre des décisions relativement à divers éléments conditionnant sa vie : travail, loisirs, santé, voire conjoint ! En revanche, lorsqu'il s'agit de la sphère politique, alors même que les décisions prises impactent durablement et fortement sa vie (emploi, politique sociale, éducation, fiscalité...), le citoyen se heurte à un système difficile d'accès, de compréhension et pour lequel il n'existe pas réellement de choix.

Le système politique actuel doit ainsi être déverrouillé afin de placer réellement le citoyen au cœur de la démocratie et favoriser une implication du plus grand nombre dans le débat public.

L'objectif premier est de permettre à tout citoyen d'accéder à une information claire, précise et synthétique, selon son niveau de connaissances et d'intérêts. Il s'agit a minima de proposer une réelle instruction civique pour tous. Pour se sentir partie prenante d'une Nation, il faut aussi comprendre comment elle est organisée et quels sont les droits et devoirs de chacun.

Il s'agit ensuite d'offrir aux citoyens un accès direct et aisé aux discussions et prises de décisions politiques. Créer un lien permanent et récurrent entre les citoyens et leurs représentants. Ces derniers sont au service de l'État et des Français : ils doivent donc rendre compte de l'exécution de leurs missions.

Le numérique doit contribuer à supprimer la relative déconnexion d'une certaine partie des acteurs politiques entraînant parfois un sentiment d'impunité et de déresponsabilisation et offrir aux citoyens l'opportunité de comprendre et de contrôler l'action publique. Il s'agit enfin, au moment des échéances électorales, de permettre aux citoyens d'apprécier de manière éclairée l'offre politique.

L'émergence de civic techs

En deuxième lieu, les civic techs permettent de modifier durablement la nature de l'engagement politique. Jusqu'à présent, un citoyen souhaitant agir disposait principalement d'axes d'actions traditionnels : parti politique, syndicat ou association.

Toutefois, la barrière à l'entrée est forte et suppose une grande implication pour que l'action individuelle puisse impacter et influencer la prise de décision de l'entité au sein de laquelle le citoyen participe. Sauf à y consacrer quasi l'intégralité de son temps, cela reste difficile, ce qui explique la professionnalisation de la classe politique.

Grâce au numérique, le citoyen dispose dorénavant d'une capacité d'interaction réelle avec la sphère politique, à géométrie variable selon ses envies et sa disponibilité. Il est ainsi possible de participer à des sondages en ligne ou des débats d'idées, à l'élaboration de projets de loi ou co-construire un programme politique.

Vers la fin d'un monopole

Toutefois, les avantages précédemment décrits, certes fondamentaux, nécessitent d'être complétés pour transformer le citoyen en acteur public susceptible d'avoir un réel impact. À défaut, ce serait ouvrir une porte sans la franchir.

La France étant fondée sur un système représentatif, le levier d'action déterminant reste l'élection au moment de laquelle le citoyen doit pouvoir peser et bénéficier d'un vrai choix. Or, la situation actuelle est trompeuse puisque l'offre politique n'est diversifiée qu'en apparence, l'investiture des candidats se décidant au sein des partis politiques, au gré d'accords partisans.

Pour que les citoyens puissent réellement se réapproprier l'espace politique, nous devons casser le monopole dont jouissent les partis politiques sur la désignation des candidats. C'est justement cet objectif auquel s'attelle LaPrimaire.org : démocratiser le processus de sélection des candidats aux élections en organisant des primaires démocratiques et ouvertes, en dehors du cadre des partis politiques.

Le numérique modifie invariablement les règles du jeu, quel que soit le secteur. Il convient de veiller toutefois, particulièrement en politique et compte tenu d'enjeux démocratiques majeurs, à ce que cela soit strictement dans l'intérêt général et des citoyens. Au surplus, le numérique demeure un simple outil dont le plus grand nombre doit se saisir, car le pouvoir de changer les choses appartient aux citoyens et à personne d'autre.

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a écrit le 16/03/2016 à 19:21 :
Votre article est particulièrement intéressant et très clair. Que les civic techs soient la dernière chance de décloisonner la politique, nous ne le savons pas. Elles sont un moyen et un moyen efficace pour casser le monopole des partis dans le choix de leurs "élites" Et par voie de conséquence nous donner la parole, nous émanciper, nous affirmer, nous responsabiliser, nous montrer tous nos talents et compétences.

Par contre, je ne me permettrai aucunement de donner un avis sur le fait qu'elles permettent d'organiser des primaires numériques entre autre, puisque la politique politicienne des partis, fut ce sur internet me révolte au plus haut point.

Courage pour votre projet
Cordialement

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