Le collaboratif, une nécessité grandissante pour les entreprises

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Michel Berthelier, professeur de Stratégie, EMLYON.
Michel Berthelier, professeur de Stratégie, EMLYON. (Crédits : DR)
En amont de la conférence programmée par Acteurs de l'économie-La Tribune et EMLYON, le vendredi 15 janvier, dans le cadre du cycle "Les défis du dirigeant", Michel Berthelier, professeur de Stratégie à EMLYON, évalue les opportunités que revêt le collaboratif (i.e. coopérations inter-entreprises au sein de groupements, clusters et pôles de compétitivité) pour les entreprises et relève son caractère impérieux. Vous aussi, participez au débat et soumettez vos questions en commentaires. Elles pourront être abordées lors de la conférence-débat (à suivre sur Twitter #ActeursLive).

Se définissant toujours par un triptyque Offre (produit, service, technologie) - Marché (application, client) - Territoire (espace de jeu géographique), toute activité économique se développe autour de ces axes. 3 stratégies génériques en découlent pour les entreprises ; l'innovation, l'internationalisation et la diversification de marché.

Le foisonnement des technologies, les synergies croissantes entre elles et la nécessité d'intégrer des technologies nouvelles dans des produits existants - objets connectés par exemple - rendent l'innovation plus diverse et moins accessible à une seule entreprise. L'innovation ne concerne pas seulement les produits, les procédés ou les services, mais aussi les organisations (modes et lieux de travail). Les modèles économiques sont aujourd'hui interrogés et le glissement de modèles propriétaires vers des modèles fondés sur l'usage, y compris dans des secteurs industriels, remet en cause la relation client - fournisseur.

La mondialisation a conduit les entreprises à élargir leur territoire d'action géographique pour mieux amortir leurs investissements de R&D, de production et l'ensemble de leurs coûts fixes, pour accompagner les stratégies internationales de leurs clients et faire face à une concurrence mondiale.

Troisième axe de développement, le développement de nouveaux marchés est souvent pratiqué par les PME pour réduire le risque économique lié à la dépendance client ou sectorielle. Cette stratégie est également synonyme d'apprentissage de nouvelles compétences et d'investissements marketing et commerciaux.

Défis du dirigeant

Suivez la conférence sur Twitter #ActeursLive et participez au débat.

Ces orientations stratégiques majeures se déploient dans un contexte marqué par une exigence de rentabilité toujours plus grande et toujours plus rapide des capitaux investis. Les entreprises recherchent des leviers de mise en œuvre moins coûteux, moins risqués et plus rapides. Partager les compétences, mutualiser les ressources et les investissements devient alors un objectif central.

Les coopérations inter-entreprises au sein de groupements, les clusters et les pôles de compétitivité apportent des éléments de réponse à ces défis en suscitant, facilitant et en accompagnant des projets entrepreneuriaux hybrides fondés sur la mobilisation d'acteurs différents, aux ressources et aux compétences complémentaires autour d'un objectif commun et partagé.

Les projets collaboratifs inter-entreprises

Nombreuses et diverses par leur nature - innovation, accès à un nouveau marché ou territoire, partage de moyens techniques ou de ressources humaines, groupements d'achats... - ces coopérations entre entreprises sont nombreuses, mais souvent inconnues parce qu'informelles. Grandes entreprises et PME sont concernées et la coopération est souvent un levier privilégié pour atteindre des objectifs ou concrétiser des projets hors de portée sur leurs seules ressources et / ou compétences. En dehors de la relation client - fournisseur, le caractère collaboratif suppose un partage de ressources, de risques et de gains entre les acteurs.

Amplifier ou accélérer le développement, partager des moyens pour diminuer des coûts constituent les deux grands objectifs de ces projets. La seconde dimension structurante est le caractère durable ou éphémère du projet. Trois grands types de groupements apparaissent :

  • Les groupements d'opportunité permettent de capter des affaires. Leurs enjeux et leurs risques sont limités au projet spécifique et à sa durée.
  • Les groupements de moyens permettent de partager des ressources pour améliorer la compétitivité des membres
  • Les groupements de projet ont pour vocation le développement d'une activité - offre   / marché / territoire, c'est-à-dire créer une nouvelle entreprise pilotée par les dirigeants des partenaires. Leur succès repose largement sur la capacité à décider et à travailler ensemble.

Les projets entrepreneuriaux hybrides et collectifs

Le caractère hybride tient à la diversité des acteurs mobilisés en termes d'activité, de logique de fonctionnement et de culture.

Forme très répandue en Europe, les clusters fédèrent les acteurs d'un métier ou d'une filière de marché sur un territoire. Ils fédèrent des entreprises de toute taille, des institutions de formation et de recherche, de développement économique et des collectivités territoriales autour d'un métier ou d'une filière pour développer des projets collaboratifs, notamment dans les trois domaines suivants : "Commerce et communication" - "Innovation collaborative" - "Compétences et formation".

Pour une PME, participer à un cluster est synonyme d'ouverture et de visibilité sur les marchés, sur les technologies et vis-à-vis de nouveaux partenaires. Le cluster constitue un terreau fertile pour initier des coopérations inter-entreprises.

S'engager dans des projets collaboratifs inter-entreprises ou hybrides signifie pour l'entreprise, ses dirigeants et ses collaborateurs un changement culturel majeur : passer d'une culture individuelle de l'autonomie et du contrôle à une culture collective de la coopération et de l'interdépendance !

Vous aussi, participez au débat. Soumettez vos questions en commentaires.

Elles seront abordées lors de la conférence "Entreprises, apprenez à collaborer !", programmée le vendredi 15 janvier par Acteurs de l'économie-La Tribune et EMLYON, dans le cadre du cycle "Les Défis du dirigeant".

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Commentaires
a écrit le 07/01/2016 à 18:05 :
Merci pour cet article très intéressant à plus d'un titre notamment sur les aspects marchés, territoires, etc. Mais quel dommage de ne pas avoir mis en exergue l'Humain. Car c'est essentiellement lui à tous les niveaux, qui par ces motivations, conditionne les évolutions quelles soient passées, présentes et à venir. L'Humain devrait donc ne pas être considéré comme une des ressources. Sinon c'est le risque d'une réification qui conduit à bien des excès comportementaux et des dysfonctionnements dans les organisations qui pratiquent ainsi. En revanche l'holarchie comme le prouve le nouveau concept "Entreprise Libérée" c'est bien l'un des plus forts leviers stratégiques, de développement économique et de bien-être au travail. Notre organisation professionnelle "Manager-Collaboratif Asso.fr" favorise ce type de synergie pragmatique, peu couteuse, valorisante, responsable...

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