L'union régionale : un risque de renforcement de l'exclusion spatiale et sociale

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(Crédits : DR)
L'annonce de la fusion entre l'Auvergne et Rhône-Alpes s'est traduite par un quasi-unanimisme des élus régionaux. En effet, seuls le maire de Montluçon et le sénateur Jacques Mézard du Cantal se sont fermement opposés à ce projet. Par-delà le légitimisme et les positionnements politiques d'une région depuis longtemps ancrée à gauche, un tel engouement étonne, surtout lorsqu'il est partagé par les élus de droite. Par Franck Chignier-Riboulon, professeur de géographie, Céramac, Université Blaise Pascal à Clermont-Ferrand.

Certes, le débat sur la taille des régions est récurrent. L'Auvergne est une région peu peuplée (1,3 million d'habitants) et sa part dans le PIB français est modeste (1,7 %). La position des élus est alors simple, ils espèrent que la faiblesse du dynamisme régional sera compensée par la force de celui de Rhône-Alpes, et tout particulièrement de Lyon.

Les responsables rhônalpins vont dans le même sens, même s'ils n'ont pas véritablement besoin, de l'Auvergne. Par ailleurs, le discours des élus auvergnats est également empreint de l'idée que l'Auvergne apporte beaucoup dans la corbeille : Michelin, des parcs régionaux (« les poumons verts du discours local », une « métropole équipée »). L'union ne serait pas si déséquilibrée et serait même une opportunité.

Une réalité moins optimiste

Cependant, la réalité risque d'être moins optimiste. Le processus de métropolisation concerne toutes les tailles de villes, et n'épargne(ra) pas Clermont-Ferrand. D'ores et déjà, la Banque de France évalue à 2 000 la perte d'emplois, dont des emplois stratégiques. Il s'agit donc d'un transfert de pouvoirs vers la nouvelle capitale, Lyon.

Or, l'Auvergne est déjà une périphérie, de l'intérieur, et l'axe de développement de Rhône-Alpes est avant tout Nord-Sud, suivant la Saône et le Rhône. De fait, Saint-Etienne n'est plus qu'une banlieue, sans se l'avouer, et Grenoble peine à exister, malgré une image jeune et dynamique, mais héritée de l'ère Dubedout.

Si Clermont perd des fonctions de commandement, qu'en sera-t-il des autres espaces régionaux ? Les différentes projections passées de la DATAR les classaient déjà en zones de loisirs, de tourisme vert... bref en zones marginales.

La métropolisation clermontoise les rendait déjà dépendantes ou moins puissantes, que se passera-t-il lorsque le commandement sera lyonnais, encore plus lointain ?

Ces fusions nient les décennies passées

Plus largement, ce découpage conçu à la hâte n'a guère de sens, les logiques géographiques et de développement ne s'arrêtant pas à la superficie. L'Alsace ne regarde pas vers Paris ou la Champagne, mais vers le Rhin, et son identité est particulière ; Toulouse et Montpellier se sont étoffées au cours des dernières décennies, grâce à la politique d'aménagement du territoire menée par l'État, parfois aux dépens de voisines (Nîmes pour Montpellier).

L'histoire est maintenant déconstruite, comment refaçonner désormais un nouvel espace, alors que certaines villes l'ont organisé (Midi-Pyrénées pour Toulouse) ? Au final, dans les conditions actuelles, ces fusions nient les décennies passées, sans qu'un projet politique de long terme ait été pensé.

Autrement dit, dans le cas auvergnat, mais pas seulement, la redistribution des pouvoirs risque d'accroître l'exclusion spatiale et sociale des espaces les plus fragiles.

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