L'urgence de la déradicalisation, passe par une réconciliation de la France avec ses cités

 |   |  587  mots
(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Bernard Devert, fondateur d'Habitat et Humanisme

Le sang de plus de 130 de nos concitoyens, en moins de deux heures de temps, a été répandu par des hommes ignobles, sans conscience. Si l'heure est celle du deuil, le crêpe ne voile point l'urgence d'agir plutôt que de réagir. Les mots sont nécessaires pour dénoncer le mal, mais les mesures pour le combattre le sont davantage encore.

Théophile, un jeune de 18 ans, précisait que, atterré par le drame, il était fier d'observer que la France, terre de liberté et du respect de la vie, était le premier des ennemis des islamistes.

La liberté ne se négocie pas

A l'aveugle, les terroristes ont tiré. Ils n'avaient d'autres cibles que de faire mourir et souffrir le plus de personnes possible. Quand le sens de l'humain est aussi dépravé, alors la bête immonde humilie les valeurs d'humanité, balayant toute tolérance. Nous ne capitulerons ni ne fuirons devant un tel ennemi. La liberté ne se négocie pas, il s'agit de la défendre. Chaque génération la reçoit en lui offrant si nécessaire le tribut de la vie pour qu'elle ne s'assombrisse point.

Un combat inévitablement s'engage. N'est-il pas déjà gagné par la liberté intérieure d'une Nation éminemment libre. Point de vengeance, ni de peur devant cette horde des barbares appuyant sur la gâchette de leur kalachnikov pour n'avoir d'autre appui que celui pitoyable de semer l'effroi. Quel contraste entre ces lâches qui fuient, exaltés, inhibés par des drogues et ce peuple souffrant gardant un magnifique sang-froid, attentif à son unité. Des différences s'expriment mais la vive conscience du tragique est mobilisatrice d'une détermination à être ensemble pour faire face à d'autres risques et peut-être d'autres drames.

Notre peuple n'attend pas passivement, il est mu par ses valeurs qui, lorsqu'elles sont touchées, suscitent un élan qui transcende les inessentiels pour refuser l'insoutenable et l'inacceptable comme viennent de le déclarer toutes les familles humanistes et spirituelles.

Rechercher les causes de radicalisation

Il nous faut rechercher les causes de radicalisation et ne pas seulement les dénoncer ; elles ne sont pas toutes étrangères à un urbanisme qui, déjà en 2005, suscita un état d'urgence, alors circonscrit aux territoires confrontés à la guérilla urbaine.

Un grand chantier doit s'ouvrir pour briser l'enfer de ceux qui habitent ces quartiers. Il est urgent de ne plus laisser du temps à cette violence sourde, alimentée par la misère qui brise l'avenir de trop de jeunes.

L'insécurité, la violence chronique et le développement de l'économie parallèle dans ces quartiers participent largement à un terreau de démoralisation, d'où trop de jeunes qui décrochant se laissent alors accrocher par des sectaires démoniaques.

Une forme d'apartheid

La liberté est un appel à veiller à ce que les plus vulnérables trouvent les conditions d'une dignité ; elle n'est pas assurée à ceux condamnés à survivre dans des quartiers de non-droit, touchés non seulement par la ghettoïsation mais par une forme d'apartheid. L'expression heurte, mais elle est juste pour traduire la réalité de ces lieux de graves ruptures de la cohésion sociale.

Si le combat auquel nous sommes appelés pour défendre nos valeurs nécessite d'intervenir sur le sol de l'Etat islamiste - et il n'a pas tardé - il doit aussi être conduit sur le nôtre pour éradiquer le cancer péri-urbain dont les métastases laissent le champ à l'esclavage des esprits.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/11/2015 à 8:24 :
A la fois je veux bien le social, mais peut etre n'est il pas inutile que les gens se saisissent de ce qui leur est offert (l'école par exemple), et conaissent le cout de ce dont ils bénéficient car ils ne me semblent pas si abandonnés qu'on veut bien le dire....
a écrit le 23/11/2015 à 17:55 :
Tout à fait d'accord. Elles sont où les annonces de conseillers en mission locale et d'éducateurs sportifs et culturels pour les quartiers, de pédagogues pour trouver une voie de formation qualifiante et aider au speeddating ouvert à toutes les compétences sans discrimination aux consonnances des noms ou d'adresse. Les policiers ne sont pas seuls nécessaires aujourd'hui.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :