Les mots n'arrêteront pas les balles

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
« Les résultats rapidement obtenus pour neutraliser les auteurs des attentats témoignent plus crucialement encore de l'inertie qui les a précédés », démontre Eric de Montgolfier. Et l'ancien procureur de prévenir : dégager un budget exceptionnel n'assure pas d'accroître la sureté du pays, et réviser la constitution « dans la crainte » autorise tous les dérapages. In fine, et une nouvelle fois, c'est le crédit même de la classe politique qui est atteint et la salubrité de la démocratie qui est menacée.

L'atmosphère est patriotique et partout résonne ce chant martial qui nous invite à marcher. Qui s'en plaindrait ? Notre peuple a la réputation, trop justifiée, de se diviser plus volontiers qu'il ne se rassemble. Il semble n'y bien parvenir que dans la tragédie ; si elle n'avait entraîné tant d'innocentes victimes, on finirait par se réjouir de celle qui nous frappe, parce qu'elle nous réunit. Qu'importe que la peur y ait sa part ! La nier ne sert à rien, sinon à exciter à des bravades qui exposeraient inutilement d'autres vies. « Même pas peur » affichaient les manifestants de janvier. Peut-être la crainte aurait-elle au moins inspiré des mesures propres à éviter le récent carnage ; les coups de menton ne sont pas de nature impressionner des fanatiques.

Indécent spectacle donné par des élus

Une unité qui ne serait pas de façade pourrait y contribuer, sous réserve d'une détermination qui, unanimement partagée, ne leur laisserait aucun champ. Hélas d'indéniables gestes de solidarité au sein de la Nation ne peuvent occulter l'indécent spectacle donné par des élus, alors même que le sang des victimes n'avait pas encore séché. Ni la Marseillaise, ni la surenchère destinée à ceux qui, à l'écart des jeux politiciens, engageaient leur vie pour protéger les nôtres, n'ont pu isoler les discours qui, au sein de l'Assemblée nationale, ont prétendu tirer profit du malheur. Comment interpréter autrement, parmi les plus agressives, les interventions de candidats aux prochaines élections régionales ? L'intérêt général paraissait leur être infiniment moins précieux que le leur.

Sombre image de la politique

C'est donc cela cette guerre que l'on évoque sans cesse, à laquelle on se réfère pour justifier un dispositif protecteur? On pouvait espérer qu'il s'agissait de se défendre contre d'injustes et meurtrières attaques ; pour quelques uns, sans surprise, le combat paraît se limiter à conserver ou conquérir des places. Sombre image de la politique, peu propice à réconcilier les électeurs avec les élus quand il est précisément indispensable que rien ne fissure une cohésion qui est le gage de l'efficacité . Pourtant, de quelque côté qu'on se tourne, pullulent les griefs et désirs de revanche, les appétits étalés quand tous partagent la responsabilité de cet échec sanglant que nul n'a su prévenir. Peut-être ne pouvait-on le prévoir ; au moins devraient-ils, les uns et les autres, s'abstenir de se jeter à la tête tout ce qu'ils ont raté tour à tour.

Accroitre les moyens de la sécurité

Il est temps d'accroître les moyens de la sécurité, après les avoir fortement négligés ou réduits au nom d'un libéralisme pusillanime ; il condamnait inexorablement les dépenses publiques, les présumant improductives. Une stratégie à courte vue ; elle ignore que ce n'est pas seulement dans ses comptes que s'assure la sûreté d'un pays. Contre toute attente, les actuels tenants du pouvoir ne se sont guère distingués de leurs prédécesseurs. Une proximité, ruineuse pour la démocratie ; faute d'une alternance crédible, elle pourrait lui porter bientôt un coup fatal. L'imprévision se marque encore avec le projet de révision constitutionnelle forgé dans la crainte. Autre signe d'affinité que cette propension, si souvent critiquée, à modifier des textes pour répondre à des faits. Une fois encore s'installe l'espoir insensé que des mots pourraient arrêter des balles, comme un cautère sur une jambe de bois

Effets secondaires pervers

Mais, serait-il efficace, le remède pourrait encore présenter des effets secondaires ; le risque n'est jamais mince qu'ils ne soient également pervers quand, dans l'urgence, il s'agit d'accorder les lois à des situations exceptionnelles; la tentation peut aisément sourdre de rendre le droit tributaire de la force. Déjà le « pacte de stabilité » doit céder le pas au « pacte de sécurité »... Martiale proclamation qui autorise aujourd'hui ce que l'on interdisait fermement hier. Nombreux sont ceux qui paraissent y adhérer ; il n'est pas certain qu'ils mesurent le peu d'espace qui sépare une telle sentence de la suspension de l'état de droit, si souvent présenté comme le suprême garant de la République. Mais le temps du dogme est révolu : le danger ne laisse guère de place à la sagesse ; elle commande pourtant de ne renoncer à rien d'essentiel sous la menace, sous peine de donner l'apparence de céder à ceux qui l'ont engendrée.

La foudre nous a contraints à réagir

Il convient en revanche de s'intéresser aux raisons qui nous réduisent à subir un tel désastre quand, ici ou ailleurs, les prémices s'étaient accumulées. Il est cruel de constater combien nous étions peu préparés à affronter un orage que de violents éclairs avaient pourtant annoncé. La foudre nous a contraints à réagir ; mais les résultats rapidement obtenus témoignent plus crucialement encore de l'inertie qui les a précédés. Sans doute faut-il se réjouir des évolutions enfin constatées dans d'autres pays ; on peut espérer que la solidarité les aura provoquées. Il serait désolant que seule sa propre exposition au danger ait inspiré chacun.




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Commentaires
a écrit le 21/11/2015 à 17:42 :
Est-ce qu'un jour nous pourrons sortir de ces paroles débilitantes qui, sous prétexte d'analyse objective, sapent tout espoir de solidarité, d'amour et de posture positive ?
Regardez devant, cher Monsieur Montgolfier, au lieu de vous complaire dans des constats stériles qui ne font pas avancer le schmilblic.
Regardez la jeunesse et son inextinguible soif de vivre et de jouir malgré la peine et la tristesse.

Nous sommes trop anciens pour agir efficacement et avec pertinence. Le temps nouveau nous pousse et les étudiants (que je côtoie chaque jour) nous enseignent à leur tour. Tâchons d'être encore leur modestes conseillers, mais laissons-les vivre !

Bien à vous,

Danielle Gillouin

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