Attentats : "Sans Défense européenne, l’avenir de l’Europe sera un champ de ruine"

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Le choix n'est plus politique : il est de l'ordre de la construction de l'Histoire
"Le choix n'est plus politique : il est de l'ordre de la construction de l'Histoire" (Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
[Suite aux attentats de Paris, Jean-Marie Cavada, député européen, président du Mouvement Européen-France appelait à la création d'Europe de la défense. Après les terribles événements de Bruxelles, nous décidons de republier son appel.] Sur le terreau de l'histoire récente du terrorisme en Europe, les attentats de Paris démontrent que la création d'un pôle de défense européen est aussi indispensable qu'urgent. L'héritage de l'Europe repose sur d'incompressibles valeurs, mais l'époque réclame une adaptation à l'instabilité et à la violence du monde contemporain. "L'avenir de l'Europe est à ce prix sinon ce sera un champ de ruine. Il en va de la construction même de l'Histoire", estime-t-il.

Article publié le 18 novembre 2015, republié le 22 mars 2016.

Il faut commencer à tirer des leçons profondes, après les attentats du vendredi 13. Dans le climat politique eurosceptique ou parfois anti-européen, il ne sera pas aisé pour les dirigeants de notre pays, et d'abord pour l'exécutif, de résister à la tentation de tourner le dos à l'Histoire. La dégradation de la « valeur-Europe » dans les opinions de plusieurs pays européens et d'abord en France, trace une pente de dangereuse facilité.

Est-on plus efficace devant l'opinion en traitant les problèmes de sécurité intérieure dans le repli de l'hexagone, alors que le terrorisme est européen, même si la cible française est hélas privilégiée. Il faut redire que Paris, janvier ou novembre 2015, est le sommet d'attaques qui n'effacent pas celles de Madrid en 2004, celles de Londres en 2005, celles perpétrées au Danemark, en Belgique, et même au Liban, en Turquie ou en Arabie saoudite.

Grenaille à limaille

D'abord en matière de sécurité, toutes les mesures annoncées par le Président français doivent trouver une coopération européenne de sécurité intérieure pour tous les pays du Continent. Un plan Barnier avait déjà été esquissé il y a quelques années non seulement pour le secours aux victimes des attentats, mais aussi pour les secours en cas de grande catastrophe naturelle. Sur le plan des enquêtes policières, de la coopération du renseignement, et de la coopération judiciaire, là encore le niveau national aussi remarquable soit-il, n'est pas à la hauteur d'une guerre déclarée dans les pays de l'Union.

Cette guerre ressemble à une grenade à limaille : planifiée dans un pays, organisée dans un autre, exécutée dans un troisième. Il n'y a rien de plus urgent que de mettre sur pied tout de suite une politique communautaire dans ces différents domaines.

Un cadre judiciaire aux mesures d'urgence

Les attentats américains du 11 septembre 2001, le Patriot Act qui a suivi, montrent que les mesures d'urgence doivent rentrer très vite dans un cadre judiciaire. S'il doit y avoir des lieux de rétention, des opérations coup de poing sur le territoire, beaucoup de gens pensent qu'un pôle de juge anti terroriste n'est pas un obstacle à l'action policière.

Je me souviens des opérations déclenchées en Italie dans les années 80 pour combattre le terrorisme de la Péninsule. Police et Justice décidaient en quelques heures des actions à mener, et le système a fonctionné. Nous avons suffisamment critiqué les dispositifs à la « Guantanamo » pour travailler à l'efficacité d'un duo Police/Justice.

L'Europe doit se projeter là où est l'ennemi

Cette nouvelle vague d'attentats pose la très urgente question d'un pôle de défense européenne. L'Allemagne elle-même doit réviser et rehausser son niveau de coopération militaire. Mais il est urgent d'appeler à une conférence des pays membres de l'Union qui disposent d'une capacité de défense militaire suffisante pour organiser des opérations de défense et se projeter là où est l'ennemi.

Je pense à la Pologne, à l'Italie, à l'Espagne, sans laisser de côté l'Europe centrale ou l'Europe du Nord. Qu'on ne m'objecte pas l'éternelle ambiguïté de la défense britannique : si politiquement il lui est impossible de rejoindre ce pôle de défense européenne à cause de ses liens étroits avec Washington, alors au moins qu'elle s'associe opérations par opérations comme c'est déjà le cas.

Ce pôle de défense doit pouvoir contribuer à une alliance avec les Etats-Unis, et avec la Russie dans le cadre réglementé du Conseil de sécurité de l'ONU. Les Français ont raison : c'est l'Europe qui est attaquée, une défense européenne est indispensable urgemment.

La question des frontières

Reste la question des frontières. Tout le monde comprend aujourd'hui la grave erreur historique de l'Europe des 28 qui se veut une Communauté de libre circulation à l'intérieur de l'Union mais qui n'a pas trouvé le moyen de garantir par un Schengen universel la surveillance et l'imperméabilité de ses frontières extérieures, l'organisation de ses points d'entrée et le contrôle par les hommes et la technologie d'un véritable espace sécurisé. Voilà l'immédiate nécessité à décider, à mettre en place, à contrôler, à financer.

La réponse par l'Union européenne

Pour toutes ces décisions il y aura deux attitudes politiques : abandonner la sécurité et la défense communautaire pour ne faire confiance qu'à ses frontières domestiques, ou faire le saut qualitatif d'un haut niveau de sécurité et quantitatif d'une affectation de moyens pour répondre par l'Union aux tentatives extérieures de déstabilisation. Et si, en attendant cette mise en place européenne, chaque pays doit renforcer unilatéralement son niveau de sécurité je ne le critiquerai pas si cette attitude nationale n'est que provisoire.

La vérité c'est que Daech veut déstabiliser nos pays pour qu'ils tombent sous la coupe de régimes autoritaires en attendant la séquence suivante qui sera une guerre civile des valeurs entre les tenants de l'autorité et les vigilants des libertés.  Ce désordre de graves oppositions civiles favorisera alors ses desseins.

Le choix n'est plus politique : il est de l'ordre de la construction de l'Histoire. Qu'il s'agisse de sécurité, qu'il s'agisse de liberté. L'héritage de l'Europe repose sur des valeurs dont nous saurions nous priver. Mais l'époque réclame une adaptation de ces fondamentaux au monde actuel qui est instable, et désormais violent. L'avenir de l'Europe est à ce prix sinon ce sera un champ de ruine.

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a écrit le 23/03/2016 à 17:22 :
En quoi consiste la défense européenne ? Quelques unités navales ou aériennes, quelques troupes envoyées sur les terrains de combat ? Par quels pays, devinez donc. L'Otan est il une force européenne ? Les ennemis désignés sont ils réellement nos ennemis, ou le sont ils devenus par suite de nos politiques ayant approuvé d'être les sbires des US sans même consulter leur population mais leur faisant payer la note ? Il n'y a pas de défense européenne stricte. L'avenir de l'Europe dirigée par nos politiques actuels s'achemine lentement et effectivement vers un grand bazar. A moins que les peuples ne se rebellent en changent les choses. Même 2017 ne changera rien. Peu importe la couleur du vote, les choses se décident hors de France.on n'est même pas capable d'avoir une digne surveillance des frontières européennes (Frontex, etc) alors parler de défense...
a écrit le 23/03/2016 à 16:36 :
Ne confondons pas Marché Commun et Europe politique. Il n'y aura jamais d'Europe politique (qui par ailleurs avec Charlemagne, Napoléon et Hitler n'a pas laissé un excellent souvenir, ce que les anglais nous rappellent toujours à juste titre). Par contre échanger des biens en partageant des normes est le plus souvent bénéfique pour tous...
a écrit le 23/03/2016 à 9:27 :
" Adieu vieille Europe, que le diable t'emporte".
a écrit le 23/03/2016 à 8:54 :
L'UE est déjà un champ de ruine et l'armée ne pourra rien y faire, surtout si elle doit être privatisé comme tout le reste! Un dogme est loin d'être pragmatique!
a écrit le 22/03/2016 à 22:10 :
bien dit Jean-Marie!
a écrit le 22/03/2016 à 21:23 :
Quand on n'a pas la volonté de se défendre, se rassembler ne sert à rien si ce n'est à espérer faire financer par les autres ne partie de son effort de défense. Sauf que si tous les acteurs espèrent se décharger en même temps de leur fardeau, le résultat est une baisse globale de l'effort de défense. Typiquement européen, finalement ! Allez, encore un homme du passé...
a écrit le 22/03/2016 à 19:46 :
Surtout aucun respect des victimes, profiter de toutes les occasions pour asséner leur idéologie, pour la faire passer en surfant sur l'émotion (Il faut dire que les Faits et La Raison les tient en échecs): le mot d'ordre de ceux qui se prétendent plus européens que les autres...
a écrit le 22/03/2016 à 19:36 :
le processus de fin de l'Europe est enclenché , certains pays l'ont bien compris en fermant leurs frontières pendant qu'on nous sert des discours lénifiants sur le vivre ensemble
a écrit le 22/03/2016 à 19:08 :
Monsieur Cavada à entièrement raison et surtout le temps d'épurer fermons nos frontières Depuis 30 ans nous avons accepté une immigration fulgurante sans quota maintenant nous en acceptons les conséquences.
a écrit le 22/03/2016 à 18:18 :
Cette Europe la, NON MERCI. Votre "Patriot Act": NON MERCI. Vos traités contre l'avis des peuples: NON MERCI. Vous avez eu... (volez?) votre chance, vous avez échoué.
a écrit le 22/03/2016 à 16:33 :
Celui-là mélange la cause et les conséquences, faut bien justifier sa paie ..
a écrit le 18/11/2015 à 21:41 :
Devant ces événements tragiques, "j'en viendrais presque à remercier ces imbéciles et leur mentor", qui par leurs violentes stupidités nous permettent de revenir à un des fondamentaux de la construction de l'UE, celui de la solidarité entre les peuples de l'Europe que nous avions oublié ces temps derniers.
Ne perdons pas de vue que l'UE se construit sur la paix, la démocratie et la solidarité.
Réponse de le 19/11/2015 à 13:55 :
L'Europe aurait du se construire sur la paix, la démocratie et la solidarité. Ce qui a été fait s'est construit sur la concurrence, la finance et les tractations en coulisse.
a écrit le 18/11/2015 à 11:04 :
A écouter M. Jean-Marie Cavada, on se croirait revenus au beau temps de l'Union soviétique, où l'échec du communisme conduisait à conclure que si cela ne fonctionnait pas, c'est qu'il en fallait encore plus. Puisque l'expérience hasardeuse de l'Union européenne a démontré sa nocivité, il faut au contraire y mettre fin. Maintenant, on comprend que ceux qui en vivent, et en vivent bien, ne soient pas pressés d'arriver à cette conclusion.
Réponse de le 19/11/2015 à 17:00 :
Monsieur,

Vous en vivez vous-même,ne serait-ce que parceque l'économie de l'Union Européenne est prospère et la paix durable.
Réponse de le 28/11/2015 à 19:42 :
Ce n'est que quand le bonheur disparaît qu'on en prend conscience. Ce sera quand l'Europe aura éclaté sous la pression conjuguée de la bêtise et des égoïsmes nationaux que l'on se rendra compte à quel point ce projet était vital pour que nos valeurs démocratiques vivent. Lorsque nous nous retrouverons seuls, bien à l'abri de nos nouvelles lignes Maginot, assaillis par nos créanciers, ruinés, il ne nous restera plus qu'à aller pleurer sur les tombes de nos libertés et de notre prospérité perdues. Mais il sera trop tard.
Réponse de le 22/03/2016 à 19:54 :
Bien vu georges, bien vu ..
Réponse de le 23/03/2016 à 3:11 :
Ils à raison ? ???

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