Pourquoi il faut détruire le "veau d'or"

 |   |  540  mots
(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
L'argent n'est qu'un moyen mais encore faut-il veiller à ce qu'il ne nous gouverne pas.Ce qui est sale ce n'est pas l'argent, mais ceux qui l'instrumentalisent dans des directions dommageables, l'éloignant du bien commun. Par Bernard Devert, fondateur d'Habitat et Humanisme.

L'ancienne prison Saint Paul à Lyon est devenue un site d'ouverture pour abriter désormais l'Université Catholique, accueillant 10 000 étudiants. Dans ce cadre il m'a été donné, à l'invitation de Acteurs d'Economie, de participer avec Jean Peyrelevade, banquier, Roger-Paul Droit, philosophe, à une table ronde sur le thème l'argent est-il sale ?

L'argent sale, n'est-il pas celui de la fraude fiscale, des économies parallèles qui entretiennent et développent les addictions jusqu'à détruire ceux qui s'y adonnent.

Le vol peut être très sophistiqué

Jean Peyrelevade, agnostique, citait le Livre de l'humanité rappelant l'obligation de ne point voler, une sale façon de s'enrichir rapidement. Le vol peut être très sophistiqué tant sont nombreuses les façons de détourner de l'argent prenant la route de ces espaces, dénommés les paradis fiscaux.

Il est aussi un argent futile qui s'éloigne de l'argent fertile si nécessaire pour bâtir, innover, instruire, construire l'avenir. Ce qui est sale ce n'est pas l'argent, mais ceux qui l'instrumentalisent dans des directions dommageables, l'éloignant du bien commun.

L'argent est un marqueur social. Ne marque-t-il pas salement des quartiers - qu'on nomme avec beaucoup de pudeur, sensibles - De quelle sensibilité parle-t-on, si ce n'est de la violence que la ghettoïsation fomente pour enfermer l'avenir de ceux qui habitent ces lieux du ban.

La démesure de l'argent

Roger-Pol Droit appelait l'attention sur la démesure de l'argent qui enfle à un tel niveau qu'elle crée une accumulation des richesses se concentrant dans les même mains, alors que derrière le miroir, il y a l'accumulation des dettes si considérables qu'elles ne seront jamais remboursées.

L'argent est en conflit avec l'éthique quand il ne la met pas chaos, là où l'insatiabilité de l'avoir cause le naufrage des devoirs moraux. L'argent n'est qu'un moyen mais encore faut-il veiller à ce qu'il ne nous gouverne pas. L'argent est un mauvais maître mais un bon serviteur, nous rappelle Matthieu, l'évangéliste, qui n'en a pas manqué.

Quand les 500 premières sociétés américaines, cotées en bourse versent en 2014 à leurs actionnaires 95% de leur résultat ou rachètent leurs actions ‑ ce qui réduit le capital ‑ ne peut-on pas s'interroger sur le manque d'imagination pour investir en vue de nouvelles richesses.

Une fracture entre la société et l'entreprise

Les 1 000 milliards distribués répartissaient les résultats d'hier, mais quelle attention aux dividendes de demain. Un sale temps pour l'avenir.Ce constat fait apparaître une fracture entre la société et l'entreprise.

Les dividendes distribués répondent à la définition de la Société : se réunir en vue de partager les bénéfices, observant alors le vide juridique de l'entreprise alors qu'elle a des responsabilités infiniment plus importantes, plus longues que celles de la société.

L'argent n'a pas d'odeur. Il brille et parfois coule à flot jusqu'au bling-bling de la vulgarité mais l'argent peut aussi donner couleur à ces causes qui n'ont pas d'autres objectifs que le respect et la dignité de la personne.

 La question pour tous, et pour tous les temps, est de se battre contre la fascination du "veau d'or". Faute de le détruire, il nous détruit.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/10/2015 à 23:28 :
En fait, les C.E.O. des 500 plus grosses entreprises américaines sont a la solde des actionnaires "financiers" et ne sont plus des dirigeants chargés de développer mais plutôt de reverser un maximum de dividendes très rapidement. Ceci explique que les salariés soient devenus les variables d'ajustement permettant d'optimiser ces dividendes. Idem pour les paradis fiscaux.... Et le plus triste c'est que le France copie les USA de plus en plus !
Réponse de le 22/10/2015 à 23:57 :
Normal, les retraités par capitalisation ont placé leur argent dans des fonds de pension. Ils attendent en retour une rémunération la plus haute possible. Les fonds de pension ont ensuite investi dans ces entreprises. Ils veulent en tirer profit pour eux (frais de gestion, etc) + leurs clients. C'est à la fois d'une logique implacable et d'une immoralité évidente, car le K apital humain, les employés, qui produisent la valeur ajoutée, sont oubliés du partage de la richesse et doivent se contenter de peu, dans ce cas de figure.
Réponse de le 23/10/2015 à 6:38 :
Ben c'est surtout la faute des employés, car personne ne les force à travailler dans ces entreprises qui sont capitalisées dans des fonds de pensions. Y a aussi des milliers d'autres PME et PMI et meme très grosses boites, qui ne sont pas capitalisées par fonds de pensions et qui traitent mieux leurs employés...Tout est question de choix dans la vie.
a écrit le 22/10/2015 à 22:41 :
Le moyen qu'utilisent les quelques 1% des très puissants (ex: Bilderberg- groupe 300) pour obtenir ce qu'ils aiment bien plus que l'argent : le Pouvoir. L'argent n'est alors qu'un moyen à leur disposition pour asseoir ce pouvoir et manipuler le peuple. Le peuple échange sa liberté (salariat - assistance) contre une poignée de piécettes tous les mois, pour acheter son bol de riz, élever ses enfants, et avoir l'illusion de participer à la société.
a écrit le 22/10/2015 à 21:45 :
95 % reversés aux actionnaires c'est dire dans quel système confiscatoire on est! Le chiffre est effrayant et explique à lui pourquoi cela ne marche pas et que de gré ou de force cela va se gripper!
a écrit le 22/10/2015 à 18:16 :
Bonjour,
bravo pour l'article mais attention à ne pas alimenter les dérives sémantiques: ainsi de l'assimilation entre dirigeants d'entreprise et entreprise. Il n'y a pas fracture entre l'entreprise et la société, il y a fracture entre certains dirigeants et le bien commun comme très bien dit par Mr Devert.
Lire ou relire Comte-Sponville: le capitalisme est-il moral?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :