Régionales : Laurent Wauquiez vainqueur par KO ?

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Qui croit encore que Jean-Jack Queyranne, président sortant, fera obstacle au candidat des Républicains ? Les habitants d'Auvergne Rhône-Alpes peuvent se préparer à la prise de pouvoir d'une impressionnante « machine de guerre », dont la compétence politique est aussi incontestable que la personnalité est contestée.

En Auvergne Rhône-Alpes, le suspense de la course à la présidence s'estompe au fur et à mesure que l'échéance des 6 et 13 décembre se rapproche. La probabilité d'une réélection de Jean-Jack Queyranne décroît proportionnellement à la foi que lui-même y consacre. La résignation gagne du terrain sur l'opiniâtreté emblématique des vainqueurs, et en aparté ni son entourage ni lui-même n'exhortent à croire en un troisième mandat.

Les obstacles semblent en effet considérables. Ils sont exogènes - un contexte politique national hostile au pouvoir socialiste, une majorité de gauche atomisée -, ils sont surtout endogènes : une fracture abyssale avec la fédération socialiste du Rhône et la direction nationale du PS, une collaboration glacée avec la métropole lyonnaise, une vassalité aux écologistes locaux qui a empoisonné sa mandature, l'usure des temps personnel et politique, et quelques insuffisances ou incuries rédhibitoires - dette, dépenses de fonctionnement, « gestion » des sièges actuel et originel, management interne, scandale ERAI...

« Victime » de l'institution

Et pourtant, comme le reconnaissent nombre d'acteurs économiques, le bilan « réel » du président sortant est loin d'être aussi sombre. Au contraire même, comme en témoigne par exemple l'activisme en faveur des filières sectorielles, de l'économie sociale et solidaire, ou du financement des entreprises en difficulté ou en devenir. La possible sentence électorale tiendra donc moins à l'objectivation des arguments disqualifiants qu'à la difficulté, symptomatique de la fonction et de l'institution, de faire la démonstration de l'efficacité des politiques menées.

L'administration d'une commune est jugée sur des faits de proximité et ostensibles (dynamique entrepreneuriale, attractivité, implantations d'entreprises, urbanisme, démographie, rayonnement des établissements d'enseignement supérieur, etc.), celle d'un pays sur des critères universels et lisibles (croissance, emploi, réformes) ; celle d'une région en revanche souffre de lourds écueils - géographie incohérente, identité artificielle, domaines de compétences poreux et abscons, dilution de sa responsabilité dans un « jeu » d'intermédiations confusant - qui obstruent la visibilité de ses actions et donc de ses résultats, ces derniers étant finalement « réduits » à ce qui, sauf retournement improbable, devrait punir l'actuel président de Rhône-Alpes.

Quelle humanité ?

Surtout que face à lui a déboulé un formidable « animal politique », dont le sens, l'opportunisme et l'ambition consubstantiels avaient déjà permis d'évincer le candidat naturel Michel Barnier. La jeunesse, l'intelligence, l'énergie, la détermination, et le contexte national constituent des ressources auxquelles son adversaire ne peut opposer qu'une riposte partielle. Reste L'argument, qui a convaincu le président sortant d'aller au combat, ce même combat auquel il aurait sagement renoncé si l'ancien commissaire européen avait été désigné par l'UMP : la personnalité du député-maire du Puy-en-Velay.

Cette personnalité anathématisée parmi de proches collaborateurs, vilipendée au sein de sa formation politique, stigmatisée chez l'ensemble des formations centristes aujourd'hui officiellement ralliées, redoutée par ceux que la douloureuse rupture d'avec son « père spirituel » Jacques Barrot a blessés. Sa réputation antagonique, écartelée sur un large spectre où les incontestables qualités font face aux soupçons d'instrumentalisation, d'infidélité, de rapacité, d'arrivisme, de sectarisme, d'extrémisme idéologique et même d'amoralité, place Laurent Wauquiez, s'il est élu, face à un chantier tout aussi gigantesque que le mariage puis la bonne gestion puis la dynamisation des régions Auvergne Rhône-Alpes : celui de son humanité d'Homme.

Sanctuariser l'intérêt général

Ses aptitudes sont de toute évidence calibrées pour cornaquer la future grande région des compétences, de la rigueur, de l'organisation, de la culture du résultat que réclame l'accomplissement du titanesque enjeu. Mais les décideurs économiques et chefs d'entreprise aujourd'hui méfiants à son endroit le martèlent : ces dispositions sont certes déterminantes, mais celle de fédérer, celle de transcender les logiques partisanes, celle de réveiller sans cliver et de mobiliser sans ostraciser, celle de privilégier la coopération aux réflexes idéologiques et l'enjeu local à la stratégie politique personnelle, bref celle de sanctuariser l'intérêt général - du territoire entrepreneurial, associatif, social, etc. - le sont au moins autant.

Quel visage ?

Laurent Wauquiez a raison de conditionner son devenir élyséen au bilan de son (possible) mandat régional, et l'aréopage décisionnel a tout aussi raison d'estimer que le laboratoire régional constituera une vitrine fondamentale lorsque le jeune quadragénaire jugera le « moment national » arrivé. Mais, pour servir de diplôme lors d'une bataille présidentielle hexagonale, ce bilan et ce laboratoire - dont par ailleurs résulteront l'avènement ou l'inhumation d'une identité régionale tant espérée - ne pourront être confinés au seul verdict comptable. Le « visage » - c'est-à-dire la « réalité humaine » de cette remarquable « machine » intellectuelle et politique - qu'il aura ciselé et exposé du Cantal à la Haute-Savoie, participera tout autant à la légitimité et à la crédibilité de son ambition ultime.

« Qu'on me juge sur pièces ! »

A lui, si bien sûr il triomphe le 13 décembre, de saisir l'opportunité. Et sans attendre, qu'il en dévoile les premières manifestations. Et par exemple qu'il amarre volontairement sa « prospère » (si l'on en juge le bilan qu'il dresse de son mandat d'édile) ville du Puy au réseau des communes candidates à l'accueil des 24 000 réfugiés politiques des pays dévastés par la guerre civile et Daech. Ce serait un éclat fort, et une première lézarde dans les certitudes contemptrices de ses détracteurs. Sollicité au moment de conclure ces lignes, il refusait de s'exprimer. Conviction personnelle, attentisme stratégique, abdication face à la « haute autorité » des Républicains, ou simple impondérable de circonstance bientôt réparé : les prochaines semaines donneront un sens à ce silence. Et une première indication sur une « humanité » que personne n'a le droit de mettre en doute a priori mais dont tout le monde attend une franche démonstration. « Qu'on me juge sur pièces ! », invite-t-il dans l'entretien à paraître dans ces colonnes le 24 septembre. Cela commence dès maintenant.

A lire cette semaine sur notre site :

  • Mercredi 23 septembre : Enquête dans les milieux économiques sur « l'accueil » que les décideurs et chefs d'entreprise réservent à Laurent Wauquiez.
  • Jeudi 24 septembre : « Non, je ne suis pas sectaire ». Entretien avec Laurent Wauquiez

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Commentaires
a écrit le 28/09/2015 à 8:55 :
Vous parlez d'un Jean-Jack Queyranne "vassalisé" par les écologistes. Cette expression m'a choqué autant qu'elle me paraît totalement infondée.
Choqué car elle accrédite l'idée d'un majorité de circonstance au sein de la gauche régionale en Rhône Alpes. Une majorité où les équilibres se joueraient en rapports de force entre un suzerain PS et des vassaux EELV, Front de Gauche et Radicaux. Ce que vous dénoncez n'est pas tant cette vassalisation de la politique mais l'inversion des rôles au sein de cette majorité. Lorsque les suzerains deviennent eux mêmes vassaux...
Cette vision est simpliste et caricaturale. Une majorité régionale se construit sur la base d'un scrutin proportionnel et amène à des compromis entre les diverses composantes de cette majorité. Tout le monde semble avoir oublié le poids de ces diverses composantes issu du scrutin de 2010 : sur 156 élus régionaux 52 PS/PRG, 36 EELV, 11 FDG. Fonder et mettre en œuvre un projet régional cohérent et pertinent avec une telle pluralité nécessite, pendant plus de 5 ans, une forte intelligence collective, faite d'ambitions partagées, de compromis, de compréhension mutuelle. C'est tout simplement une exigence démocratique.
Plus de 95% des votes des élus régionaux de mandat ont été obtenus avec la totalité des voix de la majorité de gauche. Si le bilan de ce mandat est bon, notamment économique comme je le lis sous votre plume, c'est aussi parce qu'il a été porté par des élus aux sensibilités diverses, touchant les grandes entreprises autant que les petites. L'innovation sociale autant que l'innovation technologique, la croissance autant que la transition écologique.
J'en ai personnellement marre de ces caricatures idiotes de la majorité actuelle autant que des écologistes. Pour un dossier ERAI ou un conflit Roybon, combien de réussites économiques en Rhône Alpes, avec notamment l'apport des écologistes ? Les ayatollahs ne sont pas ceux que l'ont croit et ceux qui voient des suzerains et des vassaux condamnent les élus à n'être que des guignols !
Avec 10 à 20% des voix qui leur seraient créditées fin 2015, les écologistes représentent une part importante des aspirations des Rhonalpins à une société plus durable, solidaire et prospère. Cette part est indispensable pour constituer une nouvelle majorité de gauche en Rhône Alpes. Nous n'en serons ni les vassaux, ni les suzerains mais bien les co-animateurs !
Cyril Kretzschmar, conseille régional EELV, délégué à la nouvelle économie, nouveaux emplois, artisanat, et à l'économie sociale et solidaire
a écrit le 23/09/2015 à 18:43 :
Le bilan de Queyranne est bel et bien contestable. Il faut entendre le personnel, regarder les flêchages budgétaires, les subventions aux copains, etc. L'élection ne se jouera certes pas à Lyon et dans la métropole uniquement, il n'en reste pas moins que les électeurs ne sont pas dupes et ont surement quelques souvenirs en travers de la gorge, pour ne citer que le siège de région hors de prix. Ces décisions composent aussi le bilan de Queyranne, il en est responsable et devra l'assumer.
a écrit le 22/09/2015 à 20:02 :
Laurent Wauquiez, élu du Puy, est une bonne nouvelle ds le bon tempo. Après 30 ans de tropisme à l'est en Rhône Alpes, le tps est venu du réequilibrage ouest. Le contrepoids métropolitain Clermont/St Etienne doit s'en saisir. Le rayonnement de Lyon, sensé bénéfique à tous, se lie à la cohésion de sa future région. L'image du trimaran s'impose pour un maillage efficace. Axe Rhôdanien au centre flanqué est de l'arc alpin Grenoble/Genève et ouest du tandem St Etienne/Clermont. Solidement arrimées (infrastructures), les 3 coques formeront alors la gde région UE espérée.
a écrit le 22/09/2015 à 19:18 :
L'auteur gagnerait a sortir de lyon avant de juger le président sortant ko
Il y a une vie en dehors de la métropole et des humeurs de la fédération PS du Rhône.
12 départements + 1 métropole : c'est 13 campagnes et 13 scrutins avec à chaque fois des dynamiques différentes qui viennent compléter/accompagner la campagne régionale et "l'ambiance" nationale.
La presse magazine lyonnaise (Lyon Capital, Lyon Mag, Tribune de Lyon) s'intoxique, se copie et se pâme devant le "jeune" Wauquiez qui n'a que son énergie à vendre et cache ses vieilles idées et ses vieux candidats (Marleix, Hortefeux, ...)
Souvenez vous déjà en 2004, vous donniez Queyranne perdant face à Comparini et Gaymard
Certes EELV et le PG s'emploie à savonner la planche, mais l'histoire politique n'est jamais écrite.

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