Chômage : a-t-on vraiment tout essayé ?

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(Crédits : D.R)
Le rapport Combrexelle prône davantage d'accords d'entreprise et de branche. C'est, semble-t-il, l'une des dernières armes du gouvernement pour inverser la courbe du chômage. Mais n'existe-t-il pas d'autres solutions, basées sur un changement de mentalités et sur l'instauration de quelques nouvelles pratiques ? Voici quelques pistes de réflexion.Par Cyril Capel, directeur associé de CCLD Recrutement

Malgré les politiques successives menées pour inverser la courbe du chômage, celui-ci ne cesse d'augmenter, affectant tout particulièrement les personnes les moins qualifiées, avec une prédilection pour les jeunes et les seniors. Sans prétendre détenir un quelconque remède face à ce fléau, en tant que spécialiste du recrutement, il me semble qu'une évolution en profondeur des mentalités, associée à l'instauration de quelques nouvelles pratiques pourraient contribuer à redynamiser le marché du travail.

  • Orienter et former les personnes vers les métiers les plus porteurs

Il existe des métiers et secteurs d'activités qui représentent des gisements d'emploi abondants et durables. Ainsi, plusieurs dizaines de milliers de postes de commerciaux, sont à pourvoir chaque année. Il existe dans le bâtiment et l'industrie des métiers qui se trouvent constamment en tension, tels que la plomberie, la menuiserie, la chaudronnerie...Dans la distribution, les enseignes éprouvent de réelles difficultés à recruter des professionnels des métiers de bouche. Et le secteur des services à la personne, appelé à se développer de plus en plus au fil des années, fait face à une pénurie de candidats.

Il est urgent de redonner leurs lettres de noblesse à ces métiers, de les promouvoir dès le plus jeune âge, de proposer des formations d'excellence dans ces domaines et de revaloriser l'apprentissage. Mais pour cela, toutes les parties prenantes doivent se mobiliser : enseignants, parents d'élèves, syndicats et associations interprofessionnelles, intermédiaires de l'emploi, ...

  • Booster la mobilité géographique

Certains territoires offrent de réelles perspectives d'emploi liées à la présence d'un bassin industriel spécifique, mais peinent à attirer les candidats. S'il est du ressort de ces territoires de jouer la carte de l'attractivité en développant une offre d'équipements et d'infrastructures adaptée, il est nécessaire de lever parallèlement les freins qui entravent la mobilité géographique des salariés.

La difficulté et le coût pour retrouver un logement sont l'une des principales raisons pour lesquelles les ménages rechignent à changer de région pour un motif professionnel. Si les aides à la mobilité se généralisent auprès des cadres, il est temps pour les entreprises, avec l'aide des collectivités, de les étendre à tous les salariés.

  • Innover dans les méthodes de recrutement

De trop nombreux recruteurs continuent de placer les diplômes et l'expérience des candidats au premier rang de leurs critères de sélection. Pourtant, en accordant une plus grande importance au potentiel des candidats, à leur savoir-être et à leurs aspirations, les employeurs saisissent souvent l'opportunité de recruter des profils beaucoup plus impliqués et motivés, et donnent une meilleure chance de trouver un emploi à des candidats ne répondant pas aux critères habituellement recherchés.

Les méthodes d'évaluation telles que l'assessment center, basées sur des exercices de mise en situation, des tests de personnalités qui s'appuient principalement sur les compétences comportementales des candidats devraient être plus largement déployées.

Mon expérience ne cesse de me montrer les vertus de cette approche innovante, génératrice de « mariages » beaucoup plus fructueux et durables entre la personne recrutée et son employeur.

  • Aller chercher les publics les plus éloignés de l'emploi

Il est nécessaire d'aller au-devant de ces personnes pour leur redonner le désir de travailler et de s'inscrire dans une dynamique de réinsertion sociale. Ces démarches existent et produisent des résultats, à l'instar de l'entreprise Nes & Cité, (Vaulx en Velin), qui va à la rencontre des personnes dans les quartiers pour les inciter à se rendre aux forums de recrutement qu'elle organise (Job&Cité) en partenariat avec des entreprises qui s'engagent à proposer des postes et à recevoir en entretien tous les candidats qui le souhaitent. De telles initiatives mériteraient d'être reproduites à grande échelle, sur l'ensemble de notre territoire.

  • Aider les salariés à se préparer aux métiers de demain

Au-delà de leur propre politique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, les entreprises, quelle que soit leur taille,  devraient être en capacité de guider leurs salariés dans leurs choix de formation, afin que ceux-ci acquièrent tout au long de leur parcours des compétences adaptées aux métiers émergents ou porteurs, au sein ou à l'extérieur de l'entreprise.

  • Insuffler de la flexibilité dans les contrats de travail

L'instauration d'un contrat unique à durée indéterminée, avec une période d'essai de 6 mois quel que soit le niveau de qualification du poste, offrirait un double avantage : donner au salarié le temps de faire ses preuves, ce qui n'est pas le cas dans le cadre de CDD ou de contrats d'intérim toujours plus courts, et offrir plus de souplesse à l'employeur qui ne dispose pas toujours de la visibilité suffisante pour s'engager au-delà de 1 ou 3 mois de période d'essai.

  • Maintenir les demandeurs d'emploi dans un environnement actif

Plus longtemps un demandeur d'emploi est inactif, plus il lui est difficile de retrouver du travail. Afin de permettre à celui-ci de rester connecté au monde des actifs, il serait pertinent, en parallèle au temps consacré à sa recherche d'emploi, de le mobiliser quelques jours par mois sur une mission bénévole au service de la collectivité.

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Commentaires
a écrit le 12/09/2015 à 0:43 :
Au bout de trois mois, un chômeur est détruit psychologiquement. Au bout d'un an, il est en mode survie : il ne s'agit plus de trouver un emploi, mais à manger et un toit. Il se sent totalement abandonné par la société. On omet souvent ce point : l'état psychologique du chômeur. Et pour cette raison on commet d'énormes gaffes. Parce qu'une personne qui a envoyé en vain plus de 300 CV va être totalement démotivée à continuer. C'est même pire que cela ; sa vision du monde change, et de nouvelles idées viennent en elle. L'idée que tout ne marche que par piston. Que les recruteurs sont fous. Qu'il n'y aura pas d'issue.

J'ai été un an au chômage. On n'en ressort pas indemne. Je continue de porter une barbe et une coupe de sans-abri. Je n'ai pas l'impression de travailler. Je n'ai plus aucune confiance en quoi que ce soit. Toutes mes certitudes ont été déboulonnées. Et si mon patron ou quiconque venait à me crier dessus, je le frapperai, car le lien hiérarchique se dissout totalement suite à une telle expérience. Vous ne pouvez plus avoir de chef.

Ce qui m'a sauvé ? Faire du bénévolat. De ma propre initiative. Mais quand t'es pas payé, t'es libre. Il faut inciter à faire du bénévolat, pas contraindre.
Il y a trop de choses à changer pour inverser le chômage. Pour un recruteur lucide et réaliste, combien sont encore ancrés dans leurs principes désuets ? De dire que si le mec a pas bossé depuis longtemps, c'est qu'il pourra pas retravailler et donc, qu'il faut pas l'embaucher ? Moi, j'ai été que 1 an. J'en ai connu, ça faisait 8, 15 ans. On ne peut plus les faire revenir. Parce que reprendre un travail, ce serait pour eux un trop grand choc de vie. C'est comme pour les Sdf : à un stade, même si vous donnez les clés d'un appartement gratuit à vie, ils vont refuser parce que leur vie, leurs habitudes, c'est la rue.
Les métiers "en tension", vous savez ils recrutent pas plus que ça des gens non-formés et sans expérience. Ils prendront toujours celui qui en a le plus, et ce sera jamais vous, parce qu'il y a 45 candidats par poste. J'ai eu l'occasion de voir l'envers de l'endroit que vous voyez. Ce serait peut-être constructif de discuter vous et moi. Je suis pas recruteur ; mais j'ai été recruté par quelqu'un comme vous, et aujourd'hui il m'a dit : je suis en difficulté, j'ai personne pour faire tel truc urgent. J'ai dit : je vais y aller, ne te tracasse pas, c'est en dehors des horaires, on s'en fout. L'avantage du chômage, c'est que perdant toute notion du temps, tu ne travailles plus au temps, mais au travail qui doit être fait. Officiellement aux 35h, en réalité je n'ai aucune idée de ma charge de travail. Je fais ce qu'il faut faire et je pars quand c'est fait.

Trop de travailleurs ont un état d'esprit CDI, une mentalité de pas vouloir faire ce pour quoi ils sont payés. Dès qu'ils passent en CDI, ça devient les vacances. Moi, j'étais en CDI avant mon chômage, et en essai CDD avant ; et j'ai strictement rien changé entre les deux : la qualité reste la même, on se repose pas sur ses lauriers.

Du reste, il faudrait apprendre aux gens à créer leur entreprise. C'est plus risqué d'être son propre patron, mais tellement plus libre, et plus motivant aussi. Dangereux, aussi, mais c'est peut-être ça qui donne la volonté.
a écrit le 11/09/2015 à 9:32 :
Très bonne tribune. C'est bien d'avoir des textes d'acteurs en première ligne sur les sujets qu'ils abordent. Cela offre une vision des leviers pratiques sur lesquels il faudrait appuyer d'avantage, et dénote de certaines envolées lyriques qui ne semblent avoir pour valeur que de faire mousser leur auteur ou de détruire nos gouvernants. Bien à vous.
a écrit le 11/09/2015 à 0:25 :
Ne fait-on pas dans les ateliers nationaux avec des emplois nuls à faire des trous puis les reboucher alors que la valeur ajoutée industrielle est plus faible que nos voisins. On fait des ménages et des rues sales?
On est à la démocratie on fait ce qu'on veut, on fait la fête dans les palais à fabriquer le chômage, le fait du prince?
a écrit le 10/09/2015 à 23:56 :
Pour le chômage, on trouve que celui des jeunes a augmenté depuis le début de la dernière législature, les boomers sont-ils des bourreaux de jeunes ? L’Europe du Sud fume l’humanité dans le chômage, y fait-on un championnat de dictateurs chômagistes et la baisse du PIB comme la consommation des ménages depuis la crise. Que fait l’Etat, existe-t-il une politique de brimade de la consommation et de suicides alors qu’on publie des données doubles de nos voisins. L’être humain est-il égal aux animaux, à quand des mariages avec les chèvres ? Fait-on dans l’ostalgie avec des régimes type est allemand prétendument démocratiques avec des stasis et des persécutions type antisémites ? Les pays du Sud ont-ils de mauvais chrétiens qui seraient partisans de la paresse d’Etat à 604h par habitant ? Fait-on dans l’empereur du Sud qui fait du chômage et baisser la consommation ? Le PIB n’est-il pas de la magie sortie d’un chapeau, de l’humanisme de grosse commission et des paroleux de palais ? Nous ferions du déficit sans croissance, le contraire des allemands avec une balance négative. Le chômagisme et la baisse du niveau de vie est-il un modèle mondial ? Le vieillissement ne montre-t-il pas que les boomers empêchent les jeunes d’accéder à la vie active alors qu’on aurait 61% de diplômés chômeurs. La relance américaine n’est-elle pas plus efficace que la relance européenne ? Les exportations en Europe ont mis deux ans avant de retrouver le niveau d’avant crise contre un an seulement aux usa. N’avons-nous pas des problèmes de compétences ? Pour la croissance, l’Etat relancerait, l’Allemagne ne fait-elle pas une meilleure relance, double de la France avec un pib par tête plus élevé, que fait l’Etat alors qu’il y aurait un classement 27ème en compétitivité ?
L'Europe ne sent-elle pas mauvais le chômage?
a écrit le 10/09/2015 à 23:44 :
Bien sûr que non , puisqu'on n'a pas testé le travail payé une misère, que faciliteraient pourtant les travailleurs déplacés , les migrants de tout poil en mal de survie , et les miséreux errants de la planète. Il reste de la marge pour éradiquer l'assistanat des autochtones rétifs à être plus mal payés.
a écrit le 10/09/2015 à 19:04 :
La crise du logement locatif, le coût des transactions achat / revente, les taxes sur plus-values s'il faut aussi se séparer d'une résidence secondaire, sont telles que la mobilité est devenue inaccessible. Pour le reste, ces idées sont bonnes. Toutefois, une Education Nationale éloignée de l'entreprise, voire revêche à cette notion, est bien mal placée pour "orienter".
a écrit le 10/09/2015 à 17:29 :
BLA BLA BLA ! encore ! changer les mentalités c'est très difficile et de plus aucune volonté politique pour que cela change!

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