La professionnalisation de la politique est-elle un danger pour la démocratie ?

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(Crédits : DR)
Les responsables politiques courageux dont nous avons dans l'urgence-besoin sont ceux qui prennent les décisions, en acceptant de se mettre en danger eux-mêmes et de mettre en danger leur carrière politique. Faire une carrière politique, c'est privilégier un parcours individuel et pour le réussir dans la durée, substituer la politisation à la politique contre l'intérêt général.

A notre tour faisons un rêve, ou rêvons un peu....mais que la réalité nous rattrape vite. Rêvons que quelques femmes et hommes politiques courageux soient décidés à prendre les décisions difficiles, voire très difficiles et les assument dans la durée comme aucun autre ne l'a fait jusqu'ici. Pour notre pays, la France.

Se mettre en danger pour son pays

Parce que les responsables politiques courageux dont nous avons impérativement- et dans l'urgence-besoin sont ceux qui prennent les décisions quand il y a danger imminent ou à terme pour leur pays, pour leurs concitoyens, en acceptant de se mettre en danger eux-mêmes et évidemment mettre en danger leur carrière politique.

Ce sont ceux qui brisent ce premier tabou, cette incohérence, cette incongruité, cette incompatibilité en politique : faire de la politique et faire une carrière politique.

Chacun sait que faire de la politique, c'est faire des choix majeurs de société qui entrainent des conséquences, impactent la vie de nos concitoyens. C'est se mettre en danger(s), ne serait-ce que ceux de l'incompréhension et de l'impopularité.

Faire une carrière politique, c'est privilégier un parcours individuel

Et faire une carrière politique, c'est privilégier un parcours individuel et, pour le réussir dans la durée, substituer en permanence et irrémédiablement la politisation à la politique.

Rêvons d'une équipe de femmes et d'hommes politiques qui annonceraient une fois élus qu'ils sont résolus à prendre les décisions cruciales, vitales, et les appliquer dans la durée en avançant déterminés, résistant aux influences corporatistes, sur un chemin de clarté , et d'impopularité sans retour politique pour eux-mêmes. Accepter de se « carboniser », comme l'on dit aujourd'hui.

Verrouillage de l'intérieur

Rêvons qu'ils s'attaqueraient aux sujets intouchables, ces acquis de l'immobilisme moderne revendiqués et syndiqués, « ce verrouillage de l'intérieur » : le code du travail en surpoids pour une vraie et juste flexisécurité, une fiscalité mieux répartie avec une participation justifiée de la finance, une réduction drastique des dépenses publiques en baissant les coûts de fonctionnement : effectifs, communication, déplacements, études de toutes sortes... et en maintenant les investissements pour conserver l'emploi des entreprises ,et plus particulièrement les plus petites et les artisans qui en vivent, en général, sans faste.

En rompant avec l'assistanat/ chômage en le liant avec non pas le droit mais le devoir de formation, et en le liant aussi directement avec le retour à l'emploi, en décentralisant le système de santé pour l'aider à s'affranchir de ses lourdeurs organisationnelles, et en s'attaquant, à ce qu'aucun responsable politique n'a osé faire jusqu'à présent, au statut de la fonction publique qui marchande la protection de l'emploi contre des salaires minorés, inscrits dans la durée...

Croire que c'est possible

Rêvons que ces femmes et ces hommes existent, qu'ils peuvent se regrouper et se mettre en danger pour leur pays, pour nous. Nous leur donnerons le droit, ou ils le prendront, de s'angoisser pour tout ce qu'ils décident, pour tout ce qu'ils font en se demandant s'ils ont raison ou tort, parce qu'ils agissent ou contribuent à un projet national au-delà de l'exercice personnel du pouvoir, parce ce qu'ils croient que c'est possible et, d'une certaine manière, parce qu'ils croient aux miracles.

Et que ceux qui pensent ou croient que c'est la promotion des idées de droite réfléchissent et que ceux qui pensent que c'est un renoncement aux idées de gauche le fassent aussi. Pour passer au-dessus. Ce serait un miracle ou c'est un rêve.

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Commentaires
a écrit le 07/09/2015 à 18:24 :
Merci pour cet article, c'est précisément pour permettre de dépasser la professionalisation de la politique que l'initiative democratech a été lancée: https://democratech.co
a écrit le 07/09/2015 à 18:19 :
Cher Marc Grivel, Cela fait longtemps que, sans grands discours, j'ai pu vous apprécier. Merci pour cette prise de position. A ma façon j'entends bien œuvrer pour que le moins mauvais des politiciens ose "se carboniser" pour, s'il est élu, engager sans faiblir notre pays sur la voie d'un redressement responsable.
a écrit le 05/09/2015 à 8:00 :
je ne partage pas cette vision libérale du courage politique. A mon avis le courage politique n'a rien à voir avec une carrière politique, expression qui devrait être bannie. Faire de la politique c'est se mettre à un moment de sa vie au service de l'intérêt général. Le vrai courage politique c'est donc de penser, d'exprimer et d'agir au service de ses concitoyens. On peut le faire sans être élu, c'est ce que l'on appelle le militantisme, ou avec un mandat d'élu politique confié par le peuple ou une partie de celui-ci, on détient alors une partie de pouvoir pour décider au nom de l'intérêt général. Le courage politique s'apprécie au regard de deux données : respecter en toute circonstance le mandat confié donc ses engagements, en résistant aux lobbies et à la pression médiatique, et quand on s'est trompé savoir le reconnaitre et se retirer en toute clarté. Dans la période de "crises" que nous vivons, les causes de celle-ci découlent pour l'essentiel de choix pris, contraires à l'intérêt général, sous la pression des lobbies. Ainsi la crise sociale provient du refus de reconnaitre qu'il y a une crise de la demande par insuffisance d'emploi et de pouvoir d'achat, le courage politique c'est de reconnaitre cette crise de la demande et d'agir en conséquence afin d'en finir avec une pauvreté grandissante d'un côté et l'accumulation de richesses de l'autre. Le courage politique c'est de mettre fin à l'assistanat des entreprises qui dure depuis 30 ans sans aucun résultat positif pour notre peuple et notre pays, au contraire c'est ce qui les enfonce dans la spirale du déclin. Nous pourrions prendre de multiples exemples dans la réalité d'aujourd'hui, nous arriverions à la même évidence. A moins d'inventer des réalités qui n'existent pas pour mieux tenter de faire prendre des vessies pour des lanternes à nos concitoyens. Ce n'est plus du courage politique mais de la lâcheté politique!

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