La gauche est complètement hors-sol

Par Michel Wieviorka, sociologue, directeur d’études à l’EHESS.  |   |  757  mots
(Crédits : Hamilton/Rea)
Cette rentrée confirme que le système politique, à gauche, est sinistré. Mais les acteurs qui animent la bulle politico-médiatique préfèrent se vautrer dans l'analyse des calculs souvent piteux, plutôt que d'amorcer la réflexion nécessaire pour préparer l'avenir à moyen terme.

La gauche en France est hors-sol, et le spectacle politique qu'elle donne pour cette rentrée n'est pas encourageant. C'est d'abord l'attelage du PS et d'EELV qui prend l'eau, en même temps que ces deux partis s'affaiblissent : en faisant couple avec lui, François Mitterrand avait su faire son affaire du déclin du parti communiste, François Hollande semble faire la sienne de la déstructuration de l'écologie politique.

Une décomposition désormais avancée

Le PS en effet, ou ce qu'il en reste après les échecs électoraux qui ont ponctué le quinquennat présidentiel en cours, semble devoir avancer tout seul ou presque vers la prochaine échéance, les élections régionales. Il faut beaucoup de culot pour voir là l'annonce d'une montée en puissance pour un pouvoir débarrassé ou presque des écolos d'EELV - des « verts » qui pour leur part ont tout fait ces dernières années pour rendre inévitable une décomposition désormais avancée, et qu'est venue signifier clairement le départ misérable du député François de Rugy puis du sénateur Jean-Vincent Placé. Il n'est en effet pas difficile d'imaginer que des candidatures des débris d'EELV aux régionales, par exemple dans la nouvelle région Nord, ne peuvent qu'hypothéquer sérieusement les chances du PS, pour ces élections, et qu'un scénario comparable (un candidat écologiste) pourrait être envisagé pour la présidentielle de 2017.

Le système politique, à gauche, est sinistré

Dès lors, on croit rêver quand le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis évoque une « belle alliance populaire » et « un immense peuple de gauche qui attend l'espoir, le rassemblement, le combat pour la France ... ». Mais comment promouvoir une telle alliance alors qu'EELV est maintenant dynamité et que ce qui reste de capacité militante au sein du PS est divisé, ne serait-ce qu'entre tenants d'un social-libéralisme plus libéral que social, et frondeurs anti-austérité ?

Le système politique, à gauche, est sinistré, et nous avons besoin d'une réflexion en profondeur d'une part pour tenter d'y remédier, et d'autre part pour préparer l'avenir à moyen terme. Mais que constatons-nous ? Que les acteurs qui animent la bulle politico-médiatique préfèrent se vautrer dans l'analyse des calculs souvent piteux qui seraient au cœur des jeux politiques aujourd'hui, au point de s'intéresser, par exemple, à la façon dont Manuel Valls préparerait la présidentielle... de 2022. Comme si de tels calculs, de tels jeux pouvaient entretenir un quelconque rapport avec les attentes d'une population qui voudrait d'abord des réponses à quelques grandes questions, économiques (l'emploi, le revenu) ou culturelles (la place de la religion par exemple).

Impréparation pour 2017

La pensée magique, celle qui annonce régulièrement le retour, comme par enchantement, de la croissance et l'inversion de la courbe du chômage se combine dans les discours politiques de ou sur la gauche avec des supputations politiciennes, et un peu de langue de bois et de rhétorique anti-FN font le reste pour laisser entendre qu'une préparation réelle est en cours dans la perspective de 2017. Mais il n'en est rien !

Déjà, en 2012, les programmes et projets de la gauche étaient insuffisants, et se sont vite révélés inadaptés, en tous cas s'il s'agit de l'action gouvernementale qui a été mise en place. Et aujourd'hui, à gauche, la crédibilité du pouvoir et de ses soutiens s'affaiblit en même temps que se perd le rapport à la vie intellectuelle, au point qu'on ne perçoit plus la moindre réflexion programmatique, ni l'image d'une vision, d'une colonne vertébrale, ou d'une capacité à s'en doter.

Organiser des primaires ouvertes

Il est encore temps, pour le pouvoir et les leaders socialistes, de prendre des initiatives. Elles pourraient être de deux sortes. D'une part, malgré tous les obstacles que soulève une telle hypothèse, d'annoncer des primaires largement ouvertes qui pourraient redonner le goût du débat d'idées et conférer une légitimité maximale au vainqueur -qui pourrait d'ailleurs être François Hollande. Et d'autre part, de témoigner d'un minimum d'intérêt pour la vie des idées, de préparer sur le fond les échéances à venir en mobilisant ceux dont la fonction est précisément d'animer ou de préparer cette vie, là aussi très largement, en redonnant confiance aux enseignants, aux chercheurs, aux étudiants, en leur témoignant d'un estime et d'une confiance accrues.