Grèce : l'accord proposé par l'Europe ne réglerait rien

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Après une négociation dure, les autorités européennes et le gouvernement grec ne sont pas parvenus à un accord sur, d'une part de nouveaux prêts de l'Europe à la Grèce lui permettant de rembourser les prêts ou obligations venant à échéance, d'autre part un nouvel ensemble de mesures de réduction du déficit public de la Grèce. Le gouvernement grec a choisi d'organiser un referendum sur les propositions de l'Europe, et l'Eurogroupe d'arrêter son plan d'aide. Mais sur le fond, l'accord proposé par l'UE, n'aurait rien réglé et même aggravé la situation. Par Patrick Artus Chef économiste, membre du comité exécutif de Natixis.

Cet accord permettrait à la Grèce de faire face à toutes les échéances de sa dette jusqu'en juillet 2016 : l'Europe aurait donc gagné un an de « tranquillité » financière. Mais, comme c'est le cas depuis 2009, cet accord aggraverait la situation de la Grèce ; il entraînerait une nouvelle compression de la demande intérieure, et découragerait les investissements des entreprises domestiques et étrangères, d'où une nouvelle détérioration de la solvabilité budgétaire de la Grèce et un nouveau recul de sa croissance potentielle. Il faudrait arrêter de simplement vouloir gagner du temps, et commencer à réfléchir à une sortie durable et intelligente de la crise grecque.

Il faut arrêter de jouer la montre

La Grèce, si elle avait signé cet accord, aurait donc à peu près complétement cédé aux demandes de l'Europe : elle aurait accepté d'augmenter ses taux de TVA (en ne maintenant à 6% que les médicaments et la culture), y compris sur l'hôtellerie et la restauration ; de faire disparaître en 3 ans à partir de 2016 les retraites anticipées et de réduire les retraites complémentaires les plus élevées ; d'augmenter les taux de cotisations retraite à la fois des employeurs et des salariés (de 2 points de chaque côté) ; d'accroître provisoirement (pendant 2 ans) le taux d'imposition des profits des entreprises aux profits les plus élevés de 12 points ; d'accroître le taux d'imposition directe des ménages les plus aisés ; de réduire ses dépenses militaires.

Le problème aurait été repoussé d'un an

En échange, l'Europe aurait prêté à la Grèce les sommes nécessaires au remboursement de ses dettes vis-à-vis du FMI, de l'Europe, de ses dettes obligataires. Si l'Europe avait débloqué le reliquat du second plan d'aide à la Grèce (7 milliards d'euros) et du plan de recapitalisation des banques (10 milliards d'euros), la Grèce aurait pu rembourser toutes ses dettes tombant à échéance jusqu'à l'été 2016.

Le problème aurait donc été repoussé d'un an, ce qui aurait été immédiatement salué par les marchés financiers de la zone euro. Mais cet accord aurait-il vraiment été une bonne nouvelle ?

La contraction de l'économie grecque au cœur du sujet

Le problème central de la Grèce aujourd'hui est la contraction de son économie : la croissance potentielle est négative, l'immigration est forte, l'investissement des entreprises est déprimé. L'industrie est de très petite taille et continue à se contracter, ce qui implique que, malgré la baisse du coût du travail, les exportations ou l'investissement n'ont pas redémarré avec la petite taille et la faiblesse du secteur qui pourrait profiter d'une compétitivité forte ; seul le secteur du tourisme a profité de la baisse des coûts salariaux.

Si rien ne change, la perspective pour la Grèce est donc la poursuite de la baisse du revenu, de la hausse du chômage, de la dégradation de la solvabilité budgétaire avec une croissance et une inflation négatives.

L'accord avec les institutions européennes aurait encore aggravé encore cette situation : la hausse de la TVA et la baisse des retraites déprimeraient la demande intérieure ; la hausse de la taxation des profits et des cotisations sociales des entreprises décourageraient encore plus l'investissement des entreprises, domestiques ou étrangères.

Dans la situation aurait été pire

Dans un an, lorsqu'il aurait fallu à nouveau prêter à la Grèce pour qu'elle continue à rembourser ses prêts à échéances, la situation économique et budgétaire de la Grèce aurait été encore pire que celle d'aujourd'hui, et la négociation de ce fait, encore plus dure et difficile qu'aujourd'hui.

Il faudrait aider la Grèce à retrouver une croissance potentielle (de long terme) suffisante, ce qui nécessite un fort redressement de l'investissement des entreprises, une modernisation du capital pour redresser la production. Il faudrait donc créer les conditions pour que l'attractivité de la Grèce pour les investissements progresse considérablement : création de zones franches avec une pression fiscale très faible, identification des secteurs d'activité sur lesquels la Grèce a des avantages comparatifs et qui sont sous-développés aujourd'hui (en plus du tourisme probablement énergies renouvelables, agroalimentaire, biens de consommation, services aux entreprises et services financiers), et investissements européens dans les entreprises de ces secteurs, soutien à la formation aux emplois de ces secteurs, alors qu'aujourd'hui ces secteurs régressent.

L'Europe prête à un pays insolvable

L'accord discuté depuis plusieurs semaines entre la Grèce et l'Europe, une fois de plus, comme depuis 2009, éviterait simplement à court terme une crise financière sans rien régler des problèmes économiques structurels de la Grèce. L'Europe, comme depuis le début, prête plus à un pays insolvable.

L'Europe continue à prétendre que, à long terme, la Grèce pourra finalement rembourser ses dettes et continue à refuser de les alléger davantage (au-delà des 105 milliards de défaut sur les dettes détenues par le secteur privé en 2012 et la baisse des taux d'intérêt sur les prêts publics à la Grèce).

En réalité, la situation économique et la solvabilité budgétaire de la Grèce vont continuer à se dégrader, tant que le rétablissement d'un modèle de croissance solide en Grèce ne sera pas l'objet central des discussions entre la Grèce et l'Europe.

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