Halte à l'ubérisation sauvage

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(Crédits : Saby Manvielle)
UberPop est la face émergée de l'iceberg d'une nouvelle façon de consommer qui bouleverse notre rapport au service, au travail et à la qualification. Mais Uber, loin d'être vertueux, est un modèle économique de régression, dont le consommateur sera au final, le grand perdant. L’État doit agir pour mettre en place une vraie économie collaborative équitable dans le respect du droit. Les artisans, qui ne craignent pas la juste concurrence, y sont prêts. Par Alain Audouard, président de la Chambre des métiers et de l'artisanat du Rhône.

Nous devons nous poser la question de l'avenir de l'artisanat, car la crise que traversent nos entreprises n'est pas seulement une crise, mais en réalité une modification profonde du monde dans lequel nous vivons. Aujourd'hui nos entreprises sont malmenées et s'il y a quelques signes encourageants de reprise, l'activité ne reprendra pas comme avant 2008, car le monde a profondément changé, les causes de mutation sont identifiées et sont nombreuses. Le développement de l'économie collaborative et le développement de l'économie numérique à vitesse grand V, remettent en cause l'équilibre de nos systèmes sociaux et économiques.

On assiste à une « Ubérisation » de la société !

UberPop, service de réservation en ligne d'un particulier chauffeur occasionnel, est la face émergée de l'iceberg d'une nouvelle façon de consommer qui bouleverse notre rapport au service, au travail et à la qualification. Après Uber pour les transports, Airbnb pour l'hôtellerie, une plate-forme se propose de gérer les coiffeurs ! Et bientôt de nouvelles applications mobiles pour appeler qui ? Un particulier plombier occasionnel, un particulier garagiste occasionnel... Voire un particulier médecin occasionnel ?

L'inventivité des concepteurs de plates-formes numériques n'épargne aucun métier, tant l'aventure est lucrative. Les grandes entreprises du numérique Google, Amazon, Apple... possèdent des moyens marketing extrêmement puissants, mais aussi avec des conditions d'exercice qui dépassent nos frontières, nos impôts, nos charges sociales, etc.

L'État doit agir

Toutes les entreprises traditionnelles, créatrices d'emploi en France, sont prises en otage par ces plates-formes digitales basées à l'étranger, aux effets néfastes sur notre économie et notre société, puisqu'elle s'affranchissent des réglés et échappe à notre système fiscal .

Les Chambres de métiers lancent un appel à réagir pour que le modèle économique de demain soit une économie collaborative équitable. Dans le respect du droit français, de l'intérêt de l'État et le respect des métiers de l'artisanat. Les artisans, qui ne craignent pas la juste concurrence, y sont prêts.

Nous demandons à l'État de rétablir l'équité :

  • soit en organisant sans délai la récupération des taxes sur ces plates-formes off-shore sauvages très lucratives
  • soit en supprimant les charges pour tous ceux qui créent de l'activité économique.

Un modèle économique de régression

Nos entreprises artisanales ne peuvent pas rester les seules à subir tous ces prélèvements alors que des pans entiers de notre économie s'affranchissent partiellement ou en totalité de ces règles. Cette évolution vers une économie numérique est inéluctable, et s'il est de notre devoir d'aider les artisans à s'adapter à ces nouveaux paradigmes, une rénovation de notre système social et fiscal est indispensable sous peine de voir exploser notre modèle de société issu de 1945.

Si on laisse faire, tous les artisans risquent de devenir les nouveaux esclaves de ces plates-formes, de perdre la maîtrise du prix de leur travail et d'être concurrencés par des intermittents à la qualification invérifiable ou encore des travailleurs clandestins. Ces plates-formes sont en réalité des multinationales puissantes qui contournent les cotisations sociales et fiscales et utilisent une armada de juristes pour y échapper .

Racket sur le produit du travail

Les sites internet valorisent le prix et le délai et non le prix en rapport avec la qualité du travail effectué. Ce sont des intermédiaires. Le modèle des plates-formes, c'est le prix ajusté sur leurs marges, la rapidité sans la sécurité et l'anonymat sans responsabilité, le contournement des réglementations et des taxes. Les gagnants de la guerre des prix sur internet seront toujours les multinationales qui imposeront leur loi à une armée d'intermittents.

Ces nouveaux systèmes ne créent pas de nouveaux emplois sinon précaires, imposent au client un modèle de consommation irresponsable. C'est le recul du salariat, la prolifération du travail clandestin, la précarisation de millions de Français. Les ressources de l'État s'effondreront et les petites entreprises locales seront définitivement asphyxiées par les charges.

Roulette russe

Sans oublier que le consommateur joue à la roulette russe. Premier coup, le client paie moins cher. Deuxième coup, il n'a pas de recours en cas de litige ou d'accident. Troisième coup, ses cotisations sociales explosent, car l'État est spolié. Quatrième coup, les métiers traditionnels disparaissent. Cinquième coup, ses enfants sont des intermittents de l'économie. Le sixième coup est pour lui, il a oublié le recul

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Commentaires
a écrit le 26/06/2015 à 13:12 :
Bien sûr c'est mieux de rester coincé ! Elle est belle la France ...
Réponse de le 26/06/2015 à 17:59 :
@Tony
Si vous ne voyez pas que sans impôts, sans cotisations sociales vous n'aurez plus de Services Publics, plus de Sécurité Sociale, plus de Police, plus de Justice, plus d'entretien des routes etc....c'est que vous n'avez pas 2 sous de "jugeotte", vos propos sont irresponsables. Oui, elle est belle la France et elle doit le rester.
a écrit le 26/06/2015 à 10:21 :
Mais de quoi parle-t-on avec l'Uberisation de la société? De Sociétés Internet qui "normalisent" le travail au noir. Pour les taxis c'est la double peine: un métier "réglementer" contre un travail non-réglementer et au noir en plus! Un peu comme si un étudiant vous proposiez des services en droit, sans être avocat et sans déclarer son activité au RSI, ni aux impôts... Un peu comme si un médecin indien venait pratiquer la médecine en France sans avoir fait valider ses diplômes et sans rien déclarer à l'ordre des médecins, ni communiquer ses revenus au RSI et aux impôts.
Pour info je bosse dans la high-tech et je ne vois absolument pas ce que ces sociétés "dites collaboratives" apportent en valeur-ajoutée à notre société hormis de contourner de façon ouverte des lois (travail réglementé), des devoirs (déclarer toute activité auprès des chambres de commerces, et organismes publiques, déclaration de revenus) et le paiement des taxes obligatoires (charges sociales, TVA, IRPP/IS,...).
Je pense sincèrement que le temps de ces sociétés est compté; les états ne vont pas laisser des milliards de charges et d'impôts leur échapper. Sans compter que cela affaiblit les entreprises en place. Et même si ces sociétés sont basées aux US, leurs "employés" ne peuvent se soustraire aux règles fiscales et sociales française: tout travail effectuer en France est taxable en France. L'exception est la TVA lorsque le service rendu est immatériel (licenses, consulting, ...) et que le preneur est hors de l'Union Européenne. Cela ne concerne donc pas les activités collaboratives dans leur grande majorité.
a écrit le 26/06/2015 à 10:14 :
Certes, il faut donc inventer un modèle d'économie de proximité, collaborative mais responsable
L'avenir est promis à la région, cultivons ce jardin au niveau européen pour faire face aux géants américains ou asiatiques
La mondialisation n'est pas un fléau mais un vecteur d'inventions éco, cultivons et partageons nos racines historiques et culturelles européennes
Que naissent des lobys de consommateurs ET d'entrepreneurs ET de financiers !
a écrit le 26/06/2015 à 9:52 :
Ah c est comme les hoteliers qui pleurent apres booking.com mais qui ont prefere depenser leur argent en lobbying (par ex pour la TVA reduite) qu en investissant dans une plateforme qui aurait fait concurrence a booking. et évidemment, une fois que c est fait, on vient pleurer dans les jupes de maman etat pour avoir des subventions et une protection...

Les taxis ont creuse eux meme leur tombe. En voulant limiter leur nombre afin de vendre leur plaque au prix fort, ils ont fait que le service est execrable (jamais la et cher). et maintenant que la concurrence arrivent, ils cassent tout afin que l etat preserve leur rente de situation. Certes ils ne sont pas les seuls a faire ca (les majors du disque ont obtenu l hadopi de Sarkozy et la FNSEA a l habitude de remplir de purin les sous prefectures pour avoir touzjours plus de subventions)

Mais il y a un momnet ou ca doit s arreter. les moines copistes ont disparut. les chauffeurs de fiacres aussi. bye bye les taxis ...
a écrit le 26/06/2015 à 8:22 :
mais pourquoi ne lance t ils pas eux même une plateforme de service pour les plombiers?

Avec notation par le client de la qualité des prestations...
Et la notation par les prestataires de la qualité des clients.

Non, je demande a papa Hollande de me protéger.
Réponse de le 26/06/2015 à 10:06 :
D accord avec vous........sauf que ce n est pas une raison pour ne pas trier dans les services propose par les plateformes mondiales........ Ne vous leurrez pas, UBER, amazone et Google sont devenus des prédateurs et leur objectif est de capter l essentiel da la valider de production de bien et de services...... Au détriments de ceux qui produisent réellement..... Aux USA? UBER veut faire passer sa commission de 25 à 30%...... Même choses chez booking.com.....etc....il est donc nécessaires que artisanat et entreprises de services....réagissent et se fédèrent pour se moderniser
Réponse de le 26/06/2015 à 12:58 :
"Non, je demande a papa Hollande de me protéger."
si le contrat social à la Rousseau n'est pas votre affaire, retournez donc dans la jungle. renseignez vous sur le notion de sécurité régalienne , rien n'est gratuit ;-)
Réponse de le 26/06/2015 à 14:03 :
Ha ! la Notation !
Rien de plus manipulable.
a écrit le 25/06/2015 à 22:58 :
Et surtout, n'hésitez pas à vous inscrire dans la grande corporation du : le libéralisme, c'est pour les autres.
Rejoignez les artisans, chauffeurs de taxis, notaires, agriculteurs, médecins, etc...qui trouvent normal d'acheter des vêtements au Vietnam, mais qui ne sont pas prêts de se mettre à la concurrence, même interne.
Je n'ose même pas penser de ce que dirait ce Monsieur si des ouvriers faisaient la même chose pour défendre leur emploi contre des importations en provenance des Philippines.
Où si on lui interdisait d'acheter sa grosse berline allemande ?
a écrit le 25/06/2015 à 20:54 :
Soutien aux taxis.
Ne vous laissez pas faire,au delà de défendre vos intérêts,la noblesse de votre combat servira espérons le,à faire barrage à tout ces vautours soutenu par des pigeons.
Les français en bon moutons qu'ils sont se jettent dans la gueule du loup une fois de plus.
Société de salariés à la botte du CAC 40 qui attends les soldes.
a écrit le 25/06/2015 à 19:38 :
Il est sérieux Alain ?

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