FIFA : quelle gouvernance pour demain ?

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(Crédits : DR)
Après le scandale qui a ébranlé la FIFA, les prochains dirigeants du football mondial seraient bien inspirés de prendre exemple sur les bonnes pratiques qui encadrent la gouvernance et la RSE des grandes entreprises. Par Sylvie Le Damany, avocat associé au sein du cabinet Fidal, responsable du pole "Gouvernance des entreprises et prévention des risques".

Le monde du football professionnel vient d'être atteint très sérieusement par des faits de corruption qui auraient été commis au plus haut de l'échelle de l'organisation internationale. La gouvernance de la FIFA et des nombreuses organisations qui gravitent tout autour est montrée du doigt.

Se pose, entre autres, la question du contrôle de la FIFA et de ses dirigeants, sans oublier les fédérations locales et autres organismes satellites. Il s'agit d'un milieu très fermé avec des dirigeants qui sont au cœur de flux financiers qui se chiffrent en centaines de millions de dollars. Qui dirige ces structures et qui les contrôle ? Il est difficile de comprendre les règles et modes de fonctionnement. La transparence ne semble pas être une priorité.

S'inspirer de la gouvernance des entreprises

Le monde du football professionnel semble avoir échappé aux bonnes pratiques internationales qui encadrent les entreprises en matière de gouvernance, de contrôle interne et de gestion des risques ...

Depuis 2002, suite au scandale ENRON qui a éclaté aux Etats Unis, les sociétés cotées ont été amenées à revoir leur mode de gouvernance sur pression des législateurs et des parties prenantes. Le phénomène est alors international (USA, Europe et Asie) et se fait grandissant. Face à ce mouvement, qui prend de l'ampleur notamment en matière de lutte contre la corruption, de violation des droits de l'homme ou de RSE, que se passe-t-il dans le secteur du football professionnel où les enjeux financiers sont très importants ?

Pourquoi ces règles de vigilance et bonnes pratiques en matière de RSE, suivies depuis longtemps par un grand nombre d' entreprises, ne sont-elles pas exigées et appliquées lorsqu'il s'agit d'organiser des évènements sportifs internationaux qui sont des vitrines rêvées pour rappeler que le sport doit prôner des comportements éthiques ?

Et le respect des droits de l'homme ?

Le pays qui est l'heureux élu d'un événement tel que la Coupe du monde de football, ne devrait-il pas s'engager à respecter un strict cahier des charges intégrant le respect de droits fondamentaux, sous peine d'être sanctionné ? Autrement dit, le football, qui permet de rassembler de nombreuses communautés du monde entier, ne devrait-il pas jouer un rôle moteur dans le combat de la corruption et des violations des droits de l'homme

Ainsi, la Coupe du monde de football ne devrait-elle pas être organisée dans le respect de règles et de normes fondamentales tels que les droits de l'homme ou les règles fondamentales de l'OIT ? Celles-ci s'imposent aux grandes entreprises. En France, il est même question de créer un devoir de vigilance pour celles-ci, vis-à-vis de leurs fournisseurs et prestataires, en réaction à l'effondrement du Rana Plaza au Bangladesh lequel a entraîné la mort de 350 personnes qui travaillaient indirectement pour des multinationales de l'industrie du textile.

Pourquoi ces règles de vigilance et bonnes pratiques en matière de RSE, suivies depuis longtemps par un grand nombre d' entreprises, ne sont-elles pas exigées et appliquées lorsqu'il s'agit d'organiser des évènements sportifs internationaux qui sont des vitrines rêvées pour rappeler que le sport doit prôner des comportements éthiques ?

Le pays qui est l'heureux élu d'un événement tel que la Coupe du monde de football, ne devrait-il pas s'engager à respecter un strict cahier des charges intégrant le respect de droits fondamentaux, sous peine d'être sanctionné ? Autrement dit, le football, qui permet de rassembler de nombreuses communautés du monde entier, ne devrait-il pas jouer un rôle moteur dans le combat de la corruption et des violations des droits de l'homme ?

Des pistes d'amélioration

Des chantiers importants sont à ouvrir par le futur Président de la FIFA en matière de gouvernance et d 'éthique. Quelques pistes d'amélioration en vue de réformer la gouvernance de la FIFA et des entités pivots en lien avec l'organisation :

  • audit des pratiques de gouvernance et des flux financiers.
  • réorganisation des instances, des pouvoirs de contrôle, d'administration et de gestion.
  • introduction significative d'administrateurs indépendants au sein des organes d'administration (Independent & Non Executive Directors).
  • introduction d'une plus grande diversité des profils au sein des organes.d'administration et de contrôle, issus de secteurs divers, avec une présence plus forte de femmes au sein des organes de direction et de contrôle.
  • mise en place de « Compliance » programmes (anti corruption, RSE ...) et de dispositifs de whistleblowing (procédure d'alerte professionnelle mise en place au sein d'une organisation destinée à faire remonter vers des « gardiens du temple » les délits et manquements graves révélés notamment en matière de corruption).

Nombreux sont ceux qui veulent faire bouger les lignes dans un secteur jugé trop replié sur lui-même.

Les sponsors et les joueurs ont un rôle à jouer.

Les sponsors, qui sont de grands groupes internationaux, sont soumis à des règles de plus en plus contraignantes en matière de gouvernance et d'éthique. Ces entreprises sponsors, qui doivent mettre en place des bonnes pratiques et rendre compte sur le respect des règles (Comply or Explain), commencent à réagir. Leur nom ne peut pas être associé à des évènements sportifs qui cacheraient des faits frauduleux.

Si l'exemple doit venir du haut, les joueurs doivent également se faire entendre pour faire évoluer les pratiques. Ils sont des modèles pour de nombreux jeunes et supporters.

Il y a urgence !

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Commentaires
a écrit le 23/06/2015 à 15:42 :
1) La FIFA n'est pas une entreprise mais une association. Les règlements économiques qui régentent les entreprises ne concernent donc pas la FIFA.
2) J'ai sauté le couplet gnangnan sur les droits de l'homme. Personne ne les respecte, ni les grandes entreprises, ni les états occidentaux. Dès qu'il s'agit de faire du business, tout le monde s'assoie dessus : pourquoi cela serait différent pour la FIFA au juste ?
3) Malgré les évènements récent, ni Coca, ni VISA, ..., n'ont remis en cause leur partenariat avec la FIFA. Alors votre théorie sur les bonnes pratiques...
4) Je suis déçu, je m'attendais à un article réclament une femme à la tête de la FIFA. Les commentaires auraient été beaucoup plus amusant, et le nombre de click plus conséquent !

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