Cette réforme ne sauvera pas le collège

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(Crédits : DR)
La réforme du collège, censée intervenir à la rentrée 2016, procède sans nul doute de constats avérés, celui d'un système éducatif qui ne va pas bien. Le collège est cet endroit stratégique où tout se joue, or cette réforme conduirait à aggraver sa situation et à amoindrir les chances des élèves. Par Alain Morvan, ancien recteur de l'Académie de Lyon.

Ce n'est pas chose facile, pour un ancien fonctionnaire d'autorité, qui plus est partisan du Président de la République, d'assumer une position de protestataire. Pourtant, lorsque l'essentiel est en cause, et que cet essentiel-là touche à ce qu'il y a de plus sacré, le silence est impossible. Ceux qui m'ont vu passer comme recteur à Clermont-Ferrand, à Amiens, à Lyon enfin, savent que je me suis toujours exprimé avec la conviction d'un moine-soldat du service public et, en tout premier lieu de l'Éducation nationale. C'est au nom de cette mystique que je m'exprime aujourd'hui.

Une réforme qui décrédibilise le collège public

Le malheur veut que les projets retenus, qui doivent beaucoup à une symbolique libertaire et étroitement égalitariste, aient toute chance de décrédibiliser le collège public. Des structures qui n'ont rien de socialement sélectif, comme les Trissotins de la grisaille pédagogiste veulent le faire croire, seraient mises en pièces. Ainsi des sections européennes. Je suis un des recteurs qui en ont créé le plus - et bien des professeurs et chefs d'établissement se le rappellent. J'ai eu la fierté de voir à l'œuvre leur capacité d'entraînement pour les élèves, pour les équipes enseignantes.

Elles créent du succès scolaire sans - il n'est pas honnête de prétendre le contraire - engendrer la moindre relégation scolaire ou sociale pour ceux qui n'en bénéficient pas. Elles ne prennent rien à personne, sinon un peu d'argent. Et elles ont eu le mérite exaltant d'offrir un second souffle à des langues culturellement et économiquement essentielles comme l'allemand, si menacé dans notre système scolaire que seule une politique volontariste (voire protectionniste) peut lui donner sa chance. Or le ministère de l'Éducation nationale décide de faire disparaître ces sections européennes. Sans que la moindre justification pédagogique ni théorique ne soit à ce jour avancée.

L'enseignement est un ensemble complexe

Les classes bilingues anglais-allemand risquent de faire les frais de la même logique d'arasement, tant on les rend dépendantes de la pratique de l'allemand à l'école primaire, où chacun sait qu'elle est malheureusement infinitésimale ou presque, faute d'enseignants formés, faute de moyens aussi.

L'enseignement est un ensemble complexe, fragile, où le sort des structures ne peut être dissocié de celui des disciplines. L'Enseignement Pratique Interdisciplinaire, cet EPI déjà tristement célèbre, procède d'une intention louable, mais qui se fracasse sur la réalité des faits et des horaires. Pour les mettre sur pied, il faut rogner sur les disciplines. Et c'est ainsi que la langue latine, dont il est permis d'espérer qu'on puisse la défendre sans passer pour un fossile culturel, est sacrifiée. Une heure en classe de 5ème ! Autant dire rien. Écoutons ceux qui enseignent les langues anciennes et faisons-leur la grâce de croire qu'ils ne plaident pas pour des intérêts particuliers.

Une lourde faute contre l'esprit

Quel EPI sur l'antiquité, si astucieusement conçu soit-il, va en effet permettre ce contact d'abord rugueux, mais richement dépaysant et directement ouvert sur un exotisme et un mystère que les jeunes affectionnent presque tous, qu'est le premier contact d'une langue qu'on doit s'approprier ? Ne tuons pas le Champollion amateur qui sommeille chez bien des collégiens ! D'autant qu'il a ainsi la chance de cultiver son esprit d'analyse et de toucher du doigt ces invariants, ces universaux qui structurent nos civilisations. Rayer tout cela d'un trait de plume est une lourde faute contre l'esprit. Le résultat sera nécessairement un acquis culturel encore amputé, alors que tant de censeurs nous reprochent de former des élèves qui ne savent rien. Et relisons Klemperer, pour comprendre comment le rétrécissement de la conscience linguistique soutient le rétrécissement de la conscience tout court.

Je ne parle pas des programmes d'histoire et de géographie, car je crois comprendre que sur ce point au moins le Conseil dit Supérieur des Programmes a été prié de revoir sa peu glorieuse copie. Espérons que les bévues les plus criantes, comme celle qui consiste à passer les Lumières à la trappe, seront corrigées. Il est vrai qu'elles aussi ont une fâcheuse vocation à affûter l'esprit critique. Qu'on ne me dise pas que c'est là ce qu'on leur reproche!

Des intentions minorées

Sans tomber dans le procès d'intention, le discours des thuriféraires de la réforme du collège inquiète quant aux intentions qui président à celle-ci. Il est en effet des concepts qu'ils minorent ou qu'ils taisent. Leur souci de ne voir aucune tête dépasser, leur acharnement à produire, au besoin au prix d'un coup de force contre la nation et contre l'esprit, une école « bienveillante » (comme si l'apprentissage des savoirs et de la vie devait n'être qu'une longue berceuse) se traduit par une suspicion constante envers les disciplines, envers l'appel au courage, au travail et à l'effort.

Ce n'est pas vouloir faire du collège un camp de redressement ou un pensionnat à la Dickens que de rappeler que l'école est aussi une invitation au dépassement de soi, un lieu privilégié où l'excellence ne rejette pas les faibles, mais les engage à se hisser au niveau requis, un défi exaltant que l'on se lance jour après jour à soi-même. Qu'on cesse ce prêchi-prêcha infantilisant consistant à dénoncer je ne sais quel « entre-soi » dont bénéficieraient les bons élèves issus de je ne sais quelle bourgeoisie. Le propre du collège républicain doit être de reconnaître l'effort et le mérite comme seuls déterminants.

Sophisme de première grandeur

Un dernier mot. Pourquoi l'honnêteté intellectuelle serait-elle facultative dans ce débat si lourd de conséquences ? Pourquoi tant d'agressivité idéologique consistant à dire : puisque M. Sarkozy et Mme Le Pen sont contre la réforme, il faut que celle-ci soit bonne. Donc tous ceux qui la critiquent sont inspirés par la droite. C'est là un sophisme de première grandeur. La seule morale qui compte est ici celle de l'intérêt général, et je n'ai aucun scrupule - vraiment aucun - à me trouver en cette circonstance aux côtés d'esprits aussi différents que François Bayrou, Jack Lang, Alain Juppé, Julien Dray, Aurélie Filipetti ou Régis Debray.

 

 

                                                       

                                                     
 

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Commentaires
a écrit le 21/05/2015 à 10:07 :
Bonjour,
La suppression des classes bilangues est une grave erreur. La légitimation au travers d'une justice sociale est une ineptie. Je suis désespéré de voire notre formation être nivelée par le bas. Notre économie a cruellement besoin d'intelligence, notre industrie est celle de la connaissance, non pas de l'uniformisation.
Gardons à l'esprit que nous avons emprunté notre monde à nos enfants, et nous leur devons de le leur transmettre en bon état.
a écrit le 20/05/2015 à 13:01 :
Avant de discutailler de broutilles intéressons nous au problème de l'enseignement des maths, du français, de l'histoire et de l'anglais !!!L'enseignement de l'histoire me choque terriblement car cette matière est enseignée par bribes et de manière complètement désordonnée . Si les enfants suivaient un cursus progressif, construit qui suive une chronologie, ils auraient des repères temporels pour comprendre l'histoire et la retenir!.... Si les enfants apprenaient des règles courtes de 2 minutes ( à la maison) et passaient leur temps scolaire à appliquer ces règles alors on aurait peut être des enfants qui comprennent et retiennent ce qu'ils font... et si on avait des enseignants qui faisaient des propositions au lieu de manifester (comme ils l'ont fait pendant des décennies) contre un président qu'ils ont majoritairement élu et qui avait prévenu qu'il ferait ce qu'il a fait (tap) alors les choses pourraient peut être s'améliorer.
a écrit le 19/05/2015 à 21:55 :
- proposer aux collégiens de se syndiquer dès la 6ème.
- offrir aux élèves la possibilité de défiler pendant les cours interdisciplinaires
- ouvrir les cantines aux entreprises
- augmenter les heures d'arts plastiques
- proposer un passeport conversion pour les élèves qui ne sont ni musulman ni chrétien ni bouddhiste, ...
a écrit le 19/05/2015 à 17:54 :
Pour le collège alors qu’on abêtit la France Si on devient aussi bête que les fonctionnaires feignants, les salariés précaires font sauter la verrue publique alors qu’on fait des chômeurs et qu’on défiscalise les fortunes. Ce qui fait une petite révolution alors qu’on nous sert le crétinisme administré. Les profs précaires ont moins d’échelons que les fonctionnaires, on appelle cela justice ? Ne fait on pas dans le mENArque bête ? Sur qui on tire, les jeunes ou les ménages alors qu'on fait des niches? On peut imaginer un programme d'indemnisation, depuis les poilus ou bien une cervelle pourrie d'âne bête au plafond? On fait dans le régime sans droits…
Sur la croissance, n’aurait-on pas un petit dysfonctionnement. On entend deux sons de cloches pour les impôts et la relance par l’Etat… c’est pour rendre les français zinzins ou bien zozo ? On fait un zoo social ou bien un cirque d’idiots ?
Seulement tout le monde n’a pas les mêmes échelons ou des retraites avantagées à 1 cotisé, 3 de pension !
a écrit le 19/05/2015 à 17:08 :
Mettre en place un enseignement pratique interdisciplinaire peut être une idée à expérimenter. Mais pas en sabrant dans les langues vivantes ou mortes, ou l'Histoire. Il suffirait de mettre fin à la baisse sans fin des heures d'enseignement depuis un siècle, d'en inverser la courbe. Créons donc 3 heures hebdomadaires d'EPI qui viendront s'ajouter aux horaires existants. Pour les moyens, les prendre dans les 60.000 embauches du programmes Hollande 2012, dont on ne sait où elles sont.
a écrit le 19/05/2015 à 16:15 :
Arrétons de défendre à bras le corps le latine et le grec !!!! deux langues mortes qui ne sont plus utilisées que à certain domaine biologique ou historique.
Donnons plus d'heure à la langue française qui permettront aux profs d'enseignés certaine éthymologie pendant le cours.
Apprenons à nos enfants dés la maternelle deux langues car ils absorbent énomément de connaisances à cette age la.
Arrétez de critiquer la volonté d'indépendance de chaque établissement car eux seuls peuvent coller au mieux des réalités du terrain.
Et enfin pour l'histoire, il ne sert a rien d'apprendre des longues files de dates sans contexte. j'ai regarder les derniers films sur la seconde guerre mondiale qui étaient beaucoup plus parlant que mes cours d'histoire!!!! Dans cette matière la, apprenons l'esprit critique et le débat posé sur certains évenements historique !!!
Le problème de l'enrolement des jeunes dans l'EI est qu'il n'ont aucun esprit critique et ne peuvent donc pas se défendre contre ces propos sectaire.
Profs arrétez par pitié votre esprit conservateur, le collège actuel ne fonctionne pas!!!! Il faut tester de nouvelles manières et imiter nos pays voisins!!!

(Désolé pour les éventuelles fautes d'orthographe, je n'ai pas fait de latin et cela à bouleversé ma vie professionnel :) )
Réponse de le 19/05/2015 à 19:20 :
Aller, pardon... Au cas où vous l'auriez repérée...
Réponse de le 24/05/2015 à 9:37 :
Nico je fais pas de fautes d'orthographe car j'ai etudie le latin ca m'a beaucoup aide. D'autre part sauf si on enseigne cette matiere entre autre que ce soit l'histoire,la geo,l'economie,la trigonometrie etc je ne vois pas en quoi ces matieres m'aident dans ma vie professionelle.Par contre je trouve que c'est un peu abusif de faire tout ca dans une reforme car une fois arrives au lycee il y aura beaucoup d'eleves qui abandonneront certaines matieres pour se specialiser dans d'autres.C'est vrai le college donne des bases communes a tous maintenant c'est aux enfants d'apprendre car plus on avance plus l'education recule et ce n'est pas cette reforme qui va la faire avancer au contraire.Quand j'etais au college nos programmes etaient complets maintenant ils sont alleges alors ?????
a écrit le 19/05/2015 à 15:33 :
Une fois de plus, là où on a besoin d'arguments on n'a qu'une enfilade de formules boursouflées( Une lourde faute contre l'esprit, Sophisme de première grandeur...) Un système scolaire dont un fleuron produit un discours aussi superficiel mérite d'être réformé d'urgence.
a écrit le 19/05/2015 à 13:53 :
Il faudrait qu'on nous explique le bug de l'allemand !! la france ne traite plus exclusivement ou presque avec l'allemagne depuis bien longtemps déjà!! les classes bilingues sont une excellente chose à généraliser avec anglais/ chinois/ espagnol / arabe dés le PRIMAIRE . Le jour ou nos enfants maîtriseront l'anglais + 1 autre langue parfaitement alors ils seront sauvés! mais l'allemand??? et pourquoi pas allemand latin grec puisqu'on y est????
Réponse de le 19/05/2015 à 15:32 :
L'Allemagne reste notre premier partenaire économique. La France exporte 5 fois plus vers l'Allemagne que vers la Chine et importe 2 fois plus. Inutile de parler des pays arabes ou de l'Amérique du Sud qui ne représentent pas grand chose dans notre balance commerciale.
En terme économique, les 3 langues essentielles pour notre économie actuelle sont l'anglais, l'allemand et le français.
Réponse de le 19/05/2015 à 15:39 :
+1 cette defense de l'allemand frole le ridicule. Qui dans le monde apprend l'allemand a part les francais?
Réponse de le 19/05/2015 à 19:03 :
Qui apprend l'allemand ? Eh bien en particulier les Espagnols ! Les Instituts Goethe sont plein depuis la crise ! Merkel est même allée en Espagne leur dire qu'il y avait des emplois pour les gens qualifiés. L'Allemand est la 4ème langue la plus apprise dans le monde. Même en Amérique du Sud, le nombre de germanistes augmente. renseignez-vous auprès de l'ADEAF, ils ont tous les chifres.
a écrit le 19/05/2015 à 12:16 :
Il est temps pour le gouvernement de parler des nouvelles taxes.
La réforme du collège est emballée. Elle sera votée que le SNES, le SGEG, la TRA, le BCG et la DMZ défilent ou pas.
La majorité des parents s'en moquent éperdument. Quant aux élèves, ils veulent des vêtements de marque, des iphones, des iwatch, des cours de ski ou d'auto. Le latin, l'allemand ?? Que le prof de latin mixe son cours en parlant allemand, ils n'écoutent pas.
a écrit le 19/05/2015 à 11:46 :
- en 6eme : etre capable de répondre à l'appel des organisations syndicales en débrayant, acquérir une conscience humaniste en diffusant les tracts des partis politiques "progressistes", être capable de naviguer sur internet pour plus tard adhérer en ligne aux organisations syndicales....

-en 5ème : s'engager activement à la vie de la cité en se syndiquant, faire vivre des blogs écologistes avec pour thème le refus du diesel, le refus du sans plomb, le refus du fioul, le refus du kérosène, le refus du nucleaire, le refus des énergies fossiles, le refus ...

-en 4ème : apprendre aux jeunes à s'opposer, contester en tout lieu, tout temps en étudiant les grands conflits syndicaux du 20ème siècle, acquérir des notions sur les impôts et les taxes qu'ils devront s'acquitter plus tard, réfléchir à la création de nouveaux impôts et de nouvelles taxes, penser à l'Europe sur le thème des Impots et des taxes, s'opposer violemment aux forces de l'ordre lors des procédures d'arrestation. Connaitre les vainqueurs de la coupe d'Europe de football. Déveloper ses sens en étudiant les spectacles de Jamel Debouzze, la mélodie avec les titres de la Sexion d'Assaut et l'écriture artistique avec les tags.

-en 3eme : apprendre à créer sa structure associative liée aux thèmes de la lutte contre le racisme, de l'écologie et de la justice sociale. Étudier le modèle de fonctionnement d'une société créative et juste comme la RDA. Connaitre la TIPP, la TVA, la redevance télé, le tarifs des contraventions. Apprendre à Twitter, Facebooker, Instagrammer sa vie à tout moment. Connaitre les gagnants de la Star Academy, de Secret Story et du Loft Story.


Des projets interdisciplinaires :
- les grandes figures politiques socialistes et communistes au lendemain de la seconde guerre mondiale avec le portrait d'un résistant de la 1ère heure : le camarade Thorez
- l'atrocité de la colonisation en étudiant les atrocités de la présence anglaise en Rhodésie et la transition vers une société forte et juste par le President Mugabe au Zimbabwe
- l'étude des textes du journal l'Humanité dans les années 1970
- les célébrités françaises et le cinéma en ex-RDA
- l'economie Ukrainienne et l'extraction des énergies fossiles en Europe de l'Est dans les années 1980
- Cuba : des travers du système capitaliste au modèle d'une société accueillante et prospère sous Castro
a écrit le 18/05/2015 à 19:00 :
L'aspect interdisciplinaire de la réforme est excellent. Il faudra qu'il se conjugue avec une formation attractive des langues. Pas la formation qui aujourd'hui empeche les gamins de parelr c'est ca le plus important ! Le latin l'allemand c'est bien mais emmener plus de jeunes vers les compétences me parait un enjeu plus important pour notre société.

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