L'interdiction des bâches publicitaires, un texte suicidaire

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Julien Aguettant, directeur de la société Premium Media XL
Julien Aguettant, directeur de la société Premium Media XL (Crédits : Andrea Aubert)
Le vote d'un amendement pour interdire les bâches publicitaires sur les monuments classés est un texte suicidaire qui aura pour conséquence d'affaiblir les entreprises de rénovation et du bâtiment ainsi que notre patrimoine national. Par Julien Aguettant, directeur de la société Premium Media XL.

Jeudi 19 mars, dans la soirée, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture un
amendement pour interdire les bâches publicitaires sur les monuments classés, et ce dans le cadre du projet de loi sur la biodiversité. Seuls 28 députés étaient présents ce soir-là sur 577, pour un projet dont on peut se demander ce qu'il vient faire dans un texte relatif à la biodiversité ; loi adoptée également en seconde lecture ce mardi 24 mars.

Les bâches, une opportunité pour les propriétaires

Ce dernier vise à interdire les bâches sur échafaudage finançant les travaux de
restauration, qui seraient positionnées sur des monuments historiques ; opérations
pourtant autorisées par un décret datant de 2007 (décret n 2007-487 du 30 mars 2007)
Rappelons ici que ce décret s'applique sur l'ensemble du territoire français, et s'impose aux communes dont la règlementation locale est plus restrictive en matière de bâche de
chantiers. En d'autres termes, même s'il est interdit ou limité dans une municipalité d'avoir
recours à cette solution de financement des travaux de ravalement, il est possible tout de
même de la réaliser via ce décret.

Une véritable opportunité pour les propriétaires ; une activité bien encadrée par l'État via
ses Directions régionales des affaires culturelles... et pourtant.

Un coup d'arrêt au financement des restaurations

Sans concertation avec les professionnels de cette activité, sans contrepartie ou possibilité
d'aménagement, Madame Laurence Abeille, députée écologiste du Val de Marne, a mis un
possible coup d'arrêt à cette solution de financement pour les propriétaires qu'ils soient
publics ou privés.

Si le Sénat venait à confirmer le texte, que cela signifierait-il ? Les propriétaires ne pourraient plus avoir recours aux bâches sur échafaudage pour financer leurs travaux et assurer la valorisation de leur patrimoine et du territoire où ils se trouvent.

Ces bâches, en fonction du lieu, du temps d'exposition, permettent de réduire de 5 à 30% le montant des travaux. Des travaux réalisés dans les règles de l'art, faisant appels aux
meilleurs intervenants, à des savoir-faire que seuls ce type de bâtiments - classés ou
inscrits j'entends - utilisent : tailleur de pierre, fabricant de jalousie et j'en passe. A moyen
terme (six mois à un an), le nombre de chantier va diminuer et la « quantité de finition »
sera moins importante ; et pour cause, l'enveloppe consacrée à la rénovation va diminuer,
les propriétaires iront au plus urgent !

92 millions d'euros de travaux réalisés

Par le biais de ces bâches publicitaires, 92 millions d'euros de travaux de restauration ont pu être réalisés générant 1,6 million d'heures de travail non délocalisables pour des compagnons spécialisés. Les entreprises, souvent locales, du bâtiment, souffriront également, elles qui se plaignent
déjà de prix bas et d'un manque de visibilité. Les municipalités ne prélèveront plus de taxe locale sur la publicité et les enseignes, soit quelques centaines de milliers d'euros chaque année... Argent qui ne sera pas réinjecté dans l'équipement et les services des communes.

Quelle solution de remplacement est proposée par cette députée ? Aucune. A-t-elle proposé des aménagements au décret initial ? Aucun.

Un texte suicidaire

Que reproche cette députée aux toiles publicitaires sur échafaudage ?

  • 1/une pollution visuelle ! Si toutes les campagnes ne peuvent plaire, la grande majorité des marques tente en général de séduire les clients et non de les repousser... Il est invraisemblable de faire voter un tel texte pour un critère si subjectif. Un échafaudage est-il plus esthétique ?
  • 2/des toiles qui ne respecteraient pas la réglementation, à savoir la répartition entre décor et publicité (50/50).Si c'est le seul point qui pose problème un simple acte d'huissier au moment de l'impression et/ou de la pose suffirait...
  • 3/ des toiles qui restent plus longtemps que le chantier. Un seul cas a été recensé. Un seul sur des dizaines de réalisations depuis 2007 ! Si cette entreprise a « marché sur la ligne » peut-on raisonnablement mettre fin à cette activité pour autant ?

Il nous semble, en tant que citoyen, que sans idées, sans compensations de redevances
versées, ce texte devient suicidaire car il va mettre un frein à la valorisation de nos édifices
et affaiblir les entreprises de rénovation et du bâtiment.

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Commentaires
a écrit le 02/04/2015 à 23:42 :
Bravo
a écrit le 01/04/2015 à 23:08 :
Monsieur Aguettant,

"Il nous semble, en tant que citoyen, que sans idées, sans compensations de redevances
versées, ce texte devient suicidaire..."

En tant que "citoyen" ??? En tant que patron directement intéressé plutôt ! Vu que la société que vous dirigez est directement concernée par le texte en question. Vous ne le cachez pas complètement, certes puisque votre nom et votre fonction sont indiquées sous la photo. Mais vous ne l'affichez pas non plus en très gros, pour le coup, si je puis me permettre...

Pourquoi ? Parce que cela aurait pu amoindrir la portée de votre plaidoyer ?

Et si c'était cela que le texte visait indirectement ? Cet entêtement de la publicité à nous faire passer des message ou complètement mensonger ou (est-ce moins pire ?) pas complètement honnêtes parce qu'ils dissimulent une partie de la vérité ?

La pub cherche nous transformer en clients potentiels, en nous faisant croire que le produit vanté est bon pour tout le monde quand il s'agit in fine de favoriser uniquement des intérêts très ciblés, ceux du vendeur, pas des clients.

Vous utilisez la même technique: vous tentez de nous faire croire que vous oeuvrez pour le bien collectif ("un texte suicidaire", sous entendu: pour tout le monde puisque vous ne précisez pas) alors que vous ne défendez que vos intérêts privés.

Bref, des procédés de publicitaires pour défendre la pub: rien de bien révolutionnaire mais avec un petit décryptage c'est plus clair pour tout le monde, non ?

Je vous rejoint toutefois sur un point: il est absolument anormal qu'un texte, quel qu'il soit, puisse être imposé à la nation par un vote en présence d'une poignée seulement des élus concernés, en l'occurrence moins de... 5%!!! Et encore plus scandaleux quand il s'agit d'un "cavalier législatif" (un amendement qui a plus ou moins rien à voir avec le texte général dans le cadre du quel il est voté) comme c'est le cas ici.

Je vous invite donc à rédiger une nouvelle tribune pour demander une vraie discussion ouverte et générale sur la pub. Afin que les questions de la pollution visuelle et de la pollution des esprits (pour ne pas dire du harcèlement mental tant la pub est partout...) que constitue, au moins aux yeux de certains, la publicité, puissent être abordée démocratiquement.

Puis-je compter sur vous pour imprimer des grandes bâches incitant au débat ?

Cordiales salutations.
Réponse de le 03/04/2015 à 12:29 :
Bonjour, merci d'avoir pris le temps de rédiger ces quelques lignes.
N'apparaissant pas sous un pseudo et avec une "vraie" photo, que ce soit au travers de cette tribune, reprise sur notre site, ou sur les réseaux sociaux, vous pourrez vérifier que je ne me cache pas. Le nom de ma société et mon poste sont également présents. Que vous faut-il de plus ?
Si vous fouillez un peu sur les réseaux sociaux vous vous apercevrez d’échanges (toujours sans pseudo et avec une vraie photo – mais une autre alors ne vous trompez pas) que nous avons – avec mon frère et associé - demandé très régulièrement des entretiens avec les "anti pub ». L’idée étant de voir comment on pourrait améliorer l’existant, car si je pense que le décret permettant cette activité est plutôt bien construit, tout peut s’améliorer. Vous verrez le résultat. Mis à part proposer la fin de toiles, la réflexion est assez light. Alors, s'il vous plait, ne me faites pas ce procès !
Il est très français de coller des étiquettes ; en tant que chef d'entreprise ne puis-je pas être citoyen? J’avais pourtant l’impression d’en être un la semaine dernière en allant voter par exemple…
Bien entendu je défends mon secteur, mes collaborateurs (il parait que l’on créé de l’emploi), mais également, ceux à qui notre activité permet de valoriser le patrimoine : entreprise de restauration, entreprise du bâtiment, propriétaire (public et privé), villes etc.
Quelle autre solution a été proposée pour compenser les 97m€ qui ont permis de restaurer, dans les meilleures conditions, nos monuments ? Avez-vous lu la tribune du Groupement pour la Restauration des MH?
Peut-être pourrez-vous m’éclairer… Là aussi nous avons interrogé les parents de cette proposition d’amendements mais nous ne sommes pas dignes d’une réponse.
Dernier sujet, le procès de la publicité : si elle était responsable de tous les maux du pays et de la planète, il suffirait sans doute que l'on imprime des grands cœurs pour que tout le monde s'aime. On va y penser avec mes associés car il semble que cette idée revienne régulièrement – et on aime que les gens s’aiment.
Sans rancune, vous savez ou me trouver.
Réponse de le 03/04/2015 à 15:05 :
Cher Filsdepub,

Nous faisons intégralement partie du système, c'est certain. Nous composons avec ces règles, la totalité des règles. En revanche nous trouvons un sens avec ses affichages. Nous tentons d'être la solution et pas le problème.

La place Bellecour par exemple, une fois notre quatrième dispositif achevé sera lumineuse et rénovée au niveau de son entrée sur les 3 rues les plus fréquentées. Plus d'un million d'euros de recettes et donc des millions injectés dans l'économie local. On peut toujours tout améliorer mais ceci est factuel. Nous sommes soutenus, encouragés dans nos démarches, par une immense majorité de citoyens, d'usagers...Considérez pour vous apaiser que c'est un mal éphémère pour un bien durable.

Vous ne pouvez pas nous "taxer / pourtant nous y sommes habitués" de nous cacher ou d'utiliser des "subterfuges" publicitaires, nous travaillons à visage découvert et nous en sommes fiers. Nous le revendiquons. Nos sociétés sont françaises, lyonnaises de surcroît.

Nous nous rejoignons sur la partie législative. C'est juste aberrant.

Pour le reste nous sommes disposés à toutes discussions, comme le dit mon frère, nous sommes disponibles. Pour ma part j'attends des solutions concrètes, à ce jour l'opposition n'argumente pas...

Pour d'éventuels "bâches" pour la suite, comptez sur moi, pourrais-je avoir vos coordonnées de facturation ? ;-)

Respectueusement.
Réponse de le 03/04/2015 à 18:23 :
erratum : Ses règles et Ces affichages
a écrit le 01/04/2015 à 19:56 :
Incompétence + irresponsabilité + clientélisme (et tout de même le train de vie qui va bien), nourris par le soucis de défaire plus que de faire et de satisfaire un microcosme bien-pensant (2% des électeurs en l'occurence...) = grand pouvoir de nuisance.... Et chacun de faussement s'interroger, s'offusquer voire s'indigner quand seulement la moitié de ceux qui peuvent voter le font...(!) On y va tout droit... Courage à vous Monsieur Aguettant !
Réponse de le 03/04/2015 à 12:21 :
question pollution visuelle honnêtement je préfère voir une belle bâche tendu avec une belle pub, plutôt qu'un échafaudage tout moche, tout sale. et si en plus ça permet au proprio de financé en parti leur travaux je vois pas ou est le problème ???
Réponse de le 03/04/2015 à 13:22 :
Bravo à nos chers écolos !
C'est vrai qu'il n'y a rien de plus beau que la vision d'échafaudages qui masquent
Nos bâtiments urbains pendant toute la durée de leur rénovation
C'est le retour a l'âge du fer !
Encore un effort et nous reviendront à l'âge du feu !
Cromagnon nous revoilà !
Réponse de le 15/06/2015 à 19:31 :
Un chantier sur la place des célestins à Lyon a été arrêté prématurément alors que des tailleurs de pierre rénovaient des sculptures en bas relief ... Les bâches publicitaires qui finançaient l'opération ont été retirées sur injonction de la mairie. Est-ce cela l'écologie ?

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