Quand l'Etat misera-t-il enfin sur les entreprises d'insertion ?

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(Crédits : DR)
Depuis 30 ans les entreprises d'insertion permettent de redonner des perspectives à 45 000 personnes par an. Mais les gouvernements se succèdent sans se donner une vision stratégique pour activer ce levier. Demain nous pourrions pourtant embaucher directement un millier de personnes et bien plus dans les mois à venir. Par Kenny Bertonazzi Président de la fédération des entreprises d'insertion.

Pourquoi les politiques de l'emploi et de lutte contre le chômage de longue durée n'intègrent-elles pas plus largement le modèle de l'entreprise d'insertion ? Le plan chômeurs de longue durée présenté dernièrement par François Rebsamen ne fait pas exception à la règle et pourtant...

Depuis quinze ans, j'ai la chance de porter avec mes équipes un beau projet d'entreprise, qui allie performance économique et finalité sociale, une entreprise d'insertion. De la chance, car au-delà de notre projet économique, nous participons avec conviction à l'effort collectif d'un mieux vivre ensemble en proposant à des personnes en situation d'exclusion, un véritable emploi, dans une véritable entreprise, tout en construisant avec elles un projet professionnel afin de préparer leur sortie après 24 mois de collaboration.

Allier efficacité économique et finalité sociale

Nées il y a 30 ans, les 1 200 entreprises d'insertion et entreprises d'insertion de travail temporaire, permettent aujourd'hui de redonner une perspective à plus de 45 000 personnes par an, avec un rapport coût/performance qui n'est plus à démontrer.
Ces entreprises inscrivent leur projet dans le marché - plus de 80% de leurs ressources sont issues de leur activité économique - dans des secteurs souvent innovants, ancrés dans le développement durable.

C'est la confrontation aux impératifs de concurrence, d'innovation, qui permet à ces entreprises d'effectuer les transferts d'habileté et de compétences qui permettront à leurs salariés en insertion d'accroître leur capacité à se construire ou se reconstruire. Nulle ambition révolutionnaire dans notre projet si ce n'est de vouloir permettre à chacun de retrouver une dignité, une citoyenneté pleine et entière et de pouvoir à nouveau se penser un avenir.

Ce projet, nous ne le portons pas seuls. Depuis 30 ans, nous avons su créer des partenariats forts avec les entreprises, les branches professionnelles, les partenaires sociaux, les élus... Notre projet est partagé par tous et souvent cité en exemple ou dupliqué en Europe.

Faire plus et mieux demain

Nous pourrions donc être satisfaits de pouvoir porter avec enthousiasme cette solidarité active, malgré les difficultés liées à cet entreprendre doublement, malgré un contexte économique difficile mais nous ne le sommes pas. Nous pourrions faire plus, nous pourrions faire mieux ! Nous pourrions dès demain embaucher plus de 1 000 personnes et bien plus dans les mois et années à venir. Aujourd'hui, les gouvernements se succèdent sans se donner les moyens véritables de construire, dans la durée, une vision stratégique qui, à budget égal ou même moindre, permettrait de pouvoir activer ce formidable levier de lutte contre les exclusions que sont les entreprises d'insertion.

Faire encore aujourd'hui le choix de continuer à miser quasi exclusivement sur les contrats aidés dans les collectivités ou les associations, plus onéreux et souvent moins performants, est un choix de courte vue, déconnecté du pacte républicain.

La liberté se construit et se gagne par l'autonomie ; un véritable emploi en est la porte d'entrée. L'égalité est de pouvoir avoir la possibilité d'inscrire son projet professionnel dans les mêmes conditions que celles partagées par la majorité des individus. La fraternité est notre devoir collectif de maintenir la cohésion sociale par une solidarité active et nous permette, ensemble, de faire société.

C'est maintenant qu'il faut agir et ré orienter significativement les moyens existants vers les projets qui font sens avec notre idéal républicain.

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a écrit le 20/07/2015 à 11:46 :
Attention à ce que le volet "insertion" des emplois d'insertion soit vraiment présent et adapté aux besoins des bénéficiaires de ces emplois et que ces emplois ne remplacent pas des emplois non qualifiés autrefois occupés par des personnes en CDI, condamnant ces personnes à enchaîner des emplois d'insertions, des petits boulots et des périodes de chômage et de RSA. Autrement le remède risque d'aggraver le mal dont souffre les travailleurs non qualifiés.

Témoignage d'un de mes amis illettrés : quadragénaire, dyslexique mal pris en charge suite à une enfance difficile, il a appris à déchiffrer péniblement un texte, grâce à une formation à l'âge adulte. Il a beaucoup travaillé en interim dans des postes non qualifiés, faute de pouvoir faire une lettre de motivation en réponse aux offres de Pôle Emploi.
Devenu quadragénaire et rencontrant des problèmes de santé, il s'est vu de moins en moins proposer de missions et a fini par se retrouver au RSA. Il a alors bénéficié d'un soi-disant emploi d'insertion dans l'entretien d'espaces verts où il a donné satisfaction.

Je pensais que c'était une excellente opportunité pour lui de bénéficier en parallèle d'une formation dont il aurait besoin pour retrouver un emploi pérenne (par ex. repasser les CACES pour retrouver des postes de manutentionnaire).

Malheureusement, le volet "insertion" n'était que cosmétique. Il n'a pratiquement jamais rencontré la personne en charge du volet insertion. Il n'a bénéficié que d'une formation aux premiers secours (formation qu'il avait déjà suivi quelques années auparavant...) et on lui a proposé une formation à la taille des vignes, à 1h30 de route de chez lui, qu'il a refusé premièrement en raison du coût que représentaient pour lui les déplacements, deuxièmement parce qu'il a des amis viticulteurs qui peuvent lui apprendre cela et troisièmement, parce que cette formation ne débouche que sur des emplois saisonniers alors qu'il rêve d'un CDI.

Son expérience dans l'entretien d'espace vert n'a débouché sur aucun emploi durable : les emplois non qualifiés étant bien souvent occupés par des personnes en contrat d'insertion, des travailleurs handicapés ou des auto-entrepreneurs.
Rien n'a été fait pour l'aider à surmonter sa dyslexie et lui permettre ne serait-ce que d'apprendre suffisamment à lire et à écrire pour répondre à des offres d'emploi ou suivre une formation qualifiante. Rien n'a été fait pour l'aider à monter son auto-entreprise.

En conséquence, il s'est retrouvé de nouveau au chômage à la fin de son contrat et grâce à ses relations, il a obtenu un contrat à temps partiel comme plongeur dans un restaurant où il remplace depuis deux ans une personne en arrêt maladie longue durée, en attendant de trouver un emploi à temps complet.

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