Une réforme régionale inutile, voire nuisible

Par Acteurs de l'économie  |   |  719  mots
(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Sur le fond la réforme territoriale ne présente pas d'avantages sérieux. Les économies seront limitées avec même des dépenses supplémentaires liées aux transferts d'administrations. Le remède pourrait s'avérer pire que le mal. Par Jean-Robert Pitte, membre de l'Académie des Sciences morales et politiques.

Alors que d'urgentes réformes éducatives, sociales et économiques s'imposent dans notre pays afin de le sortir de la crise et du chômage, mais aussi de la déliquescence civique, le gouvernement a choisi d'occuper les esprits en se lançant dans une réforme territoriale ne présentant aucun avantage sérieux, mais en revanche pas mal d'inconvénients.

Ce qu'on ne dit pas sur l'Allemagne

Sa première vertu, aux yeux des princes qui nous gouvernent, est de ne pas mettre les foules dans la rue parce qu'elle a été préparée par une affirmation péremptoire et récurrente de la classe politique de gauche comme de droite : nos régions sont trop petites et nous devons être modernes en nous rapprochant de l'Allemagne. On cache volontairement le fait que la superficie moyenne des länder allemands est de 23 000 km2, contre 25 000 pour les régions françaises de métropole.

On ne dit pas que certains länder sont des villes (Hambourg, Brême, Berlin) et que la Sarre ne fait que 2 500 km2 pour un million d'habitants. On tait le fait que l'Allemagne est un État fédéral et que chaque Land dispose de prérogatives sans commune mesure avec celles des régions françaises (éducation, culture, police, construction, aide sociale, etc.). C'est aussi le modèle des petits cantons unis au sein de la Confédération helvétique que personne n'est prêt à adopter dans une France marquée par sa tradition jacobine.

Perte d'autonomie des villes capitales

Les autres avantages de la réforme escomptés par le gouvernement méritent examen. Comme n'a cessé de le répéter André Vallini, secrétaire d'État à la réforme territoriale, l'estimation des économies qui seront peut-être réalisées dans une dizaine d'années est de 10 milliards d'euros. On peut déjà douter du réalisme de cette prévision alors que le budget de l'ensemble des régions est aujourd'hui de 27 milliards d'euros. Et surtout, ce n'est qu'une goutte d'eau dans la mer quand on songe à ce que représentent les dépenses des départements (70 milliards), des communes (122) et de l'État (379), soit un gain espéré représentant 1,6 % de l'ensemble !

De qui se moque-t-on ? Ajoutons que cette minuscule économie risque fort de se transformer en dépenses supplémentaires liées aux transferts d'administrations, aux inévitables travaux d'agrandissement des conseils régionaux des nouvelles capitales, aux déplacements des conseillers. Les villes qui perdront leur rôle actuel de capitale seront affectées sur le plan économique, surtout lorsqu'elles sont déjà à la peine comme Clermont-Ferrand, Châlons-en-Champagne ou Amiens. Il faudra compenser à grands frais. Et puis, surtout, ce dont la France a besoin, c'est de faire repartir son activité économique dans toutes les parties de son territoire et chacun sait que les régions n'ont jamais été très actives en ce domaine, particulièrement dans le monde rural qui est depuis longtemps le cadet de leurs soucis, hormis les Parcs naturels régionaux.

Les départements plus actifs

Les départements sont bien plus actifs, car mieux au fait des besoins locaux, en particulier grâce aux conseillers généraux qui sont décisionnaires et qui sont ancrés dans un territoire, à la différence des conseillers régionaux élus sur des listes établies par les partis. Tout se passe comme si l'on voulait déraciner les Français de leur territoire de vie. Les régions, au sens politique et administratif du terme, n'ont que 43 ans de vie et leur genèse remonte à la loi Clémentel de 1918, aux Programmes d'action régionale de 1955, à la proposition du général de Gaulle en 1969, balayée par référendum, à la loi de 1972, votée sous Pompidou et consolidée par la loi Defferre de 1982.

On peut regretter que les 22 régions de métropole aient surtout servi leur ville capitale et craindre que cela ne s'accentue, mais celles qui vont perdre leur autonomie n'ont rien à gagner à ces rattachements autoritaires, d'autant qu'elles ont souvent une forte identité culturelle, ce qui n'a rien d'anecdotique. L'Auvergne est dans ce cas, tout comme la Franche-Comté, l'Alsace, la Picardie, le Limousin. Ces mariages forcés de carpes et de lapins n'engendreront que des chimères.