35 heures : un archaïsme à combattre

Par Par Stanislas de Bentzmann, président de CroissancePlus et cofondateur de Devoteam  |   |  496  mots
(Crédits : DR)
La réduction du temps de travail (RTT), politique mise en place par Martine Aubry dans sa version officielle sous le gouvernement de Lionel Jospin, visait à réduire la durée hebdomadaire de travail avec l'idée que cette loi pourrait améliorer la situation sur le front de l'emploi. 15 ans après le débat reste toujours ouvert et toujours aussi confus

L'idée de départ des 35 heures consistait à partager le travail et, de cette manière, à lutter contre le chômage, alors même, faut-il le préciser, que le partage des postes de travail n'existe pas en soi et encore moins dans l'industrie des services structurellement composée de fonctions.

Aujourd'hui, le débat sur les 35 heures rebondit encore en France et reste toujours aussi confus. Pourtant, il est clair que nous travaillons moins que nos homologues d'Europe de l'Ouest. Nos salariés plein temps, qui sont l'ossature de l'entreprise, travaillent en moyenne 200 heures de moins par an. De plus, nous partons plus tôt en retraite et notre taux d'emploi est beaucoup plus faible. Notre potentiel de croissance est donc largement minimisé.

Compétitivité dégradée

Les 35 heures, en alourdissant notre coût du travail de l'ordre de 10 %, ont dégradé notre compétitivité par rapport à nos principaux concurrents européens et sont responsables de notre chômage massif. En effet, pour recruter, une entreprise a besoin de remplir son carnet de commandes et doit donc trouver des clients qui lui achètent de bons produits à des prix compétitifs. Si vous alourdissez votre coût du travail, vous renchérissez le prix de vos produits et perdez vos clients. En conséquence, vous réduisez votre carnet de commandes.

Vous allez bientôt devoir licencier et la spirale infernale est enclenchée !
De plus, flexibilité des horaires, allègement de charges et modération salariale n'ont pas suffi à freiner la hausse rapide des coûts unitaires de production française tandis que, dans le même temps, en Allemagne, Gerhard Schröder restaurait la compétitivité allemande. C'est la raison pour laquelle cette augmentation du coût du travail, conséquence directe des 35 heures, est en grande partie responsable du décrochage de la France vis-à-vis de l'Allemagne, le coût horaire de main-d'œuvre s'étant accru d'environ 30 % en France entre 2000 et 2008, contre 15 % en Allemagne.

Une vision archaïque de l'économie « fordiste »

Lorsque l'Allemagne engageait des efforts de modération salariale, le gouvernement Raffarin ajustait le smic horaire décidé par les lois Aubry, afin de maintenir la rémunération des salariés au smic désormais aux 35 heures. L'harmonisation des différents minima sociaux engendrés par la seconde loi Aubry votée en 2000 aboutissait ainsi à une augmentation du smic horaire de 31 % entre 1998 et 2005. Les 35 heures représentent une vision archaïque de l'économie « fordiste » de l'emploi : mono-tâche, répétitive, totalement déconnectées de l'économie de la connaissance.

Cela n'a plus aucun sens aujourd'hui dans les économies développées, où les usines traditionnelles ont disparu, où les robots remplacent peu à peu les derniers ouvriers. Les 35 heures sont en complet décalage avec la tertiarisation de notre économie, et plus encore à l'ère de « l'iconomie », où l'industrie et les services se fondent dans l'industrie-servicielle et les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatiques et sciences).