Grèce : la solidarité doit jouer !

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(Crédits : Reuters)
La mise en oeuvre du programme de Syriza, notamment la renégociation de la dette de la Grèce, est le moment idéal pour renforcer l'intégration de la zone euro. Mais c'est surtout le tempo propice pour faire le saut du fédéralisme.

Les résultats électoraux de la Grèce ne peuvent surprendre. Ils étaient attendus. Certes, Alexis Tsipras tient un discours qui tranche avec la pratique actuelle et la mise en œuvre de son programme nécessitera un assouplissement sérieux des politiques d'austérité. Ceci étant, force est de constater que ces politiques sont fortement remises en question, tant par le FMI que par les institutions européennes. Le plan Juncker* de 315 milliards d'euros et le plan Draghi* à plus de 1 000 milliards sont là pour souligner la volonté de passer d'une politique d'austérité à une politique de relance par l'investissement. Cela est bien, mais encore insuffisant.

Des mesures pour les citoyens

Quelques chiffres pour illustrer la situation de la Grèce : une dette de 320 milliards d'euros soit 177 % de son PIB, un chômage touchant près de 26 % de la population active dont près de 50 % de jeunes de moins de 25 ans, une perte de richesse de 35 % du revenu des ménages, 244 000 fonctionnaires de moins, 25 % des entreprises qui ont déposé le bilan et un taux de pauvreté à plus de 23 % ; voilà de quoi comprendre la détresse d'une population qui a été sensible à un discours lui annonçant des lendemains plus heureux.

La volonté du leader de Syriza est d'améliorer le sort de ses concitoyens, sans remettre en cause l'appartenance de son pays à l'Union européenne et à la zone euro. Il respectera un certain nombre d'engagements, mais entend bien renégocier les modalités de remboursement de la dette, voire obtenir l'annulation d'une partie de celle-ci. Les premières mesures qu'il entend prendre sont : relever le salaire minimum de 586 à 750 euros : qui peut s'y opposer ? Repousser le seuil d'imposition de 5 000 à 12 000 euros : qui peut s'en offusquer ? Améliorer les retraites et la dispense des soins : qui peut le contester ?

Mutualiser une partie des dettes

Ces mesures ont un coût, le fardeau qui pèse sur la Grèce doit être allégé. La politique d'austérité a produit des effets désastreux pour la population, qui ne peut être tenue pour responsable des erreurs ou fautes de ses gouvernements successifs. La solidarité qui fut à l'origine de la construction européenne doit jouer, comme elle joue, sans fanfare, dans un État fédéral. C'est d'ailleurs ce type de solidarité qui existe aux États-Unis, entre les différents États, dont certains sont dans une situation bien plus catastrophique que la Grèce. Mais voilà, les USA sont un État fédéral avec un gouvernement fort, une banque centrale couplée avec une administration du trésor qui bénéficie d'une capacité d'intervention rapide, autant de points forts dont ne dispose pas l'Union.

Une très forte réduction de la dette grecque ne paraît pas déraisonnable ; son rééchelonnement est en tous cas incontournable. Au-delà, car la Grèce n'est pas le seul pays en grande difficulté, il faudrait mutualiser une partie des dettes, y compris celle de l'Allemagne, pour la part qui dépasse les 60% de PIB que fixent les critères dit de Maastricht. Il serait naturel de remettre le compteur à zéro considérant que personne n'a respecté, en son temps, les règles de bonne gestion de la monnaie unique, à commencer par la France et l'Allemagne.

 Vers le fédéralisme

Les pays de la zone euro doivent connaître une intégration plus marquée, considérant l'improbable coopération entre les États. On ne peut continuer à gérer de manière fédérale une monnaie unique sans que le dispositif politique que requiert cette gestion soit lui-même fédéral. Tant que les gouvernements ne comprendront pas cela, nous risquons d'accentuer le malaise qui sépare l'Union européenne des Européens.

La solution pour relancer la croissance, combattre le chômage, réduire les dettes souveraines, donner à l'Union européenne le poids international qui doit être le sien et redonner confiance et espoir aux Européens, ce n'est pas moins d'Europe, mais plus d'Europe : une Europe unie, diverse et forte, que seule une fédération peut offrir.

*respectivement Président de la Commission européenne et Président de la Banque centrale européenne

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Commentaires
a écrit le 30/01/2015 à 17:08 :
La solidarité, c'est bien beau, mais entre partenaires qui partagent les mêmes valeurs et le même sens de l'éthique. Mais, faire preuve de solidarité envers des membres connus pour leur roublardise, profiteurs au max, champions de l'arnaque, il y a une marge! Tout ça pourquoi? pour garder à l'Union, quantitativement et géopolitiquement, le même poids et gonfler au max l'ego de ses dirigeants, quant à la qualité du recrutement... tout fait farine!
a écrit le 30/01/2015 à 11:57 :
Et bien je vai demander à ce brave MR REGUILLON de payer mes crédits. Pas persuadé qu'il tienne le mm discour.........
a écrit le 30/01/2015 à 11:15 :
pas un mot sur la corruption, c'est un encouragement au vice !
a écrit le 30/01/2015 à 11:06 :
Si l'argent attribué à la Grèce ,était allé aux Grecs ,et non aux banques qui sont allées investir ailleurs nous n' en serions pas là !!!
a écrit le 30/01/2015 à 10:39 :
Pour une réponse définitive et sans conteste sur "un fédéralisme": le référendum. Mais je crois que cela n'est pas proposé!
Réponse de le 30/01/2015 à 11:16 :
Un référendum en France ! Vous voulez rire ,en l'état actuel de l'obscurantisme politique socialiste,c'est proprement inenvisageable !!!
a écrit le 30/01/2015 à 10:16 :
Nous avons déjà (beaucoup) payé pour la Grèce. Que tous les Grecs commencent par payer leurs impôts, des armateurs aux faux aveugles, que l'on arrête la corruption et le trucage des comptes publics. La première décision de Tsipras a été de réengager 2 000 fonctionnaires : on croît rêver. Non, définitivement non au sauvetage de la Grèce par les non-Grecs. Le fédéralisme n'est pas un jeu de mistigri...
a écrit le 30/01/2015 à 10:10 :
Solidarité avec des rentiers du parpaing qui se sont gavés d'aides européennes pour accroître leur patrimoine. C'est l'unique raison pour laquelle l'imposition coûte très chère aux grecs...
a écrit le 30/01/2015 à 9:46 :
relever le salaire minimum de 586 à 750 euros

En France on contraint les jeunes à rester au RSA soit 400€ + 300€ allocs logements

Que proposez-vous Alain Reguillon ?
a écrit le 29/01/2015 à 21:01 :
Ça fait toujours mal de mettre la main au portefeuille. Mais comme pour les impôts, c'est souvent nécessaire.

Si on n'adopte pas enfin le fédéralisme et la solidarité entre États (même quand ça ne nous arrange pas), l'Europe restera toujours une coquille vide, comme aujourd'hui.

Elle restera un ensemble d'Etats dilapidant leurs faibles ressources dans une concurrence interne effrénée, et trop faibles pour accomplir quoi que ce soit de vraiment significatif au plan international. Elle continuera notamment à se faire marcher sur les pieds par les Etats-Unis, la Chine, la Russie,...

Alors que ça pourrait être la première puissance de la planète.
Réponse de le 30/01/2015 à 9:59 :
La solidarité entre les Etats n'est-elle pas le respect des règles communes, décidées conjointement? Alors, un peu facile pour les cigales de venir pleurer auprès des fourmis, voire même de leurs congénères. Perso, faire partie d'un troupeau que l'on mène à l'abattoir ne me parait pas trop sexy! Non Merci!
a écrit le 29/01/2015 à 20:34 :
Soyons clairs avec tout le monde: l'annulation ou la restructuration de la dette grecque coûtera 640 euros à chaque français. Au vu de la situation nationale (une perdition dans tous les domaines), avons nous les moyens d'assumer une telle solidarité avec un pays qui a trompé tout le monde pendant des années et dilapider un capital qui ne lui appartenait pas?
Réponse de le 30/01/2015 à 2:44 :
640 euros par français mais plus de 2000 euros par foyer fiscal payant des impôts !.
Réponse de le 30/01/2015 à 8:20 :
"l'annulation ou la restructuration de la dette grecque coûtera 640 euros à chaque français" : Autre option. Les braves qui se justifient l'argent créé par l'argent par la prise de risque prouvent l'existence du risque : Ils perdent une partie de la mise.
C'est un peu facile de demander le droit de prendre une marge sur les taux de la BCE et de faire reposer une assurance sur les citoyens.
a écrit le 29/01/2015 à 20:33 :
Soyons clairs avec tout le monde: l'annulation ou la restructuration de la dette grecque coûtera 640 euros à chaque français. Au vu de la situation nationale (une perdition dans tous les domaines), avons nous les moyens d'assumer une telle solidarité avec un pays qui a trompé tout le monde pendant des années et dilapider un capital qui ne lui appartenait pas?
a écrit le 29/01/2015 à 20:29 :
Du grand n'importe quoi, par un Français qui ne comprends pas les règles du jeu, et qui dit qu'il faut s'en affranchir. Ne plus rembourser la dette signifie la banqueroute immédiate, totale et définitive, quel que soit le pays.
a écrit le 29/01/2015 à 19:52 :
La dette a deja ete reduite a 175 milliards (320 avant reduction)
Donc non merci
a écrit le 29/01/2015 à 19:35 :
Non merci. Il y aura certainement des ajustements à la marge, mais respectons la Loi et les accords passés. Et arrêtons de pleurer sur les grecs, dont le PIB par habitant (26 000 USD) est 4 fois celui d'un ukrainien.

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