Les Moocs ne sont pas un feu de paille

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(Capture d'écran Parcours Numérique, Youtube)
(Capture d'écran Parcours Numérique, Youtube) (Crédits : DR)
Qu'attend-on des Moocs, ces cours en ligne ouverts à tous et généralement gratuits ? Alain Fuchs, président du CNRS m'avait proposé, il y a quelques mois, une mission portant sur cette problématique. Lyon a été pilote pour mener ces travaux mobilisant sur le plan national la communauté de recherche pluridisciplinaire sur les Environnements Informatiques pour l'Apprentissage Humain (EIAH)*. Revue en détail des principaux points clés.

Le Mooc est il un feu de paille ?

Non. Il est démontré qu'un Mooc est un objet familier du web. Il est accessible de partout, simplement, mobilisant le travail collaboratif, inventant de nouveaux usages co-construits par les apprenants. Cet objet s'inscrit durablement dans le web, avec un nombre sans cesse croissant de Moocs et un nombre impressionnant d'apprenants inscrits (plusieurs millions dans le monde et plusieurs centaines de milliers sur les seuls Moocs francophones).

Les Moocs remplacent l'enseignement à l'université ?

Non. Les Moocs ouvrent l'université et en augmentent l'impact dans la société. Les inscrits sont des apprenants, pas des étudiants. Imaginons les trajectoires d'apprentissage des uns et des autres : l'apprenant s'inscrit à un cours, dans une trajectoire individuelle ; l'étudiant suit des cours dans une trajectoire collective pour obtenir un grade. Les trajectoires forment une pelote dynamique de lignes dans le cas des apprenants, et une trame régulière dans le cas des étudiants. Un Mooc peut être décliné pour le public étudiant, ce que Pierre Dillembourg (EPFL, Lausanne) appelle Spoc (Small Private Online Course).

Un Mooc = vidéos et quizz ?

Non. C'est le standard proposé sur les plateformes américaines : le x-Mooc. Mais l'observation des usages des apprenants révèle que la plateforme est le point de départ, ce n'est pas le lieu unique de l'apprentissage. Les réseaux sociaux permettent de travailler collaborativement, de produire des supports, de s'aider et d'échanger. D'autres plateformes sont plus ouvertes comme Canvas, et dans le monde francophone Claroline Connect. Les apprenants et les enseignants-concepteurs ont les mêmes outils !. Des initiatives privées comme OpenClassRoom, en France, complètent l'offre.

La qualité d'un Mooc = qualité des contenus ?

Oui et Non... C'est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Les apprenants attendent de disposer de ressources avec une valeur scientifique qualifiée incontestable mais aussi stimulantes pour leur curiosité. Elle n'est pas suffisante, car il faut aussi savoir animer un Mooc avec des activités mobilisatrices : situations de jeu, de travail collectif, d'évaluation par les pairs, d'échanges synchrones et asynchrones, de tutorat réciproque, etc. Une leçon : les principaux acteurs d'un Mooc sont les apprenants.

Quelle est la question de recherche nouvelle soulevée par les Moocs ?

Seule l'observation de l'apprentissage permet l'évaluation et la remédiation à des situations d'échec. Ce sont les traces d'interaction qui servent de base pour construire des indicateurs, eux-mêmes constituant des profils, pour la personnalisation. Puisque ce sont les apprenants qui réalisent le Mooc, ils ont besoin d'analyser eux-mêmes leurs apprentissages, de les confronter facilement aux autres, de faciliter le feedback personnel aux enseignants, etc. La trace devient alors un outil réflexif, approprié, questionnable, etc. A Lyon, le pilote a développé un tel objet (équipe Silex du Liris).

Les traces d'apprentissage = big data ?

Les big data sont le résultat des productions exponentielles de données numériques disponibles sur le web. Les traces d'interactions en constituent une partie significative. Ces traces sont extrêmement personnelles et sensibles. À l'instar des données d'un dossier médical, les données d'apprentissage peuvent révéler les capacités cognitives, pour le meilleur comme pour le pire. L'enjeu pour les chercheurs est de proposer des objets traces garantissant la vie privée, mais partageables sous une forme négociée avec les autres acteurs de l'apprentissage. Cette question est complexe et fait l'objet d'un programme de recherche international.

Quel est le modèle économique des Moocs ?

Ce qu'il apparaît de la veille réalisée, c'est que le modèle économique n'est pas unique et évolue rapidement. Les modèles économiques des Moocs déployés par l'Open University, une université ou un groupe universitaire, une société privée, un groupe international, une association, etc. ne sont pas les mêmes et ne sont de plus sans doute pas stabilisés. Un nombre croissant de Moocs est destiné à amener les apprenants d'un cours à s'inscrire à une formation au modèle économique robuste.

Quelle est la conclusion de la mission ?

Les Moocs sont des objets nouveaux du web. Ils ne sont pas stabilisés ni dans leur forme ni dans leur réalisation. Un enjeu très important pour la recherche sur le sujet est d'accompagner cette dynamique par des recherches situées et actives sur la réalité des Moocs. Deux instruments, financés par l'ANR, démarrent à présent : un réseau national et international capitalisant les connaissances sur les EIAH pour constituer des projets à l'échelle européenne, et un observatoire Hubble s'intéressant à l'observation fine des usages liés à l'éducation à l'ère du web dans des conditions éthiques claires et partagées avec les apprenants.

* Vanda Luengo (LIG, Université Joseph Fourier, Grenoble), Nathalie Guin (Liris, Université Claude Bernard, Lyon), Serge Garlatti (Telecom Bretagne) et Jean-Marie Gilliot (Telecom Bretagne). Le pilote de la mission est à Lyon avec le CNRS, Lyon1, l'ENS-Lyon et l'Université de Lyon.

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