Accoyer ou Ghali sur D8 : l'exhibitionnisme politique à son comble

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'Economie)
Ce lundi 15 décembre, D8 diffuse l'émission de télé-réalité Politiques undercover, dans laquelle les élus Samia Ghali, Thierry Mariani, Bernard Accoyer et Jean-Luc Roméro se mettent en scène. Un exemple d'exhibitionnisme qui un peu plus encore aggrave le discrédit politique et affaiblit la démocratie.

Là, c'est le « pompon ». On pensait que la classe politique comprenait peu à peu l'origine de son divorce d'avec les citoyens, qu'elle allait réintroduire progressivement dans l'exercice de ses responsabilités ce que les électeurs exigent légitimement : une rigueur morale, une discipline éthique, du courage, de l'imagination, de l'audace, et surtout un sens, grâce auquel il est possible de réinventer une perspective commune, un projet de société. Pour cela, on espérait qu'elle allait mettre fin aux pièges médiatiques dans lesquels elle se fourvoie et qui l'aspirent vers les limbes.

Pièges qui ont pour nom voyeurisme, égocentrisme, futilité, narcissisme, mise en scène, auto-congratulation... et prospèrent sous l'écorce qu'on appelle communément peoplisation. Laquelle cultive et exacerbe quelques virus particulièrement nocifs pour la salubrité démocratique : en premier lieu la dictature de la transparence, la désacralisation des responsabilités politiques ramenées au rang du peuple, la perception, chimérique, que les élus ne sont pas différents de soi et évoluent dans des sphères proches de la sienne, l'illusion que la démocratie directe peut se substituer à la démocratie représentative.

Collusions et consanguinité coupables

Cette stratégie de la peoplisation n'est qu'un palliatif bien duplice à l'affaissement des grandes idéologies. Et elle conforte l'érosion des médias eux-mêmes, tour à tour complices et coupables d'une dérive de « fond » qu'ils espèrent colmater par l'effervescence de « forme » et la frénésie de la vitesse ou de l'immédiateté. Cela alors qu'on attend d'eux, dans leur responsabilité de médiateur, d'analyste, de pédagogue, de ne pas s'associer et même de faire barrage aux tentations exhibitionnistes des garants de la démocratie.

Pire, une fois agrégé aux spectacles des plus suspectes collusions et des plus délétères consanguinités - Arnaud Montebourg tour à tour avec la journaliste Audrey Pulvar, une célèbre actrice, et la politique Aurélie Filippetti aura exposé avec ostentation et provocation les liens souterrains qui liguent les élites ; ne lui manque plus qu'une liaison avec la fille d'un important industriel propriétaire de médias, à l'instar de Xaviel Niel aux bras de Delphine Arnault -, cet exhibitionnisme auquel l'aréopage politique se soumet trivialement éclate à la g... de citoyens en réalité dupes de rien : non, l'effacement des frontières entre sphères privées et publiques, et l'illusion de faire proche, normal, pareil, ne régénèrent ni le dialogue ni la confiance entre « le » politique et « le » citoyen. Bien au contraire, ils contribuent à aggraver le discrédit des premiers et le dégoût des seconds. Dégoût et même « haine », comme l'a étudié le politologue Pascal Perrineau.

« Faire » peuple, proche, vrai

Qu'ont donc alors cru les quatre élus qui participent ce lundi 15 décembre sur D8 à l'émission Politiques undercover ? La sénatrice et maire PS du 8e arrondissement de Marseille Samia Ghali dans la peau d'une mère célibataire à la recherche d'un appartement, l'ancien ministre des Transports (UMP) Thierry Mariani dans celle d'un handicapé, l'ancien président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer (UMP) dans celle d'un brancardier, et celle de Jean-Luc Roméro (ex-UMP et désormais PS) dans celle d'un militant de la cause européenne.

Tous grimés pour ne pas être reconnus, tous espérant « faire peuple », « faire proche »,    « faire vrai ». Désolant. Pathétique. Et en définitive dévastateur pour l'image même des élus, qui ici donnent l'impression que seule une émission de télé-réalité leur permet de saisir la véracité du quotidien de ceux qu'ils ont le devoir et la responsabilité d'administrer. Une démagogie et un populisme insidieux, symptomatiques de la vacuité et des facultés d'instrumentalisation qui rapprochent élus et médias. Si l'objectif d'un tel spectacle était de montrer que le « monde » des élus est irréversiblement éloigné des réalités, c'est réussi au-delà des espérances !

4e pouvoir

Enfin, cette impression que « le » politique s'assujettit au diktat des médias crédibilise la perception que le pouvoir desdits médias n'a plus de limites, se croit légitime à tout juger, tout examiner, tout critiquer, tout revendiquer. « Non au mythe de l'auto-institution de la presse en 4e pouvoir », a raison de clamer Dominique Wolton. « Les trois logiques de la politique, de l'information et de l'opinion publique forment un jeu à multiples entrées à bien des égards contradictoires et extrêmement difficile à éclairer, poursuit le sociologue. Ensemble et selon la qualité des équilibres entre eux, ils constituent un rouage capital du fonctionnement de la démocratie. » Lequel sera ce 15 décembre encore un petit peu plus infecté, par la faute en premier lieu d'une déconsidération supplémentaire d'un particularisme comportemental que l'on croyait indivisible de l'exercice politique : l'exemplarité.

Bernard Accoyer n'est pas Patrick Sébatien

C'est d'ailleurs au nom de cette exemplarité - parfois - d'une pudeur - souvent - et d'une conscience aigüe de la responsabilité et de la réalité - presque toujours - que personne n'imagine un patron d'entreprise, petite ou grande, se mettre ainsi en scène. Certes, dans ce domaine, les vidéos indécentes et ubuesques qu'a publiées ces dernières années Arnaud Lagardère aux bras de sa sculpturale compagne, dans des situations aussi suggestives qu'incroyablement ridicules et profondément scandaleuses une fois rapportées à ses responsabilités, n'auront fait rire ni les salariés ni les administrateurs du groupe auxquels il fait faux bond et leur préfère quelque joyeuse fête sous le chaud soleil floridien. Reste qu'elles constituent un cas très particulier et très isolé. Et que les Français placent l'entreprise et "le" politique respectivement en tête et en queue du classement des institutions en lesquelles ils font confiance - étude Le Monde/Cevipof janvier 2014) illustre bien le schisme au sein de la société.

Patrick Sébastien déguisé pour piéger d'autres artistes était, lui, dans son rôle de faire rire. Quelques hauts représentants de la hiérarchie politique maquillés pour vivre incognito la réalité et les difficultés des citoyens et espérer en tirer un profit d'image, font, eux aussi, rire. Mais jaune.

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Commentaires
a écrit le 15/12/2014 à 23:47 :
Un commentaire après l'émission aurait été plus sérieux et le cas échéant un tout petit peu crédible
a écrit le 15/12/2014 à 23:45 :
JE VEUX CONTAC AVEC MR THERRY MARIANI
a écrit le 15/12/2014 à 17:54 :
Une fois de plus, Accoyer a donné dans la décadence mentale, bref c'est le lisier nauséabond des politicards.
a écrit le 15/12/2014 à 16:38 :
C'est bien parce que les politiques ne croient plus à rien qu'ils se vautrent dans la vulgarité ...et quelques autres journalistes dénoncent déjà cet avilissement !!!!
Réponse de le 15/12/2014 à 23:43 :
Les moments auxquels ont été diffusé l'article et les commentaires en démontrent la partialité. Mon commentaire de retraité ayant travaillé avec des élus de tous bords est que ces mises en situation ne peuvent qu'être positive pour remettre les yeux en face des trous. C'est une excellente thérapie démocra
Réponse de le 16/12/2014 à 12:18 :
cette émission ne m'a pas choqué non plus; les élus peuvent ainsi mieux se rendre compte du quotidien des gens en situation où justement ils ne sont pas en représentation.Il ne faudrait pas que cela devienne un jeu fréquent, mais une expérience de temps en temps me parait positive si c'est fait dans un bon esprit,et je crois que c'était le cas.

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