Une entreprise sera légitime si elle est utile à la société

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(Crédits : DR)
Les entreprises qui veulent démontrer pleinement leur responsabilité sociétale, s'inscrire concrètement dans la perspective d'entreprises du troisième type défendue par Herve Seyriex et Georges Archier doivent accepter de réformer en profondeur leur système comptable. Patrick Viveret sera présent, le 14 novembre à Lyon, aux Journées de l'économie, dont La Tribune et Acteurs de l'économie sont partenaires.

Afin de disposer d'une appréciation plus juste de la réalité il convient donc de croiser les informations issues des comptabilités monétaires avec celle de ce que l'on peut qualifier de "comptabilité bénéfique" qui enregistre les activités bénéfiques d'une part, source de bienfaits pour les humains ou leur environnement, et les pertes entendues au sens réel du terme c'est à dire pertes de valeur, le terme de valeur étant lui même pris dans son sens étymologique de "force de vie".

Perte de valeur humaine

Il y a ainsi perte de force de vie naturelle si l'on dégrade ou détruit un écosystème naturel et perte de force de vie humaine si l'on dégrade la force de vie physique ou psychique d'êtres humains. Des accidents du travail, des conditions d'hygiène insatisfaisantes voire une souffrance au travail générant des suicides, constituent ainsi une perte de valeur humaine à enregistrer dans les pertes.

Cette appréciation qualitative suppose un enregistrement des avis des différentes parties prenantes concernées par l'organisation. Aujourd'hui l'informatique et les réseaux sociaux permettent un enregistrement plus simple et décentralisé de cette appréciation et de son agrégation à travers  un système de bons et de mauvais points qui  peuvent être gradués afin de constituer des seuils d'alerte. C'est cette approche qu'ont expérimenté nombre d'entreprises de l'économie sociale et solidaire mais aussi d'acteurs engages dans la philosophie du centre des jeunes dirigeants ( Cjd) autour d'outils novateurs tels le "Bilan sociétal".

Responsabilité sociétale

Le croisement des deux systèmes d'information permet alors de faire de la comptabilité monétaire un sous système d'information et d'appréciation que l'on peut ensuite comparer avec d'autres comptabilités quantitatives (temps, unités de CO2, volume par exemple) et avec la comptabilité qualitative. S'il y a cohérence entre les différentes appréciations, par exemple une production bénéfique de biens ou de services utiles aux êtres humains, non nuisible pour l'environnement et source de bénéfices monétaires, alors nous sommes dans le cas positif d'une activité répondant aux critères de la responsabilité sociétale.

Si, en revanche, il y a décalage, voire contradiction, par exemple parce que les bénéfices ou les valeurs ajoutées monétaires correspondent à des activités nuisibles, alors c'est le rôle de l'annexe du bilan que de donner cette information et d'en préciser les causes surtout si des seuils d'insoutenabilité écologiques ou sociaux sont atteints et peuvent être en cause la survie même de l'organisation ou du milieu humain ou écologique dans lequel elle s'inscrit.

 Le métier, plus qu'un job

Cette exigence de revisiter le sens profond et étymologique des mots est également très utile  pour réintérroger les notions de métier et de cœur de métier, expressions fréquemment utilisées dans l'activité de l'entreprise. Ainsi le mot métier résulte de la contraction de deux termes latins, le ministère et le mystère. Un métier est un "ministère mystérieux", le mot ministère  renvoyant lui même  à une fonction de service plutôt que de maîtrise (magistère). Un métier c'est donc beaucoup plus qu'un "job", un "emploi", a fortiori un "travail" qui,lui, exprime à travers le latin tripalium un rapport de labeur, de pénibilité et de dépendance.

Le terme de métier est alors très proche de celui de vocation, voire de "profession" à entendre lui aussi dans  son sens fort (on ne professe que si l'on est habité par ce que l'on professe!). Le ou les métiers signifient pour un individu ou une organisation ( le cœur de métier) que l'acteur concerné est bien dans son axe de vie, et que l'ensemble de son énergie tant physique que psychique n'est pas dispersée. C'est la raison pour laquelle une personne qui a la chance de "faire de sa passion son métier", pour reprendre une expression forte, va être infiniment plus motivée, efficace et utile à la société  qu'une autre dont le job sera purement "alimentaire".

Pour les mêmes raisons une organisation ne sera pleinement légitime tant auprès de ses clients, de ses salariés, et plus largement des citoyens que si sa vocation la conduit à rendre effectivement un service, un ministère, par une production de biens ou de services jugés utiles à la société. Nombre de crises d'organisations et singulièrement de grandes entreprises vient ainsi du fait qu'elles ont abandonné leur cœur de métier en opérant une inversion de la fin et des moyens.

L'enjeu du discernement

Toutes les civilisations, toutes les traditions de sagesse, ont eu pour point commun de considérer que la distinction du bénéfique et du nuisible constituait une exigence indispensable pour les communautés humaines. La modernité a pensé pouvoir s'en affranchir en remplaçant cette exigence de discernement qui suppose délibération et souvent confrontation entre opinions différentes par une simple agrégation de flux monétaires. Ce temps est désormais révolu.

Le philosophe Aristote disait déjà que lorsque l'économie oublie que la monnaie est un simple moyen et qu'elle en fait une fin, la cité est en danger. Nos organisations, nos entreprises et plus largement la cité mondiale sont aujourd'hui menacés par la démesure d'une sphère financière spéculative qui est devenue nuisible pour l'avenir d'une économie respectueuse des humains et de leur environnement. Il est temps de résister à la novlangue de l'économisme dominant pour redonner aux termes de valeur, de bénéfice et de métier leur plein sens en ramenant les comptabilités monétaires à un sous ensemble des systèmes d'information d'une entreprise et non leur seule boussole.

Patrick Viveret interviendra aux Journées de l'économie, vendredi 14 novembre de 11h à 12h30 pour la conférence: les entreprises du 3ème type.

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Commentaires
a écrit le 17/11/2014 à 16:51 :
Qu'entend il par Entreprise ? Une entité qui œuvre en vue de créer des richesses ou bien un ensemble destiné à faire le bien du peuple ? Dans ces deux cas le sénat, voire l'assemblée nationale sont illégitimes !!
a écrit le 17/11/2014 à 16:51 :
Qu'entend il par Entreprise ? Une entité qui œuvre en vue de créer des richesses ou bien un ensemble destiné à faire le bien du peuple ? Dans ces deux cas le sénat, voire l'assemblée nationale sont illégitimes !!
a écrit le 17/11/2014 à 16:51 :
Qu'entend il par Entreprise ? Une entité qui œuvre en vue de créer des richesses ou bien un ensemble destiné à faire le bien du peuple ? Dans ces deux cas le sénat, voire l'assemblée nationale sont illégitimes !!
a écrit le 17/11/2014 à 16:33 :
On en revient toujours au même raisonnement platonicien développé dans "La République". A partir du moment où la demande de la clientèle, donc les bénéfices de l'entreprise, seuls critères objectifs possibles, ne sont plus pris en compte, qui décide qu'une entreprise est bénéfique pour l'environnement et ses salariés ? Réponse: le philosophe éclairé qui dirige le pays. Exemples de philosophes éclairés: le grand Staline, ou encore l'actuel Kim Jong Un.
Pourquoi Patrick Viveret ne va-t-il pas s'installer en Corée du Nord ?
a écrit le 17/11/2014 à 13:28 :
La 1ere raison d'exister d'une entreprise est d'enrichir son créateur, en général au détriment de son temps libre et de sa santé. Une entreprise non-légitime donc.
Les beaux penseurs, qui n'ont pas d'ampoules ni cals aux mains, devraient commencer par assurer leur subsistance à la force de leurs bras et la sueur de leur front.
Réponse de le 17/11/2014 à 17:14 :
heureusement que la grande majorité des entrepreneurs ne pensent pas comme vous! La première raison d'exister des créateurs d'entreprise, c'est parce qu'ils croient en leurs produits, services, inventions, innovations, et qu'ils les mettent à la disposition de la société pour son bien commun ou particulier, certes au détriment de leur temps libre et de leur santé, mais parce qu'ils l'ont choisi. Les beaux penseurs n'ont peut-être pas d'ampoules ou de cals aux mains, mais eux aussi contribuent à éviter que ces créateurs d'entreprises ne voient en la société qu'une opportunité de s'enrichir sur son dos, ce que critique cet article.
a écrit le 16/11/2014 à 18:38 :
Patrick Viveret interviendra également en plénière d'introduction au Parlement des Entrepreneurs d'avenir sur Innovation, Révolution, Evolution le 25 novembre à la Préfecture de Région > Mieux #innover pour transformer la société
a écrit le 16/11/2014 à 13:05 :
Pour cela, il vous faudra réformer les coeurs , les pensées, les mentalités de tout un chacun....Y 'en a qui ont essayé...! C'est pas demain la veille...et tant qu'il y aura des humains, il y en aura toujours un pour entourlouper l'autre
a écrit le 16/11/2014 à 8:29 :
Il semblerait qu'on donne trop de valeur au travail '(le cout du travail) comparé au prix de l'énergie (le juste prix de l'énergie). Il faut diminuer le premier en augmentant le second.
a écrit le 16/11/2014 à 8:29 :
Il semblerait qu'on donne trop de valeur au travail '(le cout du travail) comparé au prix de l'énergie (le juste prix de l'énergie). Il faut diminuer le premier en augmentant le second.
a écrit le 15/11/2014 à 16:01 :
Que les "entreprises" se prennent pour des féodalités et aspirent à ce que le petit peuple se blotisse dans leurs rassurantes murailles, où qu'elles veulentr reprendre la mission de l'armée du temps de Lyautey pour "former la jeunesse" dansu n "idéal humain", rien de plus naturel puisque irne ne les arrête plus dans leur mégalomanie délirante. Il faudra ne entendre des conneries de ce genre. L'entrepreneur "schumpétérien", le messie du monde moderne. Tout entrepreneur et en fait un commerçant et tout commerçant est en fait un épicier. Point.
Réponse de le 16/11/2014 à 12:16 :
Et à la fin on fait ses achats au Gastronom.
a écrit le 15/11/2014 à 16:01 :
Que les "entreprises" se prennent pour des féodalités et aspirent à ce que le petit peuple se blotisse dans leurs rassurantes murailles, où qu'elles veulentr reprendre la mission de l'armée du temps de Lyautey pour "former la jeunesse" dansu n "idéal humain", rien de plus naturel puisque irne ne les arrête plus dans leur mégalomanie délirante. Il faudra ne entendre des conneries de ce genre. L'entrepreneur "schumpétérien", le messie du monde moderne. Tout entrepreneur et en fait un commerçant et tout commerçant est en fait un épicier. Point.

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