Réchauffement climatique : s'adapter ou lutter, il faut choisir

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(Crédits : DR)
L'incertitude scientifique sur les formes et l'intensité du réchauffement climatique ne doit pas justifier l'inaction. Au contraire, le principe de précaution doit nous faire envisager les scénariis les plus graves. Conséquences économiques, environnementales et humanitaires sont en jeu. Roger Guesnerie sera présent aux JECO 2014, dont la Tribune et Acteurs de l'économie sont partenaires.

Revenons d'abord brièvement sur la nature et la réalité du risque climatique. Que nous disent les climatologues sur l'effet d'une trajectoire d'accroissement donné, disons jusqu'en 2100, de la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère ? La physique de base, celle pressentie par Fourier en 1824, reprise par Aarhenius à la fin du 19ème siècle n'est, semble t'il, pas contestée.

Les "rétroactions" perturbent la prévision

Sans entrer dans le détail du débat scientifique, une des difficultés essentielles de la prévision, vient de ce que l'on appelle les « rétroactions ». L' « effet de serre » direct est perturbé pour toute une série de raisons : Le réchauffement initial modifie la teneur en vapeur d'eau dans l'atmosphère, laquelle est elle-même un gaz à effet de serre ; il modifie aussi les caractéristiques de la surface de la planète : par exemple l'énergie réfléchie sur les surfaces glaciaires, ce que l'on appelle l'albedo, est réduite...

Un réchauffement de 3 à 7 degrés

L'évaluation de ces rétroactions passe par la mise au point de modèles climatiques de grande taille, qui simulent les évolutions sur plusieurs siècles : les résultats sont dispersés, une dispersion que l'introduction d'une dose de climato-scepticisme ne modifie pas fondamentalement. Par exemple pour un scénario au fil de l'eau, politique climatique minimale, l'accroissement de température moyenne sur la planète se situe vraisemblablement, (même si ce n'est pas complètement sûr) dans une fourchette de 3 à 7 degrés, avec environ une chance sur deux de dépasser 5 degrés.On pourrait croire que 5 degrés, c'est peu : en réalité c'est considérable. Par exemple dans la situation symétrique, moins cinq degrés par rapport à la période actuelle il y a plus de 10000 ans, l'Europe était couverte de glaces.

Impossible d'écarter les scénariis les plus graves

Il y a donc, comme je viens de le dire une vraie incertitude scientifique sur les formes et l'intensité du réchauffement climatique. Cette incertitude, qui porte de fait sur la sévérité des risques encourus justifie t'elle l'inaction : attendre d'en savoir plus pour agir ? Au contraire, au-delà de la gravité des risques encourus en « moyenne », c'est l'impossibilité d'écarter avec une probabilité significative les scénariis les plus graves, qui constitue l'argument le plus fort pour l'action.

Imaginons que vous soyez en voiture au sommet d'un col enneigé et que l'on vous avertisse de la présence d'une plaque de verglas très dangereuse dans le cinquième virage de la descente. Vous ralentissez beaucoup avant d'y arriver. Imaginons que l'on vous dise que cette plaque de verglas dangereuse était là hier, mais qu'il y a une bonne chance qu'avec le redoux elle soit moins dangereuse. Vous ne serez pas moins vigilant pour autant, bonne application ici d'un principe de précaution par ailleurs souvent sollicité hors de propos.

Le calcul économique, un argumentaire pour l'action

L'argumentaire pour l'action est évidemment étayé par le calcul économique au sens large. Le rapport Stern, qui a eu un écho mondial mettait l'accent sur les coûts et dommages marchands, effets sur les récoltes, sur la fréquence des inondations et des événements extrêmes, la montée du niveau des eaux, etc... D'autres coûts sont beaucoup plus difficiles à quantifier comme le veut le calcul économique, les souffrances des réfugiés climatiques et éventuellement de ceux qui les accueillent.

Laisser la planète en bon état

Bien sûr, le problème a une dimension éthique, l'attention au long terme. Si vous ne vous souciez pas de l'avenir de cette planète, après les vingt prochaines années, vous n'avez sans doute pas de raison majeure de mettre en place une politique climatique. « Pourquoi me soucier des générations futures, ont-elles jamais fait quelque chose pour moi ? » disait plaisamment Groucho Marx. Version économiste de cette objection : pourquoi se sacrifier pour des générations futures qui seront nettement plus riches que nous ? La réponse est que cela n'est pas sûr mais, que même dans ce cas, le meilleur cadeau, de loin celui qui a le meilleur rapport qualité prix, à faire aux générations futures dont elles nous seront vraisemblablement très reconnaissantes est de leur laisser une planète en bon état.

Alors s'adapter ou lutter ? Quoiqu'il arrive, nous, nos enfants, aurons à nous adapter, et ce même sous les scénariis les plus optimistes. Nécessité fera loi.. Mais l'adaptation n'est qu'un piètre, certes inévitable, pis-aller, en aucun cas une alternative bienvenue à une politique climatique rigoureuse.

Roger Guesnerie interviendra aux journées de l'économie, le 15 novembre de 9h30 à 11h, à la Bourse du travail, sur le thème : "changement climatique : lutter ou s'adapter? "

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Commentaires
a écrit le 12/11/2014 à 16:24 :
L'adaptation consiste à accepter une augmentation du prix de l'énergie pour réduire le cout du travail.
a écrit le 11/11/2014 à 19:51 :
) Je ne vois pas pour quelle raison il faudrait lutter contre un RC qui n'existe plus depuis 18 ans. Les projections des modèles numériques, construits sur les thèses non prouvées du GIEC/IPCC, divergent de plus en plus des observations. Dans tout domaine scientifique, en cas de divergence entre les sorties d'un modèle numérique et les observations/mesures, on le met à la poubelle ou on revoit sa copie. Mais en climatologie mainstream, jamais.

Quant aux thèses d’Arrhénius, elles ont été réfutées par les physiciens de son époque (expérience de Wood), mais le GIEC les a ressorties de son chapeau pour soutenir les thèses préconfigurées dans ses statuts.
a écrit le 10/11/2014 à 20:01 :
Le calcul économique doit prendre en compte la recherche d'un équilibre entre cout du travail (les travaux à réaliser) et le prix de l'énergie (ce qui est économisé). Je doute de l'efficacité des JECO avec des interventions aussi multiples et sans coordination.

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