USA : A bout de souffle démocrate, à bout d'idées républicaines

Par Par Vincent Michelot, directeur de l'IEP de Lyon,  |   |  927  mots
Vincent Michelot, nouveau directeur de l'IEP de Lyon et spécialiste de l'histoire politique américaine. (Crédits : DR)
Ce 4 novembre à l'occasion du renouvellement de la Chambre des représentants et d'un tiers du Sénat, les électeurs américains devraient donner la majorité à Washington et dans les États au parti républicain. Un parti fragmenté, sans leader naturel, et qu'ils n'aiment pas. Que fera-t-il de ce pouvoir d'ici 2016 ?

 Le mercredi 5 novembre 2014, Barak Obama entamera la rédaction du premier chapitre de ses mémoires, le Parti démocrate entrera dans la résistance dans les États et ce sera lever de rideau et trois coups pour la grande pièce électorale qu'est le scrutin présidentiel de 2016. Étrange élection en effet, dont on connaît par avance pratiquement tous les résultats, dont le post mortem pourrait se faire alors que les candidats battent encore les planches, dont un pan entier - la campagne pour les 435 sièges à la Chambre des représentants - ne déterminera que le degré de conservatisme et d'affiliation à l'idéologie du Tea Party de la majorité républicaine à la Chambre basse, et dont la principale incertitude - les Républicains regagneront-ils les 6 sièges nécessaires pour conquérir le Sénat et unifier le Congrès ? - n'aura en fin de compte qu'une importance assez limitée sur le jeu politique dans les deux dernières années de l'ultime mandat de Barak Obama.

Campagne la plus chère de l'histoire

Tout cela pour une modique somme estimée par OpenSecrets à environ 3,6 milliards de dollars qui auront servi essentiellement à produire et à diffuser des publicités négatives. Publicités qui ont pour seul objet d'attaquer l'adversaire et de le forcer à répondre, et donc à lui-même dépenser son trésor de guerre. Campagne législative la plus onéreuse de l'histoire des États-Unis, le scrutin de 2014 repousse les limites extrêmes du système américain de financement des campagnes : aujourd'hui, beaucoup de médias locaux dans les États clés (notamment au Sénat ou pour les élections gubernatoriales) ne disposent tout simplement de plus aucun espace publicitaire à vendre...

Obamacare en ligne de mire

Tout cela pour produire une nouvelle forme de cohabitation à l'américaine avec un président démocrate mécaniquement affaibli par son statut de canard boiteux et un Congrès républicain à moitié ou en totalité, ce qui fait peu de différence puisque les deux chambres ont aux États-Unis un pouvoir égal et que le président dispose du droit de véto. Si les Républicains regagnent la majorité au Sénat, les projets de loi conservateurs s'arrêteront dans le bureau ovale à la Maison Blanche, d'un coup de plume présidentielle ; en cas de statu quo ou d'incertitude (deux élections sénatoriales en Louisiane et en Géorgie pourraient ne se décider qu'en décembre et janvier) c'est le processus de réconciliation entre les deux chambres qui signera la fin, par exemple, des tentatives républicaines de déconstruire ou de priver de financement le Obamacare.

Parti de l'Eléphant et Parti de l'âne

Autre paradoxe de cette élection que les Républicains sont sur le point de gagner, elle n'a pas offert une seule idée, un seul projet sur lesquels construire un mandat de gouvernement. Le Parti de l'éléphant, Don Quichotte jusqu'au bout, a joyeusement enfourché le moulin Obama alors que ce dernier ne peut se représenter mais souffre, il est vrai, d'une popularité anémique qui plafonne à 40% d'opinions positives et qu'expliquent des atermoiements en politique étrangère et une reprise économique insuffisamment dynamique ; le Parti de l'âne, lui, a fait entendre - le plus souvent à juste titre - cette indignation progressiste que déclenchent les attaques répétées contre les droits des femmes ou encore l'accès des minorités au droit de vote. Mais il n'a pas embrassé avec enthousiasme les réalisations du président, suscitant par la même la perplexité et donc la démobilisation de la Coalition Obama. Les électeurs américains sont donc sur le point de donner à un parti qu'ils n'aiment pas et qui est aujourd'hui fragmenté et sans leader naturel la majorité à Washington et dans les Etats. Qu'en fera t-il ?

Suicide programmé du Parti républicain ?

Le premier scénario est celui de deux ans d'obstructionnisme systématique sous l'égide d'un groupe de parlementaires du Tea Party déterminés à mettre en œuvre un programme de réduction drastique de la taille et des missions de l'Etat fédéral. C'est le suicide programmé du Parti républicain et la quasi certitude d'une victoire de Hillary Clinton en 2016. Le second, plus optimiste, voit les pragmatistes du Parti de l'éléphant l'emporter sur les idéologues, imposer l'idée que s'ils sont majoritaires au Congrès les électeurs leur demanderont des comptes en 2016 (au moment même ou les sénateurs élus en 2010 remettront leur mandat en jeu avec le risque de voir le Sénat basculer de nouveau du côté démocrate) et donc en tirer les conséquences pratiques : il faudra, sur l'immigration, l'environnement mais surtout l'emploi forger un certain nombre de compromis avec le Président et avec les Démocrates au Congrès.

Vivement le 8 novembre 2016 !

En d'autres termes faire d'un mouvement aujourd'hui enfermé dans la protestation populiste et le ressentiment passéiste une force de proposition et un parti de gouvernement qui soit capable d'entamer la reconquête d'une série de segments de l'électorat (Hispaniques, Afro-Américains...) qui ont abandonné le Parti de Lincoln et pour lesquels ne se pose aujourd'hui qu'une seule question, par ailleurs grande incertitude du scrutin du 4 novembre : iront-ils voter pour les candidats démocrates ou s'abstiendront-ils ? D'où une élection dont le principal enjeu n'est ni programmatique, ni idéologique mais bien plutôt technique : lequel des deux partis mobilisera t-il le mieux ? Vivement le 8 novembre 2016 !